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 Ce que je retiens : de Paul

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Narkissos

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MessageSujet: Re: Ce que je retiens : de Paul   Mer 10 Juin 2015, 16:04

C'est tout à fait évident dans le contexte immédiat de 3,23 -- je traduis de façon un peu plus serrée et plus raide que d'ordinaire (à la limite du supportable, du bon côté quand même de cette limite j'espère !) les v. 21ss:
Maintenant donc, hors de la Loi (ou: de toute loi), la justice de Dieu est manifestée, attestée par la Loi et les Prophètes (cf. notamment Genèse 15,6 et Habaquq 2,4, la "Loi" étant donc prise ici comme "Ecriture" témoin et non plus comme "loi" prescriptive, au sens juridique) -- justice de Dieu par la foi de Jésus-Christ pour tous ceux qui croient; car il n'y a pas de distinction: tous, en effet, ont péché et manquent à (ou: ne sont pas à la hauteur de) la gloire de Dieu, étant justifiés gratuitement (ou: pour rien, par pur don) par sa grâce, par la rédemption qui est en Christ Jésus -- lui que Dieu a établi d'avance en expiation-propitiation, par la foi, en son sang, pour montrer sa justice dans le laisser-passer des (= qu'il était juste quand il laissait passer les) péchés passés, dans la patience de Dieu, en vue de montrer sa justice dans le temps présent, pour qu'il soit juste en justifiant celui de la foi de Jésus.
On remarque qu'il y a encore chez Paul une certaine tension entre l'idée ordinaire de "justice" et celle de "justification" par la grâce et par la foi. Il faut que Dieu soit juste quand même, bien qu' il "justifie" le pécheur (ce qui n'est pas normalement "juste"); c'est ce qui convoque le langage obscur du sacrifice (expiation-propitiation) au point même de la tension, pour l'apaiser (la tension logique, tout comme la divinité!) y compris rétrospectivement (si Dieu a laissé passer les péchés passés, c'est qu'il anticipait l'expiation-propitiation-rédemption-réconciliation en Christ). Dans l'interprétation luthérienne, en revanche, l'expiation (etc.) est un acquis, de sorte qu'il n'y a plus de tension à proprement parler mais plutôt une révélation: la "justice" de Dieu ne consiste désormais en rien d'autre qu'en la "justification" du pécheur; un peu comme dans le marcionisme, le Dieu de "l'Evangile" (paulino-luthérien) apparaît foncièrement différent du Dieu de la "Loi", leurs "justices" mêmes sont diamétralement opposées: la "justice" du premier est contraire à la "grâce", la "justice" du second, c'est la "grâce" même.
[La (ou plutôt une) différence entre Marcion et Luther, ce serait peut-être que chez ce dernier le "Dieu de la Loi" apparaît comme une illusion, une sorte de mauvais rêve dont on se réveille à la lumière de l'Evangile, de la grâce et de la foi, où le Dieu unique montre son vrai visage; alors que chez Marcion comme dans certains gnosticismes le "Dieu de la loi" semble avoir une "réalité", inférieure mais persistante, et conserver une zone de légitimité à laquelle l'Evangile de la grâce et de la foi fait échapper, mais qu'il n'abolit pas pour autant. D'où la combinaison curieuse à nos yeux d'une certaine "gnose" avec le "millénarisme" p. ex., qui permet aux deux "règnes", spirituel et matériel, d'y retrouver chacun son compte.]
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MessageSujet: Re: Ce que je retiens : de Paul   Jeu 11 Juin 2015, 14:55

Citation :
On remarque qu'il y a encore chez Paul une certaine tension entre l'idée ordinaire de "justice" et celle de "justification" par la grâce et par la foi. Il faut que Dieu soit juste quand même, bien qu' il "justifie" le pécheur (ce qui n'est pas normalement "juste"); c'est ce qui convoque le langage obscur du sacrifice (expiation-propitiation) au point même de la tension, pour l'apaiser (la tension logique, tout comme la divinité!) y compris rétrospectivement (si Dieu a laissé passer les péchés passés, c'est qu'il anticipait l'expiation-propitiation-rédemption-réconciliation en Christ).

Narkissos,

fais-tu allusion à Rm 5, 6-10 :

"En effet, lorsque nous étions encore sans force, le Christ, en son temps, est mort pour des impies. A peine mourrait-on pour un juste ; peut-être quelqu'un aurait-il le courage de mourir pour un homme bon. Or voici comment Dieu, lui, met en évidence son amour pour nous : le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. A bien plus forte raison, maintenant que nous sommes justifiés par son sang, serons-nous donc sauvés de la colère par son entremise ! Car si, lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu au moyen de la mort de son Fils, à bien plus forte raison, une fois réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie."

Je trouve le raisonnement de Paul alambiqué et une lapalissade.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Ce que je retiens : de Paul   Jeu 11 Juin 2015, 17:36

1. Je ne faisais "allusion" à rien, consciemment du moins.
2. Le rapprochement avec 5,6-10 est intéressant, mais il faut bien noter que le rapport "avant / maintenant" n'est pas tout à fait le même dans les deux passages: au chapitre 3 il s'agissait d'expliquer pourquoi Dieu n'avait pas puni le péché AVANT le Christ, et plus particulièrement AVANT la Loi (ce qui introduisait la référence à la Genèse et à Abraham, cf. chap. 4). Au chapitre 5, l'"avant" c'est le temps même de la mort du Christ (qui ne peut évidemment mourir que pour des "injustes", puisque c'est sa mort seule qui va les "justifier"), opposé à un "maintenant" où la mort du Christ et la justification du pécheur sont un "fait accompli".
Cela dit, il y a plein de choses intéressantes à relever aussi dans ce second passage, notamment l'opposition entre "juste" et "bon" du v. 7 qui correspond exactement à la distinction marcionite entre les deux "Dieux" (il n'y a pas d'"homme" dans le texte grec). De sorte que ce qui passe dans la lecture habituelle pour une simple considération psychologique un tantinet superflue (on mourrait plus facilement pour un homme bon que pour un homme juste) pourrait aussi s'entendre dans un sens strictement théologique (le Christ meurt, non pour le Dieu "juste" de la Loi, mais pour le Dieu "bon" de la grâce qui précisément montre ainsi son propre amour = révèle sa vraie nature).
3. "Alambiqué", ça ne fait guère de doute. "Lapalissade" (c.-à-d. évidence qui se passerait avantageusement d'être dite), je n'en suis pas sûr. En général l'argumentation de Paul, à mon sens, produit plutôt des paradoxes, c.-à-d. des contre-évidences. Ce qui peut donner ici l'impression d'évidence c'est le raisonnement a fortiori (qal wahomer en rhétorique rabbinique: combien plus, à plus forte raison), qui fait mine d'appuyer le paradoxal sur un certain "bon sens" (p. ex. celui qui présuppose cette tension entre "justice" et "grâce" dont je parlais, comme si c'était "plus facile" de sauver un pécheur justifié que de justifier un pécheur tout court; ou, d'un autre point de vue, qu'il est "plus facile" à un Christ vivant de sauver qu'à un Christ mort de justifier). Il est vrai en outre qu'à force de retournements "dialectiques" tout se rejoint, et qu'au bout du compte on peut estimer que la "justification par la foi" réduit le concept même de "justification" à l'absurde. Mais cette conclusion, il me semble, vaudrait encore le détour -- la justification par la foi comme chemin détourné, et peut-être pourtant pas le plus long, pour en finir avec la justification ?
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MessageSujet: Re: Ce que je retiens : de Paul   Mar 16 Juin 2015, 11:30

Citation :
Alambiqué", ça ne fait guère de doute. "Lapalissade" (c.-à-d. évidence qui se passerait avantageusement d'être dite), je n'en suis pas sûr. En général l'argumentation de Paul, à mon sens, produit plutôt des paradoxes, c.-à-d. des contre-évidences. Ce qui peut donner ici l'impression d'évidence c'est le raisonnement a fortiori (qal wahomer en rhétorique rabbinique: combien plus, à plus forte raison), qui fait mine d'appuyer le paradoxal sur un certain "bon sens" (p. ex. celui qui présuppose cette tension entre "justice" et "grâce" dont je parlais, comme si c'était "plus facile" de sauver un pécheur justifié que de justifier un pécheur tout court; ou, d'un autre point de vue, qu'il est "plus facile" à un Christ vivant de sauver qu'à un Christ mort de justifier).

