Etre chrétien ou pas?

apporter une aide et fournir un support de discussion à ceux ou celles qui se posent des questions sur leurs convictions
 
PortailPortail  AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Et qui est mon prochain ?

Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
Narkissos

avatar

Nombre de messages : 6190
Age : 59
Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: Re: Et qui est mon prochain ?   Jeu 01 Mar 2018, 23:56

Dans un sens, une perspective moderne simplifie (ou aplatit) beaucoup les choses en faisant l'économie de toute "transcendance" et de toute "profondeur", de toute "essence" et de toute "origine", à la limite de toute "intériorité" et de toute "mémoire" (au sens où Platon opposait l'écriture à la mémoire "vivante": ce que nous appelons aujourd'hui mémoire, même mémoire vive, est en fait document externalisé et numérisé, plus exhaustif et facilement consultable que jamais mais que personne ne "porte en soi" de façon à le travailler et à en être travaillé continuellement). Tout se joue instantanément à la surface des événements et au fil du devenir "en temps réel": on aime, on hait, plus ou moins intensément (plutôt que "profondément"), on cesse d'aimer ou de haïr, on devient aimable ou haïssable pour tel ou tel ou pour tout le monde, ça arrive comme et quand ça arrive et il n'y aucune raison de se demander pourquoi au-delà du jeu des interactions individuelles au jour le jour. Même "Dieu", pour ceux qui restent ou deviennent "croyants" à cette époque, se conforme tout naturellement à ce fonctionnement général: il n'y a rien d'étonnant à ce que ses "sentiments" changent à l'égard de tel ou tel en fonction des changements de celui-ci, de ses "choix", de son "libre-arbitre", de ses "fautes" ou de ses "déchéances", de ses "repentances" ou de ses "conversions" (que la Bible en français courant traduise metanoia par "changement de comportement" est un symptôme éloquent de son époque). Qu'un "bon" puisse devenir "méchant" et réciproquement, et que ses relations (y compris avec "Dieu" le cas échéant) se modifient du tout au tout en conséquence, c'est tout ce qu'il y a de plus naturel dans une telle perspective. A cet égard comme à bien d'autres, la doctrine jéhoviste ne fait que caricaturer la pensée ou le manque de pensée de son propre temps, en l'occurrence une "psychologie" sans "âme" (psukhè-psyché), une "existence" sans "essence", un "sujet" sans "substance" ou une "liberté" sans "destin". Cela consonne assurément avec certaines idées "bibliques" (je pense notamment à Ezéchiel 18, qui se présentait pourtant en son temps comme une "nouveauté"); d'autres, par contre, et non des moindres, y deviennent incompréhensibles: tout ce que "Dieu" (ou les dieux) aurai(en)t à voir avec la "décision" humaine, sous forme de "providence" ou de "création continue", d'"inspiration" bonne ou mauvaise, de "grâce" ou de "fidélité", d'"élection" ou de "(pré-)destination" par exemple. L'"individu" ponctuel (à l'opposé de la "monade" leibnizienne) reste radicalement seul avec son "libre-arbitre" et la responsabilité de la décision qui lui incombe intégralement, comme s'il était sa propre origine absolue en dépit de l'évidence (même psychologique, sociologique, généalogique ou historique) du contraire: "Dieu" comme "les autres" ou "la société" ne peuvent plus qu'y agir -- à la rigueur le pro-voquer, mais sur le même plan de causalité temporelle qui exclut ou forclôt jusqu'à l'intuition d'une "transcendance" (et donc aussi d'une "im-manence" dans la mesure où ces deux concepts sont solidaires).
Revenir en haut Aller en bas
http://oudenologia.over-blog.com/
le chapelier toqué

avatar

Nombre de messages : 1861
Age : 71
Date d'inscription : 31/08/2010

MessageSujet: Re: Et qui est mon prochain ?   Ven 02 Mar 2018, 23:33

Narkissos je te remercie de ton analyse très complète, mais tu admettras qu'il peut être difficile pour le citoyen lambda de se retrouver face à la contradiction que j'ai évoqué s'il n'a pas le recul que tu évoques. J'ai répondu, à l'époque, que Dieu portait son regard sur chaque humain et pouvait le juger sans que cela nous autorise de juger à notre tour la personne que nous rencontrons en prédication. Ma réponse lui a semblé satisfaisante, heureusement...

