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 Le christianisme et la politique.

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MessageSujet: Le christianisme et la politique.   Jeu 25 Mar 2010, 17:23

Quand j'étais TdJ la politique incarnait uniquement la corruption, la guerre, la violence, un pouvoir diabolique, je comprenais que la WT interprete le christianisme comme le fait de ne pas faire de politique, un chrétien observe une stricte neutralité.
Depuis mes horizons se sont élargis et j'ai compris que la politique est c'est aussi l’administration de la cité.
Vu sous cet angle là, le chrétien peut légitimement être à la fois croyant et citoyen.
Les 1ere chrétiens se sont-ils isolés de la société en refusant de participer aux activités de la cité ?
D'une manière générale est-il saint de mélanger Église et politique ?

De nombreux croyants interprètent l’épisode de « l’impôt dû à César » (Mt 22,16-22) comme une injonction de bien séparer les problèmes politiques, des problèmes religieux.
Ce verset indique t-il aux chrétiens de refuser de participer à la "politique" ?
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Narkissos



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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Jeu 25 Mar 2010, 19:33

Si la réponse à cette question est forcément ambiguë, c'est que, contrairement au judaïsme et à l'islam, le christianisme primitif s'est structuré presque entièrement dans un contexte historique d'"irresponsabilité" politique. Ce qui lui a sans doute permis de développer une certaine "fraîcheur évangélique" qui fait tout son charme,, très loin de la Realpolitik justement, mais d'autre part l'a très mal préparé à affronter les réalités politiques. D'où des réactions qui vont dans tous les sens à mesure qu'il s'intègre à la société romaine, du relatif sectarisme d'un Tertullien au christianisme de la cour impériale du IVe siècle.

Non seulement il a grandi à l'ombre de l'empire romain et d'abord loin des centres géographiques et surtout sociaux de pouvoir qui seuls pouvaient être le théâtre d'activités proprement "politiques"; il n'avait pas, au départ, à assumer la charge d'un "peuple" dans son intégralité, ni sous la forme d'une diaspora ethnique ni même à l'échelle d'une ville. Ne formant lui-même qu'une communauté d'élection et une sous-culture, disposant d'un dehors à la charge de l'ordre impérial et de ses délégations, il lui suffisait d'assurer sa discipline interne et d'ignorer ce qui se passait à l'extérieur.

Il n'a donc pas grand-chose en commun, dans un premier temps, ni avec la relecture "théocratique" de l'histoire des royaumes d'Israël et de Juda, ni avec la "collaboration" et le communautarisme caractéristiques des romans de diaspora qui célèbrent l'ascension au pouvoir d'un juif dans un empire païen (Joseph, Esther, Daniel).

La "politique des premiers chrétiens" se borne à des attitudes différentes à l'égard de l'ordre impérial lui-même, qui colorent l'apolitisme affiché tantôt de collaboration plus ou moins obséquieuse (Luc-Actes, Romains), tantôt d'hostilité virulente (Apocalypse). Même l'épisode synoptique du denier de César peut se lire différemment en fonction de l'attitude générale de l'oeuvre: du rejet méprisant du monde comme ordre radicalement illégitime à la reconnaissance d'un partage de compétences légitimes, par exemple.
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Jeu 25 Mar 2010, 21:37

si le chrétien se mêle de politique va-t-il vouloir appliquer ce qu'il lit dans la Bible par rapport à son prochain, ou va-t-il appliquer sa propre grille de lecture afin de relativiser l'application des divers et commandements bibliques et de ce fait s'éloigner de l'idéal qu'il a cru découvrir au cours de sa lecture?
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Narkissos



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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Jeu 25 Mar 2010, 23:59

Parce qu'il n'avait pas dans ses fondations de projet politique propre, le christianisme a été facilement récupéré par toute sorte de régimes; et pour la même raison il s'y est plutôt bien acclimaté, sans jamais être lié en profondeur à l'un plus qu'à l'autre.
Autrement dit, il ne me paraît pas avoir en soi une "vertu" politique déterminante, ni dans le sens d'un quelconque changement, ni dans le sens du statu quo (mise à part l'inertie inhérente à l'institution, mais elle existe aussi dans les institutions "laïques").
Dans toutes les crises politiques il y a eu des chrétiens dans chaque camp, qui tous se voulaient fidèles à leur foi; et quand le rapport de force bascule les Eglises ne tardent pas à suivre. Ça fait bien longtemps que presque plus personne ne juge incompatibles le christianisme et la république ou les droits de l'homme...
Quand une religion se conçoit au contraire d'entrée de jeu comme un projet de société (ce qui est le cas de l'islam, ou plus anecdotiquement du calvinisme genevois), elle peut être beaucoup plus efficace dans ce domaine, mais on a aussi plus de mal à s'en dépêtrer. Car dans ce cas changer c'est trahir.
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Ven 26 Mar 2010, 15:53

Citation :
Parce qu'il n'avait pas dans ses fondations de projet politique propre, le christianisme a été facilement récupéré par toute sorte de régimes
Je me demande si ceci est vrai. Les premiers chrétiens ne partageaient-ils pas tous leurs bien? Ne vivaient-ils pas dans une sorte de communauté dirigée par les apôtres, qui géraient leurs biens et leurs vies?
Il me semble que cela est un projet politique très fort. Ce n'est pas parce que cet aspect du christianisme a été oublié par la suite - sans doute à raison d'ailleurs - que l'on peut dire que les premiers chrétiens n'avaient pas de projet politique.

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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Ven 26 Mar 2010, 16:25

Sujet discuté ici: http://etrechretien.discutforum.com/religion-f1/comment-se-presentait-le-christianisme-au-1er-siecle-t322-60.htm (autour du 15 février).
En bref, ce "communisme originel" des Actes appartient à mon sens à un mythe fondateur (celui de la Pentecôte), élaboré tardivement comme le sont invariablement les mythes fondateurs. Et, qui plus est, présenté par son auteur même comme un état circonscrit à la singularité artificielle du "judéo-christianisme" de l'Eglise de Jérusalem, et irréversiblement dépassé (même si ce dépassement apparaît peu ou prou comme une déchéance). Tout le contraire d'un projet donc, et a fortiori d'un projet politique, c.-à-d. visant à déborder les limites d'une communauté religieuse. L'éthique prônée au présent par Luc et les Actes est celle de l'aumône, qui implique et sanctionne objectivement la propriété privée et l'inégalité sociale.
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Ven 26 Mar 2010, 18:24

Le christianisme primitif n'est-il donc pas, à défaut d'un projet politique à proprement parler (on ne cherche pas le pouvoir), du moins un projet sociétal? A défaut de prôner le pouvoir (Jésus refuse de devenir roi), le christianisme se propose de changer les choses "de l'intérieur", ce qui reviens, en fin de compte, au même. On se révolte face au pouvoir établi, mais en douceur et entre nous...

Après les premiers temps et assez rapidement, la politique fait son entrée dans le christianisme. Vers le IVème siècle, il devient avec Constantin la religion officielle imposée dans tout l'empire romain . Le dogme est fixé. Les livres qui ne plaisent pas son déclarés apocryphes et ceux qui les détiennent sont sévèrement punis.
On s'éloigne rapidement de l'utopie des premiers temps...

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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Ven 26 Mar 2010, 19:16

