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 Logos et Rhema

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VANVDA



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MessageSujet: Logos et Rhema   Ven 08 Oct 2010, 18:38

Tout est dans le titre!

Ma question est très simple, et probablement sans réponse. La "Parole" (et bien sûr plus particulièrement la parole divine) a deux appellations dans le NT: "logos" et "rhema". A-t-on des raisons de penser que chacun de ces termes désignait quelque chose de spécifique (l'un par rapport à l'autre), ou peut-on au contraire penser qu'il s'agit (grosso modo) de deux synonymes qui peuvent s'inter-changer dans le discours des rédacteurs?
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VANVDA



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MessageSujet: Re: Logos et Rhema   Ven 08 Oct 2010, 18:50

Je précise un peu ma question: je sais que le "Logos" -tel que dans "selon Jean"par exemple- renvoie à une notion héritée du stoïcisme, qu'on trouve aussi dans le judaïsme de Philon, et qu'elle va beaucoup plus loin que la seule notion de "parole".

C'est donc plus sur "rhema" que porte ma question. Est-ce que ça peut être employé comme synonyme de logos, ou est-ce qu'on peut au contraire imaginer qu'il est employé pour chercher à se distinguer de cet usage de logos?

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Narkissos

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MessageSujet: Re: Logos et Rhema   Sam 09 Oct 2010, 02:44

Même si étymologiquement logos et rhèma se distinguent selon la ligne de partage (extrêmement fine) qui sépare le "dire" et le "dit" (et donc la parole comme faculté ou acte de parler ou penser et comme "contenu", message ou signification), au plan sémantique (celui du sens, dont l'unique témoin est l'usage contemporain et si possible contextuel, qu'il prolonge ou heurte l'étymologie) c'est vraiment la synonymie qui domine massivement à tous les étages (du banal au philosophique, en passant par le théologique), et ce d'autant plus qu'on avance dans le temps. Philon déjà emploie presque indifféremment l'un ou l'autre, les alternant le plus souvent sans raison (!) apparente, ou sans raison autre que stylistique (le souci d'éviter les répétitions). De sorte que même dans les rares cas où on pourrait discerner une nuance (c'est généralement impossible) il est très douteux qu'on doive le faire.
Il ne faut pas perdre de vue que l'usage du mot logos dans le Prologue johannique est exceptionnel (par rapport à son usage non seulement dans le NT en général, mais aussi dans le reste de la littérature johannique et même du quatrième évangile). La première erreur à éviter serait de l'exporter ailleurs, dans d'autres occurrences de logos autant que de rhèma. Dans le contexte très particulier du Prologue johannique il devient en effet un quasi nom propre (d'où la majuscule en traduction, qui ne s'impose guère ailleurs). Cet usage unique est certainement préparé par les personnifications philoniennes du logos ou rhèma theou, tout en s'inscrivant avec elles dans la longue tradition philosophique de l'hellénisme qui privilégie le logos sur le rhèma. Mais il les dépasse, dans un sens qui, paradoxalement, pourrait être lu d'un point de vue strictement philosophique comme une "rechute" du logos (philosophique) dans le muthos (religieux), pour autant que ce logos-là (celui de "Jean") est plus "quelqu'un" que "quelque chose". Son aspect "rationnel" et "intelligible", donc "impersonnel" (qui est essentiel pour la philosophie grecque, et même pour Philon malgré la "personnification" formelle) s'efface devant la nomination d'une figure divine, donc d'un "personnage mythique" qui n'est plus du tout un "concept philosophique".
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MessageSujet: Re: Logos et Rhema   Sam 09 Oct 2010, 10:30

Citation :
Il ne faut pas perdre de vue que l'usage du mot logos dans le Prologue johannique est exceptionnel (par rapport à son usage non seulement dans le NT en général, mais aussi dans le reste de la littérature johannique et même du quatrième évangile). La première erreur à éviter serait de l'exporter ailleurs, dans d'autres occurrences de logos autant que de rhèma.

Je crois bien que c'est une erreur très classique. Le prologue de Jean "pilote" dans l'esprit du lecteur moderne du NT la définition qu'il se fait du "logos": c'est grâce à cet emploi-là que le mot grec est d'ailleurs un des rares qui soit connu de presque tous, avec "parousia", "agapé" ou "euaggelion".