Mon message ne serait plus le même aujourd'hui. Il m'a fallut de la réflexion pour arriver au point où j'en suis et bien sûr un peu de hasard mais pas seulement, il a fallut de la curiosité et aussi des rencontres, même par internet. Aller chercher plus loin au-delà de ce qui parait au premier regard, un peu comme l'enfant qui soulève le rideau pour voir ce qui se cache dans le théâtre à guignol.
Revenir en haut Aller en bas
Narkissos

avatar

Nombre de messages : 6190
Age : 59
Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: Re: Et qui est mon prochain ?   Sam 03 Mar 2018, 11:43

Ma réflexion n'était pas une réponse -- sinon en ce sens que ton anecdote (qui, en soi, n'appelait pas de réponse) me l'a inspirée.

Le "problème" de ton interlocuteur témoignait déjà chez lui d'une sensibilité ou d'une "profondeur" supérieures à la moyenne: pour qui s'en tient à la surface des choses, il est tout à fait normal que "Dieu" comme les hommes règlent et modulent leur amour et leur haine en fonction des comportements d'autrui au jour le jour; pas la peine d'aller chercher plus loin. Que le méchant d'aujourd'hui puisse devenir bon demain, et réciproquement, seul s'en étonne celui qui devine que ça ne peut pas être aussi simple, que quelque chose se joue sous cette surface de pur devenir temporel. Que chacun doit bien être autre chose que ce qu'il paraît aujourd'hui pour pouvoir ne serait-ce que paraître autrement le lendemain. Et qu'en-dessous c'est tout sauf simple: il n'est même pas dit qu'un Dieu qui "sonde les cœurs" trouverait là de quoi "juger" qui que ce soit.

Même sans se référer à aucune "profondeur", du reste, un "jugement" purement temporel et superficiel se problématise lui-même dans la durée: on pourrait à la rigueur "juger" chaque instant d'une "vie" ou d'une "personne", mais comment "juger" une "vie" et une "personne", même sur le critère simpliste et dualiste d'un "bien" et d'un "mal" ? Il y a la vieille solution comptable (p. ex. égyptienne) de la balance ou du bilan, de la double somme des bonnes et mauvaises actions et de la différence entre les deux colonnes. Mais ce n'est précisément pas celle que retient Ezéchiel ni tout ce qui en découle, y compris notre modernité: c'est au contraire une prépondérance (de plus en plus exorbitante) du présent sur le passé, du futur sur le présent et de la "fin" sur tout le reste. Pour "juger" vraiment, justement, quoi que ce soit, ce ne sont pas seulement des milliards de "personnes" qu'il faudrait ressusciter, mais chaque instant de chacune et de chaque relation. Rejouer indéfiniment toute l'histoire en s'arrêtant sur chaque image et sur chaque point de vue. On comprend que dans l'Apocalypse cela se passe hors-monde et hors-temps.
Revenir en haut Aller en bas
http://oudenologia.over-blog.com/
le chapelier toqué

avatar

Nombre de messages : 1861
Age : 71
Date d'inscription : 31/08/2010

MessageSujet: Re: Et qui est mon prochain ?   Sam 03 Mar 2018, 19:08

Cela me fait penser à l'étonnement de personnes se pensant bien selon la morale, découvrant que les nazis célébraient Noël. Comme si l'être humain était foncièrement bien ou foncièrement mauvais; il y a une grande part de gris du plus clair au plus foncé en nous. De plus le fait de célébrer Noël n'était absolument la preuve d'une bonté, d'une morale hors du commun.

Au cours de la seconde guerre mondiale il s'est passé des évènements qui peuvent nous aider à réfléchir sur la bassesse humaine mais également il s'est trouvé des hommes et des femmes qui n'ont pas hésité et pris des risques pour protéger et sauver des personnes qui leur étaient totalement inconnues mais qui leur sont apparues comme leur prochain.
Revenir en haut Aller en bas
Narkissos

avatar

Nombre de messages : 6190
Age : 59
Date d'inscription : 22/03/2008

MessageSujet: Re: Et qui est mon prochain ?   Sam 03 Mar 2018, 22:30

le chapelier toqué a écrit:
Comme si l'être humain était foncièrement bien ou foncièrement mauvais; il y a une grande part de gris du plus clair au plus foncé en nous.

