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 christianisme, mariage, procréation et sexualité

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Narkissos

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MessageSujet: Re: christianisme, mariage, procréation et sexualité   Jeu 20 Aoû 2015, 16:42

free a écrit:
On éprouve beaucoup de difficulté à établir si ce texte est un jugement divin ou la conséquence de la désobéissance.

Cette phrase en forme d'alternative (c'est l'un OU l'autre) illustre bien le sempiternel problème de l'anachronisme où nous nous débattons: pour NOUS, un "jugement" (au sens de châtiment, divin ou autre) est tout autre chose qu'une "conséquence" (naturelle). Il n'en va pas forcément ainsi dans les textes où la même "chose" peut être décrite de deux points de vue différents ("divin" et "humain", pour faire vite; voir supra).

Citation :
Il est étonnant que ce texte n'affirme pas que la femme deviendrai l'objet de désir de l'homme, c'est le désir de la femme qui se portera vers son mari.
Pas tant que ça, puisqu'il s'agit ici du "châtiment" de la femme; le tour de l'homme va venir (v. 17ss), où il sera question de travail pénible et de mort, toutes choses qui concernent pourtant aussi la femme, mais qui ne sont pas mentionnées dans son "châtiment" à elle.
Il ne faut pas perdre de vue la règle structurelle (et structurante) qui vaut pour tous les "récits d'origine" (et dont nous avons souvent parlé): quel que soit leur point de départ (la situation initiale) et leur cheminement narratif (les péripéties), leur point d'arrivée (la conclusion, l'état final) est d'avance fixé, puisqu'il doit correspondre à la "réalité" telle qu'elle est communément connue et comprise à la fois par les "auteurs" et les "destinataires" (lecteurs-auditeurs contemporains). Cette conclusion est extrêmement intéressante pour les lecteurs décalés que nous sommes, puisqu'elle nous montre comment ceux-là (les "auteurs" et les "destinataires") percevaient et comprenaient leur "réalité"; et à partir de là (en retraçant l'histoire à partir de sa fin) l'ensemble du récit révèle à son tour, dans une certaine mesure, quel jugement ils portaient sur cette "réalité".
En l'espèce: que l'homme soit mortel, qu'il doive "gagner sa vie" par un travail pénible, que la femme soit soumise à l'homme, qu'elle ait des accouchements douloureux (et nombreux !), c'est la "réalité" (de l'époque), tout simplement; mais c'est une réalité qui était perçue comme mauvaise puisqu'elle résulte (narrativement) d'un "châtiment", alors que la différence sexuelle ou le travail de la terre en soi n'étaient pas perçus comme (aussi) "mauvais", puisqu'ils remontent (toujours narrativement) en-deçà de l'élément pertubateur (la "désobéissance").
Voilà à mon sens le genre de leçon (historique, socio-psychologique, mais aussi "théologique") qu'on peut tirer assez légitimement du texte. Mais quand on veut aller plus loin, d'une manière ou d'une autre, on s'égare: par exemple en déviant le récit de son cours nécessaire, quand on se demande "ce qu'il serait arrivé si la désobéissance n'avait pas eu lieu" (elle DOIT avoir lieu puisque le récit DOIT aboutir à la "réalité" connue des destinataires !), ou encore en érigeant son aboutissement en norme intemporelle (si on estime que la femme DOIT être soumise à son mari, avoir des grossesses nombreuses et douloureuses, on en déduira qu'il FAUT -- aujourd'hui -- être contre l'égalité des sexes, la contraception et l'analgésie !). Là où notre "réalité" diffère tant soit peu de celle que présuppose le texte, le texte n'a tout simplement rien à en dire (reste -- heureusement ? -- la mort qui n'a pas fini d'être "actuelle").
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MessageSujet: Re: christianisme, mariage, procréation et sexualité   Jeu 17 Nov 2016, 16:31

Lorsqu'un un ange annonce à Sarah qu’elle sera enceinte, voici sa réaction :  " Sara se mit à rire en elle-même et dit : « Tout usée comme je suis, pourrais-je encore jouir ? Et mon maître est si vieux ! » (Gn 18,12 TOB)



 Le fait qu’un personnage féminin parle du plaisir sexuel me semble être un cas singulier dans la Bible. Sarah semble également faire un lien entre jouissance et le fait de devenir enceinte, la sexualité ne se limite pas à la conception d'une enfant.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: christianisme, mariage, procréation et sexualité   Ven 18 Nov 2016, 01:30

Le Cantique des cantiques (du début à la fin) me paraît encore plus explicite (et l'idée de fécondité n'y intervient pas du tout). En fait, je crois que si on cherchait bien on trouverait beaucoup d'exemples du même "thème" (souvent en mauvaise part, certes, du "désir" asservissant de la femme pour l'homme dans la malédiction de Genèse 3 aux multiples portraits à charge, quelquefois très "crus", de la femme étrangère, adultère, prostituée, au sens "propre" ou "figuré", mais pas seulement: la relation d'Israël ou de Jérusalem à Yahvé est aussi dépeinte favorablement avec le vocabulaire du désir et du plaisir féminins -- non sans "fantasmes masculins" à ce sujet évidemment, et dans les deux cas). On peut tout reprocher à l'Ancien Testament, mais sûrement pas la pruderie...