Merci pour cet éclaircissement. Au départ ma question était suscitée par Héb 11.3, qui renvoie sans doute (plus ou moins directement) à Gen.1. Je me demandais si il y pouvait y avoir une volonté de ne pas parler du logos, et je comprends dans ta réponse que ce n'est pas le cas (d'autant qu'après réflexion, je me dis aussi qu'Hb étant probablement antérieure à Jn, il est absurde de se demander si l'auteur pouvait avoir voulu se démarquer d'une "compréhension" qui ne sera que bien plus tardive, une fois que les deux seront regroupés dans un corpus).

Cet avertissement ne me sera sans doute pas inutile. Parce que si la question m'est venue au sujet de ce Logos-majusculé par rapport à d'autres emplois, à l'intérieur du corpus johannique, et plus encore à l'intérieur de l'évangile, j'aurais eu tendance "naturellement" à rendre les occurrences du logos tributaires de cette acception très particulière qui est celle du prologue. Par exemple (c'est surtout à celui-là que je pense d'ailleurs) "ta Parole est vérité": j'aurais pensé que ce logos-là renvoyait au logos qui "fait face au dieu et est dieu"...
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Logos et Rhema   Sam 09 Oct 2010, 12:42

Je me doutais bien que tu avais de l'épître aux Hébreux derrière la tête. Vois aussi 1,3 pendant que tu y es.
Je ne crois pas non plus qu'il y ait de relation directe avec les textes johanniques (et ce pour des raisons qui peuvent tenir autant au lieu et au "milieu" qu'à la chronologie, ici particulièrement incertaine). Mais les relations indirectes sont d'autant plus intéressantes; ici la Parole créatrice est au service d'une de ces "doubles scènes" (pas celle de l'apocalyptique, ou alors justement celle-là mais passée à la moulinette médio-platonicienne) dont nous parlions ailleurs (il y a de l'invisible permanent "derrière" le visible impermanent). Cependant son rôle est secondaire par rapport à celui du "Fils" auquel elle est très lâchement liée; cf. les chaînes de génitifs du chapitre 1, qui rendent indécidable le rattachement de la "parole" au "Fils" ou à "Dieu"; il n'y a en tout cas pas identification entre l'un(e) et l'autre. Et de ce point de vue il se peut que cela ait joué dans le choix de rhèma plutôt que de logos (non pas "contre" Jean 1 bien sûr, mais tout simplement parce que rhèma, neutre, se prête moins à une personnification qui est dans l'air du temps -- Philon -- et dont l'auteur ici n'a pas besoin, qui ne ferait au contraire qu'embrouiller son propos).
Dans le quatrième évangile, en revanche, l'intégration (relativement tardive, on en a déjà parlé) du Prologue produit "vraiment" dans le texte des "ondes sémantiques" curieuses -- on ne peut pas tout mettre sur le dos de ce con de lecteur moderne! :) Le texte avec Prologue n'est plus le même que sans, et là où on peut percevoir des échos du Prologue on ne peut plus ne pas les percevoir...
A cet égard il est intéressant de noter que la reprise du Prologue dans la Première épître (1,1ss) (re-)met un maximum de distance (par une syntaxe particulièrement alambiquée) entre le mot logos (qui n'est plus du tout "M. Le Verbe") et "Jésus-Christ": "à propos de la parole de la vie", peri tou logou tès zôès, et après c'est la zôè et non le logos qui devient sujet.
En ce qui concerne le Prologue (de l'évangile), il n'est peut-être pas inutile de revenir un peu sur ce que je disais hier (ou ce matin très tôt): dès lors qu'on franchit la ligne (ténue, celle-là aussi) qui sépare la personnification d'un concept (on parle de quelque chose comme si c'était quelqu'un, mais ce n'est pas quelqu'un) de la désignation ou quasi-nomination d'une "personne", le sens du mot, comme pour un nom commun utilisé comme nom propre, est relégué à l'arrière-plan; ce n'est plus (et tout au plus) qu'une connotation. Si au lieu du "Verbe" on avait "la Vérité", "la Justice", "la Sagesse", ça ne changerait strictement rien au fonctionnement général du texte.
Du coup on ne se tient jamais définitivement d'un seul côté de cette "frontière". Et quand je dis "on", je ne veux pas dire seulement "nous, modernes", mais aussi bien les "premiers destinataires" et "l'auteur" même. Si je pars d'un logos-concept (et peu importe lequel du moment qu'il soit "quelque chose"), la séduction de sa personnification va m'entraîner irrésistiblement du côté du mythe où j'aurai affaire à "quelqu'un"; et quand je croirais être fermement du côté "religieux", le nom commun derrière le nom propre me rappellerait avec insistance du côté "philosophique". "L'auteur" pourrait venir en personne nous expliquer tant qu'il le voudrait que la personnification "n'est qu'une image", ou au contraire que le logos "n'est qu'un nom", il ne se dépêtrerait plus de l'ambivalence de son texte et du va-et-vient que celui-ci impose à sa lecture.
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MessageSujet: Re: Logos et Rhema   Dim 10 Oct 2010, 16:46

J'allais poursuivre un peu sur ta réponse d'hier matin, mais je constate ce midi que tu as précisé ton propos depuis hier matin.

C'était justement la question qui m'était venu, à propos de "l'onde sémantique" créée par le prologue: est-ce un procédé littéraire "calculé" -surtout si l'on tient compte de sa position dans la structure finale du texte: c'est par là qu'on attaque- ou une "signature" qui dépasse la volonté de son rédacteur? Finalement, la question est un peu vaine, on n'a plus vraiment d'auteur a interviewer à ce sujet (je crois) pour parler de son œuvre, mais par contre le constats c'est que c'est bien "comme ça" qu'on le lit finalement.

Et puis merci aussi pour ce petit rappel sur le propos d'Héb. Juste pour me confirmer que j'ai bien compris ton propos:

Citation :
il n'y a en tout cas pas identification entre l'un(e) et l'autre

c'est bien de "la parole" et "du Fils" que tu parles? Je demande ça, car il est aussi question de "Dieu" dans ta phrase juste précédente, et Dieu (justement) sait que rien n'est simple quand ils arrivent ensemble.... Very Happy

Un peu en marge, j'ai acheté la semaine dernière "La communauté du disciple bien aimé" de Raymond Brown. Je n'ai pas encore attaqué, mais j'espère pouvoir un peu mieux cerner et me familiariser avec la théologie et la christologie johannique. Je crois que tu connais son travail (si ma mémoire est bonne): as-tu des "tuyaux", des pistes de lectures, des réflexions préalables, des commentaires critiques, etc. qui te viendraient à l'esprit sur le travail de Brown à ce sujet?
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MessageSujet: Re: Logos et Rhema   Dim 10 Oct 2010, 17:47

A l'échelle d'un livre à l'histoire rédactionnelle aussi complexe que le quatrième évangile, il n'y a plus d'"auteur" du tout.
L'"intention" du Prologue n'est pas celle de l'hymne au logos qu'il adapte, pas non plus celle de l'ouvrage qu'il "préface", laquelle n'est pas davantage identique à l'ouvrage qui se concluait à la fin du chapitre 12 (avant ou après les gros remaniements internes de 5--7), ni à celui qui incluait un récit de la Passion, ou les expansions successives des chapitres 13--14, puis 15--17, ni non plus à celui qui s'achèvera au chapitre 21. Des intentions multiples sont prises dans la texture du texte, et personne n'y a le dernier mot (pas même l'ultime rédacteur qui, bien qu'il "s'approprie" d'une certaine façon la totalité, n'empêchera pas les lecteurs à venir d'y retrouver des "intentions" qui diffèrent de la sienne).
Mais ce que j'écrivais à la fin de mon dernier post (tant qu'on ne me répond pas, je ne résiste pas à la tentation de me répondre tout seul!) va encore plus loin (ou plutôt moins): même dans un texte réduit à quelques lignes, d'un auteur unique avec une intention univoque, l'écriture excède le "vouloir-dire". Celui qui croit employer impunément une "figure de style" comme la personnification (et on pourrait en dire autant de toutes les figures de style, métaphores, métonymies, etc.) ne l'empêchera pas de dire, vraiment, tout autre chose que ce qu'il aura voulu dire. Et il ne pourra pas se relire lui-même sans constater cette différance.
Pour répondre (quand même!) à ta question: oui, je voulais dire (!) que (non), l'épître aux Hébreux n'identifie pas "le Fils" à la "Parole créatrice".
La communauté du disciple bien-aimé est un ouvrage relativement "grand public", où Brown synthétise ses "conclusions". J'ai surtout beaucoup apprécié ses commentaires (dans la série Anchor Bible), sur l'évangile et encore plus ceux, beaucoup plus détaillés, sur les épîtres. Je ne le suivrais sans doute pas sur tout (par exemple sur la façon de situer la Première épître face à l'alternative "grande Eglise" OU "gnose", je crois qu'il est intéressant de le confronter à Vouga, notamment), mais il reste à mes yeux, sur ce sujet, l'incontournable.

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