Et aussi quelques (autres) couleurs, et bien d'autres choses encore que des couleurs...

Je veux dire par là que la "morale" au sens où nous l'entendons couramment aujourd'hui -- le "monothéisme judéo-chrétien" y est évidemment pour quelque chose, après le dualisme perse -- nous impose une vision extrêmement réductrice du monde, des choses et des hommes, dualiste et monochrome en effet, en "noir et blanc" ou au mieux en nuances de gris. Il n'en a pas toujours été ainsi, chez les Grecs le "bien" ou le "bon" (agathon) était indissociable du "beau" (kalon), de l'intelligence théorique ou pratique (tekhnè), de l'habileté, du talent ou du génie, de l'"art" de l'"artiste" ou de l'"artisan", poète, musicien, architecte ou médecin, de la "vertu" (arètè, virtus) du guerrier ou de l'athlète, du savoir-faire agricole, commercial, politique ou stratégique, et ainsi de suite... Certes, nous employons toujours les adjectifs "bon" et "mauvais", leurs comparatifs et leurs superlatifs, dans tous ces domaines (un bon charcutier, un mauvais footballeur, un excellent docteur ou un écrivain exécrable), mais dans notre tête ça n'a plus rien à voir avec le "bon" et le "mauvais" de la "morale"; ce ne serait pas très grave si celle-ci ne conditionnait pas tout le reste (cf. les cas que nous évoquions sur un autre fil, d'écrivains, de philosophes, de musiciens, de cinéastes dont les œuvres sont atteintes par le jugement "moral" porté sur les "auteurs"). Un monde de "justes" ou de "saints" ne serait plus du tout un monde, il ne le serait guère plus si on leur rajoutait quelques salauds et beaucoup de médiocres sur le même genre de critère: qui ne seraient rien d'autre que ça; ce qui rend le monde et les gens (donc aussi le "prochain") relativement intéressants n'a qu'un rapport très limité et épisodique avec la "morale". De temps à autre celle-ci peut être très importante, décisive même, mais la plupart du temps la vie se joue ailleurs et autrement que sur des critères de "bien" et de "mal" en ce sens restreint.

Ce qui est d'ailleurs assez frappant, tant dans les interviews de "justes" que dans les procès de "salauds" d'après-guerre ou d'après-dictature, c'est que les intéressés se réclament rarement du "bien" comme du "mal", mais d'une sorte d'évidence liée aux circonstances, où la pensée de "faire le bien" ou de "faire le mal" ne les avait même pas effleurés. Témoignage paradoxalement convergent et très embarrassant pour les mythologies héroïsantes ou diabolisatrices.

(Je passe sur la caricature sectaire qu'offre la version jéhoviste de la "morale", qui n'est plus que conformité à la doctrine théorique et pratique d'un groupe -- les "bons" sont les Témoins in good standing, les "mauvais" tout l'extérieur, la zone grise est réduite au minimum: si les TdJ ne mangeaient, ne buvaient, ne vêtaient, n'habitaient, ne regardaient, ne lisaient ou n'écoutaient que ce que cette "morale"-là produit, leur vie, à supposer qu'elle soit possible, serait encore infiniment plus ennuyeuse qu'elle ne l'est.)
Revenir en haut Aller en bas
http://oudenologia.over-blog.com/
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Et qui est mon prochain ?   

Revenir en haut Aller en bas
 
Et qui est mon prochain ?
Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2
 Sujets similaires
-
» Tu aimeras ton prochain comme toi-même...
» tu veux savoir qui sera ton prochain flirt?
» Neige sur nos reliefs lundi prochain (15 novembre 2010)
» aider son prochain par les mots
» L'amour de Dieu et l'amour du prochain

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Etre chrétien ou pas? :: RELIGION-
Sauter vers: