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 L'histoire racontée par un chat

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VANVDA



Masculin Nombre de messages : 1499
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MessageSujet: Re: L'histoire racontée par un chat   Dim 31 Oct 2010, 11:12

Bonjour

J'ai ré-ouvert "par hasard" un livre qui sommeillait dans ma bibliothèque depuis une quinzaine d'années:

"L'histoire de l'homme racontée par un chat" (racontée par le chat Akhenaton, et traduit depuis le langage félin par Gérad Vincent)

Ce livre m'avait plu à l'époque par son humour noir et son érudition décalée. Je l'avais lu avec plaisir, sans qu'il me marque plus que ça.

Aujourd'hui je m'aperçois que ce livre me parlait en fait, de façon légère, de ce qui m'attendait quinze ans plus tard. Ce livre et moi étions félin pour l'autre.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: L'histoire racontée par un chat   Dim 31 Oct 2010, 15:22

Citation :
Aujourd'hui je m'aperçois que ce livre me parlait en fait, de façon légère, de ce qui m'attendait quinze ans plus tard.

Sachant mon intérêt pour la vision féline du monde comme miroir d'écriture (si ce n'était traduit du siamois, il eût pu s'agir de nouvelles lettres persanes), tu ne t'étonneras pas d'éveiller ma curiosité -- c'est sans doute en partie l'effet voulu, mais -- j'aimerais bien que tu dises un peu pourquoi tu t'y retrouves, en particulier, maintenant... :)
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VANVDA



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MessageSujet: Re: L'histoire racontée par un chat   Lun 01 Nov 2010, 01:58

Parce que l'auteur joue à être autre chose qu'un homme, joue à pouvoir "posséder" un point de vue "autre", détaché, supérieur; mais contrairement à ce que j'ai longtemps affirmé et voulu croire sur mon point de vue -qui se voulait plus ou moins celui de Sirius (qui d'ailleurs se cache à lui-même qu'il n'est jamais QUE celui de Sirius)- l'auteur est suffisamment vieux, je crois, pour ne pas oublier que ce n'est qu'un jeu. D'où cette légèreté nihiliste, très plaisante, ces sentences à l'emporte-pièces auxquelles on ne peut s'empêcher d'adhérer tout en ne les prenant guère au sérieux.

Un petit extrait, exemple pris au hasard (ou presque...):
Citation :

« Il est difficile d'imaginer être plus ridicule que cette misérable et chétive créature, incapable de se maîtriser, exposée aux offenses de toutes choses, qui se dit maîtresse et impératrice de l'univers alors qu'elle n'est ni capable de le connaître, ni de le commander. Quelle chimère est-ce donc que l'homme? Quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradictions! Cet imbécile ver de terre, bouffi de vanité, se proclame juge de toutes choses, dépositaire de la Vérité alors qu'il n'est qu'un cloaque d'incertitudes et un professeur de niaiseries. Est-il digne de l'amour d'un chat? Est-il juste qu'il le désire?

Qu'est-ce que l'homme dans la nature? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un petit milieu entre rien et tout. Infiniment éloigné de comprendre les extrêmes, la fin des choses et leurs principes lui sont invinciblement cachés dans un secret impénétrable? L'homme est également incapable de comprendre le néant d'où il procède et l'infini où il est englouti. Il voit dans l'asservissement qu'il impose à certains animaux la preuve de sa prétendue supériorité. Mais n'a-t-il pas asservi son semblable, le nommant esclave, serf, prolétaire, bonne à tout -tout?- faire? Et dans ses rapports au chat n'arrive-t-il pas qu'il soit le domestiqué et nous le maître? "Quand je joue à ma chatte, disait Montaigne, qui sait si elle passe son temps de moi plus que je ne le fais d'elle?"

Avec quelques signes (environ vingt-cinq) les hommes fabriquent des mots polysémiques et multivoques qu'ils écrivent et prononcent dans le but de "communiquer". Ils "échangent" des propos mais "échanger", n'est-ce pas donner pour recevoir et non décrypter le contenu? Malgré l'enseignement de Michel Foucault, ils persévèrent à prendre les mots pour les choses et pourtant, le mot "chien" n'aboie pas. Ils parlent donc, mais le locutaire entend rarement ce que dit le locuteur. L'homme dit à la femme: "Je vous aime"; la seule réponse raisonnable serait une question: "Qu'entendez-vous par là? S'agit-il d'un désir? De la volonté de faire un petit? Du souhait de passer votre vie avec moi? De s'emparer subrepticement de mon patrimoine?" On ne sait.

Quant à la question essentielle -d'où venons-nous? qui sommes-nous? où allons-nous?-, celle de la double inintelligibilité de l'origine du monde et de sa fin, chats et hommes sommes dans le même sac d'ignorance. Certains imaginent qu'un "Être" éternel, tout-puissant, omniscient, aurait créé Adam et Ève, leur aurait accordé une certaine latitude d'action, donc la possibilité de désobéir. L'humanité procéderait donc d'une incartade de ce couple et de l'inceste nécessaire de ses descendants. De nombreux savants -et non des moindres- mettent en doute une origine aussi simple et parlent de lentes mutations qui auraient conduit la race humaine des reptiliens aux gaullistes et mitterrandistes. Quant à la finalité de l'affaire -le sens ou le non-sens de l'histoire-, les opinions divergent. Pour certains la Cité de Dieu l'emportera de justesse sur celle de Satan, le Bien sur le Mal. Pour d'autres l'Apocalypse annoncée dans un texte très ancien est imminente: soit brutale sous la forme d'une explosion atomique, soit progressive: la fringale consommatrice des nantis générera un procès d'entropie; l'effet de serre transformera le monde en fournaise; la disparition de la couche d'ozone rendra chaque rayon solaire cancérigène et l'humanité toute entière disparaitra dans les souffrances cumulées du bûcher et du cancer.

Restons sur cette planète, puisqu'elle existe encore, et tentons de dire comment les hommes la pensent. Les philosophes -puisqu'il s'agit d'eux- se divisent en trois écoles: ceux qui prétendent atteindre la Vérité (hélas, ils sont fort nombreux!); ceux qui soutiennent que cette accession est impossible; ceux enfin qui refusent de se prononcer, les sceptiques. De ces derniers, nous les chats sommes les plus proches et en voici la raison. Si nous recevions quelque chose sans altération, si les prises humaines étaient assez capables et fermes pour saisir la Vérité, il devrait au moins se trouver UNE chose au monde emportant consentement universel. Or, ce n'est pas le cas; dès qu'une proposition est avancée, elle est débattue et controversée, l'assiette du jugement humain est une assiette brisée. Tout homme honnête -il en est peu, il est vrai- avouera: «Ce que je tiens aujourd'hui et je le crois de toute ma croyance; tous mes outils et tous mes ressorts empoignent cette opinion... Mais ne m'est-il pas advenu, pas une fois, mais cent, mais mille, et tous les jours, d'avoir embrassé à l'aide de ces mêmes impressions en cette même condition quelque autre opinion... que depuis j'ai jugée fausse?» L'inconstance des opinions et des goûts des hommes est telle que -pour se prémunir contre un doute destructeur- ils s'accrochent au concept de «raison», instrument de plomb et de cire, allongeable, ployable et accomodable à tout biais et toute mesure. »

Le texte est pour une bonne partie constitué d'un savant pillage (parfaitement assumé) de moult citations. Dans ce court extrait, on reconnaît, en vrac, les pensés de Pascal, les Essais de Montaigne, les Mots et les Choses de Foucault, et Démocrite.

Le livre est tout entier de cet acabit, où l'auteur fait semblant de se croire au dessus du lot des hommes, les regardant avec un peu de compassion et beaucoup de suffisance, comme j'aime moi aussi parfois me jouer -pour mon seul plaisir- ce rôle-là, où je me plais à juger mes semblables comme si je n'étais pas leur semblable, à ceci près que je suis alors tout à la fois unique acteur et unique spectateur de ma paisible et morgueuse mégalomanie. Je n'ai pas le talent pour en faire un bouquin...
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Narkissos

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MessageSujet: L'histoire racontée par un chat   Lun 01 Nov 2010, 12:20

Merci :)

C'est à se demander si, dès lors qu'il s'agit d'écriture (et où ne s'agirait-il pas déjà d'elle?), la sincérité n'est pas l'unique imposture possible -- ou l'unique posture impossible. L'"auteur" qui prétendrait parler en son nom propre et dire "vraiment" ou "simplement" ce qu'il pense, (se) tenir (à) son texte-parole sans rien laisser échapper et divaguer, celui-là seul qui pourrait valablement persister et signer au regard de la loi, ne serait-il pas du même coup, au plan de l'écriture, le seul (vrai) menteur?
Il y a sans doute de la vérité en écriture, mais elle apparaît d'autant mieux qu'elle ne s'annonce pas comme telle...
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