Malgré l'anachronisme évident de ces expressions je te concède qu'il y a un petit côté "laboratoire social" et "contre-culture" dans certaines fractions du christianisme primitif (je pense surtout à l'évangile selon Matthieu et à l'épître de Jacques). Mais je ne crois pas que la perspective soit jamais 'de changer les choses [c.-à-d. la société au sens large] "de l'intérieur"' et surtout pas "en douceur".
Car à l'égard de la société en général, je ne vois guère que deux types de discours concurrents (et qui sur ce point se rejoignent):
1) le type "gnostique" pour lequel LE monde en tant que création (kosmos, ktisis) est une erreur foncière, originaire, congénitale, irrémédiable, irrédimable), à laquelle il s'agit d'échapper mais qu'il n'est pas question de réformer;
2) le type "apocalyptique" pour lequel CE monde en tant qu'ordre ou dispensation provisoire (`olam, aiôn) est appelé à disparaître, par une action divine, pour céder la place à un autre monde.
Dans un cas comme dans l'autre on ne se préoccupe pas de "changer le monde", mais de s'en "sauver".
En somme, la politisation du christianisme au IVe siècle me paraît être davantage une adaptation à une évolution inattendue que la trahison d'un quelconque projet politique antérieur.
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Ven 26 Mar 2010, 19:36

Je suis d'accord. Le but initial n'était semble-t-il pas de décrire une société idéale, mais bien de préparer les personnes et de les amener à un futur idéal. En faisant cela, toutefois, on amène fatablement des changements importants dans la société, et cela a des implications politiques et sociales profondes, même si elles ne sont pas voulues en tant que telles.
Le contexte historique des Ecritures, qui est défavorable à ceux qui les ont écrites (persécution, domination étrangère, etc), implique nécessairement l'attente d'un monde meilleur pour l'avenir. Comment pourrait-on se satisfaire du présent lorsque le quotidien est tellement injuste et cruel?

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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Ven 26 Mar 2010, 20:03

il me semble qu'il faut regarder l'histoire du peuple juif et de sa situation de "colonie romaine", les premiers chrétiens étant au début des juifs
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Lun 29 Mar 2010, 02:01

free a écrit:
De nombreux croyants interprètent l’épisode de « l’impôt dû à César » (Mt 22,16-22) comme une injonction de bien séparer les problèmes politiques, des problèmes religieux.
Ce verset indique t-il aux chrétiens de refuser de participer à la "politique" ?
"La terre appartient à Dieu et tout ce qu'elle contient." Ps 24.1

Par conséquent, César n'a droit à rien.
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Mar 30 Mar 2010, 11:02

La position des chrétiens vis à vis de Rome fut de ne pas provoquer cette puissance, rechercher sa protection et faire allegeance.
Les évangiles ne dénoncent jamais la violence et la repression de l'empire romain sur le peuple juifs.
Les chrétiens voulurent signifier à Rome "nous ne representons pas un danger", nous ne sommes pas des séditieux, d'ou peut-être les paroles de JC "Mon royaume n'est pas de ce monde; si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour que je ne fusse pas livré aux Juifs, mais maintenant mon royaume n'est point d'ici-bas." (Jn 18, 36).
Cela explique aussi les incitations à la soumission aux autorités supérieures.
Cette attitude de "complaisance" vis à vis de Rome n'est-elle une façon de faire de la politique ?
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Mar 30 Mar 2010, 23:37

Il ne faut pas chercher de la politique là où il y a de la théologie.

Primo, le christianisme est une explication théologique de la chute du Temple. Il ne va donc pas s'indigner du jugement de Dieu dont Rome n'était que le bras armé.

Secundo, si le dieu des chrétien a mis à bas le dieu des Juifs, c'est parce que l'oeuvre du second était mauvaise. Et cette oeuvre est le monde auquel les chrétiens doivent refuser de participer. Cette non-participation implique le refus du travail, de la procréation, et de toute activité politique.
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Mer 31 Mar 2010, 15:48