Effectivement c'est ctte analyse que je considerais comme une "lapalissade" mias j'ai peut-être négligé que pour Paul Dieu avait déjà accompli en Christ tant de choses pour l’humanité,que celui-ci était habité par une confiance et une sérénité qui l'ont amené à dire :

 "Si, en effet, quand nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils, à plus forte raison, réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie" (Rm 5, 10).

J'aime cette espérance sereine ... Les croyants sont qualifiés par Paul de "saints" (Rm 1, 7),   la justification conduit les croyants vers la sanctification (Rm 6, 19 et Rm 6, 22).
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Ce que je retiens : de Paul   Mar 16 Juin 2015, 13:22

On retrouve à peu près la même "logique" dans la conclusion (partielle) de 8,31ss, où le futur (ou l'"inaccompli") de l'"espérance" s'appuie de manière analogue sur un présent-passé de l'"accompli" ou de l'"acquis":

Que dirons-nous donc à ce sujet? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?
Lui qui n'a pas épargné son propre Fils, mais qui l'a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi tout avec lui, par grâce ?
Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? C'est Dieu qui justifie ! Qui condamnera ? C'est Jésus-Christ qui est mort ! Bien plus, il s'est réveillé, il est à la droite de Dieu, et il intercède pour nous !
Qui nous séparera de l'amour du Christ ?, etc.


On peut juger globalement absurde cette façon d'étayer des propositions "irrationnelles", sinon "déraisonnables", sur des séquences de "raison" logique et chronologique; mais la construction même n'en est pas moins fascinante; même dans le délire il y a des enchaînements logiques, fragmentaires mais rigoureux; et il me semble que les théories les plus "sérieuses", pour autant qu'elles sont aussi des constructions de "logique" et de "foi", n'échappent pas au mélange des genres. "Paul" se tient peut-être entre les deux, il y a chez lui un art de théoriser le délire et de faire délirer la théorie...

Citation :
Les croyants sont qualifiés par Paul de "saints" (Rm 1, 7),   la justification conduit les croyants vers la sanctification (Rm 6, 19 et Rm 6, 22).

Je trouve la notion de "sanctification" assez trompeuse -- en tout cas la façon dont elle est habituellement comprise en français, dans le protestantisme en particulier, comme un processus de devenir-saint qui suivrait (plus ou moins [sur-]naturellement ou automatiquement, mais progressivement) une "justification" initiale, ne me paraît pas du tout correspondre à l'emploi qu'en fait généralement "Paul". Dans 1 Corinthiens 6,11, p. ex. (c.-à-d. avant Romains selon toute vraisemblance), il est clair que "justification" et "sanctification" (qu'il vaudrait peut-être mieux traduire par "consécration") sont comprises comme un seul et même "événement" initial -- qui fait de tous les croyants des "saints" ou des "consacrés" d'office, si l'on peut dire, en même temps que des "justes", indépendamment de toute considération morale passée et même future. Le premier texte de l'épître aux Romains que tu cites (1,7) s'inscrit toujours dans la même logique, et je ne suis pas certain que les deux autres (6,19.22) la contredisent formellement. Il s'agit toujours dans l'exhortation d'"actualiser", de "réaliser" ou d'"effectuer" une sanctification-consécration acquise en principe. Elle est un "but" comme la justice est un "but" (cf. v. 16, eis dikaiosunèn // eis hagiasmon, v. 19), bien qu'on soit déjà "justifié", c.-à-d. "déclaré/rendu juste" comme on est aussi "déclaré/rendu saint-consacré". Ce qui est au futur et s'oppose dans cette mesure à une justification passée-présente, dans le raisonnement a fortiori des chapitres 5 ou 8, ce n'est pas la "sanctification", c'est le "salut" (qui est bien, lui, décrit comme un "processus", cf. le participe présent hoi sôzomènoi, ceux qui sont en train d'être sauvés, p. ex. 1 Corinthiens 1,18). Il est vrai qu'on peut être aussi dit "sauvé" au passé, mais alors c'est "en espérance" (Romains 8,24)...
Cela dit, je suis d'avis qu'il ne faut pas rendre la "doctrine paulinienne" plus cohérente qu'elle n'est, mais pas plus incohérente non plus, et surtout pas autrement cohérente ou incohérente qu'elle ne ressort d'un examen attentif des textes.
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