Les Romains jouissent d'un traitement de faveur dans les évangiles.
Dans l'évangile de Marc, c'est un centurion qui au pied de la croix qui s'écrie "Vraiment cet homme était Fils de Dieu."(Mc 15,39) C'est lui, l'étranger, l'impie, le polythéiste, le non-juif, qui le premier et sans attendre même la ressurection, reconnait la divinité de Jésus.
Il faut chercher longtemps pour trouver la seule pointe véritablement antiromaine des textes. elle est cryptée.
Le démoniaque de Gérasa qu'exorcise Jésus ne porte pas un nom très usuel à l'époque "Mon nom est Légion, car nous sommes nombreux." (Mc 5,9). Le terme n'indique pas seulement l'identité de ce possédé, c'est aussi la plus importante unité de l'armée romaine, puisqu'elle comporte dix cohortes (six mille à dix mille hommes).
Quand à Gérasa, c'est à la fois une cité gréco-romaine de la Décapole et une place forte stratégique ou séjournaient les gouverneurs de la province de Syrie.
Pour guérir le possédé, JC expulse les esprits impurs sur un immense troupeau de porcs en train de paitre. Les Porcs ne sont pas seulement des animaux impurs en Israel, donc maudits, mais aussi l'un des emblèmes de l'armée romaine...Par cette fable, l'évangéliste, à mots couverts, dénonce Rome dont il chasse l'impureté loin de la terre sacrée.
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Mer 31 Mar 2010, 21:29

@ free:
C'est un exemple intéressant, mais à mon avis c'est un peu, du point de vue du présent sujet, l'exception qui confirme la règle. Et à ce titre je ne suis pas certain du tout qu'il constitue un message codé de la part de "l'évangéliste" ("Marc", pour commencer) qui par ailleurs ne manifeste aucune hostilité particulière envers Rome (ce qui est vrai a fortiori pour Matthieu, en raison de son anti-judaïsme paradoxal, et pour "Luc", le plus "décomplexé" dans son pro-romanisme); ou, pour prendre les choses par l'autre bout: en quoi le fait de dissimuler une pointe antiromaine dans une péricope servirait-il un projet global qui, lui, n'a rien d'antiromain?
Il me semble plutôt que Marc utilise ici une histoire populaire originellement antiromaine (dont il ne perçoit peut-être plus lui-même le grain de sel politique) tout à fait indépendamment du contexte qui l'a produite. Le fait que la narration hésite entre l'interprétation du mot "légion" comme nom propre d'UN démon et comme explication d'un nombre de démons, ainsi que le rattachement maladroit de l'exorcisme proprement dit à l'épisode des pourceaux, me paraissent aller dans le sens général de cette hypothèse.
(Au passage, cet exemple confirmerait aussi, si besoin était, l'absurdité des thèses qui réduisent la rédaction des évangiles, ou même du premier d'entre eux, à une et une seule "explication". Les évangélistes puisent leur matériau narratif et doctrinal dans toute sorte de "sources", dont l'Ancien Testament, et même plus largement les textes du judaïsme du Second Temple qui nous sont parvenus, ne constituent jamais qu'une partie.)
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Jeu 01 Avr 2010, 14:02

Merci Didier,
Comment interpreter l'appelation "Roi des juifs " que Pilate attribue à JC et que celui-ci entérine "tu le dis" ?
Le titre "Roi des juifs" n'a t-il pas un sens politique ?
Doit-on voir une difference entre les titres "Roi des juifs" et "Roi d'Israël" ("Hosanna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le Roi d'Israël!" Jn 12,12)

Dès le matin les grands prêtres tinrent conseil avec les anciens et les scribes, tout le Sanhédrin; après avoir lié Jésus, ils l'emmenèrent et le remirent à Pilate.
Pilate l'interrogea : " Es-tu le roi des Juifs? " Jésus lui répondit : " Tu le dis. "
Mc 15, 1-2

v 9 "Pilate leur répondit : " Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs? "

v 12 "Pilate, reprenant la parole, leur dit : " Que ferai-je donc de celui que vous appelez le roi des Juifs? "
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Jeu 01 Avr 2010, 16:52

D'une manière générale, je pense que les textes disent plutôt bien ce qu'ils veulent dire, et que malgré la distance culturelle une simple lecture sans "explication" génère relativement peu de "faux sens" ou de contresens. Il y a des exceptions bien sûr, mais dans l'immense majorité des cas il faudrait plutôt se méfier des exégèses contre-intuitives que de ce qu'on comprend "spontanément".
Evidemment, "le roi des Juifs" a une portée politique.
Non moins évidemment, les quatre évangiles canoniques jouent, chacun à sa manière, sur une certaine ambiguïté, que préserve à mon sens la fameuse réponse "tu le dis" (qui n'"entérine" pas davantage que notre formule ironique "c'est toi qui le dis"). L'espace de ce jeu est délimité, d'une part, par le sens sarcastique: "les Juifs rejettent celui qui était leur véritable roi" et, d'autre part, par le sens initiatique; "tous se méprennent sur la royauté véritable du Christ, qui n'a rien à voir avec celle d'un roi des Juifs". Entre ces deux sens trop clairs, il y a place pour de multiples nuances.
Sur la variation entre "roi des Juifs" et "roi d'Israël", il faut remarquer qu'elle existe, sans différence de sens apparente, déjà chez "Marc" (15,32), mais que chez "Jean" elle se colore peut-être d'une connotation particulière, puisque à l'encontre des "Juifs", "Israël" est plusieurs fois une référence positive (1,31.47.49; 3,10).
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Jeu 08 Avr 2010, 11:04

Le fait pour Jésus d'inviter ouvertement à sa table des prostituées et des collecteurs d’impôts est une prise de position politique forte.
"Ce que voyant, les Pharisiens dirent à ses disciples: " Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs? "(Mat 9, 11)

Quand JC déclare « aimez vos ennemis » (Mt 5,44), ne fait-il pas d'une certaine manière de la politique ?

Un chrétien peut-il sans renier l'enseignement du NT aider à la réflexion, interpeller, interroger et parfois protester ?
Peut-on estimer qu'être chrétien c’est choisir d’aimer le monde et que cela n'est pas incompatible avec l’engager politiquement qui vise à se mettre au service du monde ?
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Jeu 08 Avr 2010, 14:10

J'entends bien ici le point de vue (l'angle de lecture) suivant lequel "tout est politique". Je n'ai d'ailleurs rien contre, à condition de préciser aussitôt qu'à ce compte-là rien n'est spécifiquement politique non plus...
Dans la mise en scène évangélique, le cliché de "l'ami des pécheurs" s'oppose à la caricature des pharisiens, qui représentent une autorité plus "religieuse" que "politique". On voit mal, en particulier, comment la fréquentation des collecteurs d'impôts pourrait être subversive envers le pouvoir romain...
"Faire de la politique" recouvre des réalités bien différentes selon les contextes et les régimes: même pour un chrétien de stricte obédience, il n'y a guère de sens à interroger le Nouveau Testament sur l'attitude à adopter à l'égard de l'engagement politique dans une république moderne (mais je me répète déjà).
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Jeu 08 Avr 2010, 14:57

free a écrit:
Merci Didier,
Comment interpreter l'appelation "Roi des juifs " que Pilate attribue à JC et que celui-ci entérine "tu le dis" ?
Le titre "Roi des juifs" n'a t-il pas un sens politique ?
Doit-on voir une difference entre les titres "Roi des juifs" et "Roi d'Israël" ("Hosanna! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le Roi d'Israël!" Jn 12,12)
D'après les psaumes, seul Dieu est le véritable roi d'Israel.

Donc c'est en ce sens qu'il faut interpréter cette scène.

Dans la réalité, si Pilate avait pendu en effigie le roi des Juifs, Hérode, roi en titre, n'aurait eu aucune difficulté à obtenir sa tête auprès du sénat romain.
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Jeu 08 Avr 2010, 16:02

spermologos a écrit:

"Faire de la politique" recouvre des réalités bien différentes selon les contextes et les régimes: même pour un chrétien de stricte obédience, il n'y a guère de sens à interroger le Nouveau Testament sur l'attitude à adopter à l'égard de l'engagement politique dans une république moderne (mais je me répète déjà).

C'est ce point que je viens de comprendre, comme tu le dis "il n'y a guère de sens à interroger le NT" sur cette question.
Le NT n'aborde pas la notion de politique telle que nous la concevons aujourd'hui, il ne donne aucune indication en faveur ou contre le fait de faire de la politique.
On ne peut pas attribuer un sens politique moderne à la morale que develloppe le NT, JC n'a jamais été un réformateur au sens politique, la seule réforme qu'il a voulu, améliorer les âmes.
Je suppose que la WT lorsqu'elle utilise Jn 15, 19 ("Mais parce que vous n'êtes pas du monde,) et Jn 17, 16 (Ils ne sont pas du monde, comme moi-même je ne suis pas du monde.) pour demontrer que les chrétiens doivent observer une stricte neutralité, fait fausse route, car JC ne donnait pas un caractère politique à cette expression "ne pas être du monde", c'est un contre-sens.
Face à la question, un chrétien peut-il faire de la politique, JC aurait surement répondu "Homme, qui m'a établi pour être votre juge ou pour faire vos partages?"(Lc 12, 14).
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Jeu 08 Avr 2010, 17:19

"Jésus" est un hologramme intertextuel dont l'aspect varie aussi en fonction de la position de l'observateur-lecteur.
Pour ce qui est du "monde" (kosmos) particulier de "Jean", revoir http://etrechretien.discutforum.com/religion-f1/les-particularites-de-selon-jean-t137-45.htm (discussion du 29 septembre).
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Ven 09 Avr 2010, 14:57

On retrouve dans le NT des encouragements a respecter l'order établi.
Les chrétiens considéraient l'esclavage comme légitime.
Favoriser l'order établi (donc le pouvoir impérial) n'est pas une façon de faire de la politique ?

Rendez honneur à tous; aimez tous les frères; craignez Dieu; honorez le roi.
Vous, serviteurs, soyez soumis à vos maîtres avec toutes sortes de respects, non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais encore à ceux qui sont difficiles. (1 Pier 2, 17-18)
Soyez donc soumis à toute institution humaine à cause du Seigneur, soit au roi, comme souverain (1Pier 2, 13)
Rappelle aux fidèles le devoir d'être soumis aux magistrats et aux autorités, de leur obéir, d'être prêts à toute bonne oeuvre (Tite 3, 1)

Sachant donc qu'ils allaient venir l'enlever pour le faire roi, Jésus se retira de nouveau, seul, sur la montagne. (Jn 6, 15)
Comment interpreter le refus de JC de devenir roi ?
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Ven 09 Avr 2010, 15:59

Je me souviens avoir lu un jour "liste apolitique de centre droit" sur un programme électoral: les auteurs n'y avaient pourtant mis aucun humour...
Quel que soit le régime, quand on est plutôt conservateur on n'a pas l'impression de "faire de la politique", mais simplement de servir la société, quitte à opérer quelques réformes par-ci par-là pour son bien, pour qu'elle "marche mieux".

J'avais déjà relevé, je crois (mais j'en ai marre de chercher), le changement de tonalité entre le pro-romanisme de l'épître aux Romains (où les "autorités" sont d'institution divine) et celui de la Première de Pierre, marqué par la persécution (où elles ne sont plus que "création humaine"). L'essentiel du spectre politique néo-testamentaire (si on excepte l'Apocalypse) se tient dans cette nuance: se soumettre à l'ordre établi parce qu'il représente la juste volonté de Dieu, ou bien qu'il ne la représente pas...
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Ven 23 Avr 2010, 10:40

"Jésus se rendit compte qu'ils allaient venir L'enlever pour le faire roi ; alors Il s'enfuit de nouveau dans la montagne tout seul" (Jean 6,14-15).

Pourquoi JC refuse la fonction de roi ?
Pourquoi le texte précise t-il "Ils allaient venir L'enlever pour le faire roi..." Comment expliquer que les Juifs ne venaient pas "solliciter" Jésus, ni Lui "offrir" le pouvoir, mais le Lui imposer ?
JC a-t-il refusé parce que la fonction de roi n'était pas en phase avec sa mission ou est ce un refus de faire de la politique ?
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MessageSujet: Re: Le christianisme et la politique.   Aujourd'hui à 23:35

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Le christianisme et la politique.
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