Genèse 18,12 fait partie d'une série de "jeux de mots" sur le nom d'Isaac = hq = rire (Sara rit, çhq), qui ont parfois une connotation érotique (ainsi quand Isaac "rit", s'amuse, joue avec Rébecca, même verbe, 26,8ss). Je note au passage que le mot hébreu traduit en 18,12 par "plaisir" ou "jouissance" (`dnh) rappelle l'"Eden", et même -- pure coïncidence semble-t-il -- le mot grec pour "plaisir", hèdonè... mais la Septante, déjà plus prude, ne profite pas de cette coïncidence phonétique, et passe sous silence le "plaisir" de Sara, se contentant de lui faire dire: oupô men moi gegonen heôs tou nun, "cela (la maternité, non le plaisir) ne m'est pas arrivé jusqu'à maintenant"... la "réserve" en la matière est (judéo-)hellénistique et non spécifiquement chrétienne.
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MessageSujet: Re: christianisme, mariage, procréation et sexualité   Mar 07 Mar 2017, 13:55

Les religions monothéistes encouragent souvent une certaine pruderie, pudibonderie et une certaine réserve, à l'égard de tout ce qui touche à l'amour et à la sexualité. En lisant la Bible, nous sommes surpris de constater que certains de ses auteurs ne s'encombraient d'une telle réserve. Par exemple  Ézéchiel raconte une histoire symbolique au sujet de deux sœurs : Ohola représente le royaume de Samarie et Oholiba, celui de Jérusalem. Voici comment est relatée l’histoire d’Oholiba :

"Elle multiplia ses débauches, souvenir des jours de sa jeunesse quand elle se prostituait en Egypte. Elle montra sa sensualité avec leurs débauchés : leur membre est un membre d’âne, leur éjaculation celle du cheval. Tu es revenue à l’impudicité de ta jeunesse, quand les Egyptiens pressaient tes seins, caressant ta poitrine virginale" Eze 23,19-21

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MessageSujet: Re: christianisme, mariage, procréation et sexualité   Mar 07 Mar 2017, 14:24

Ezéchiel est assurément un "cas" -- champion biblique toutes catégories de la violence "graphique" comme on dit en anglais, non seulement pornographique mais aussi scatographique, hématographique (du sperme, du sang, de la pisse et de la merde...). C'est d'autant plus remarquable que ce livre apparaît par ailleurs comme une sorte de laboratoire ou de prototype de la Torah, en particulier des textes "sacerdotaux" (le personnage d'Ezéchiel étant présenté comme un prêtre).

Comme on l'a dit plus haut, la "pruderie" (etc.) est plutôt un effet de la sensibilité hellénistique tardive qui affecte dans ce sens la "bonne société" tant romaine que juive -- elle n'est pas spécifiquement "monothéiste", les textes juifs et chrétiens de cette époque en sont marqués comme d'autres, mais pas tellement plus que d'autres, et il y a des contre-exemples spectaculaires (comme l'Apocalypse qui renouvelle dans une certaine mesure la veine gore d'Ezéchiel).
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MessageSujet: Re: christianisme, mariage, procréation et sexualité   Mer 12 Avr 2017, 16:38

"Si mon cœur fut séduit par une femme, si j’ai fait le guet à la porte du voisin, que pour un autre ma femme tourne la meule, et que sur elle d’autres se couchent, 
car ç’aurait été une infamie, un forfait que punit mon juge. Un feu m’eut dévoré jusqu’à la perdition, ruinant tout mon fruit jusqu’à la racine." Job 31,9-12

Ce texte de Job nous fait évidemment penser aux paroles de Jésus contenues Mt 5,28 ("Mais moi, je vous dis que quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son cœur."). 
Job ne s’intéresse pas tant à l’adultère qu’au désir qui y conduit et il le fait en nous dépeignant le soupirant aux aguets, dans l’attente que la femme sorte de la maison ou que le mari la quitte. Le seul fait de s’être engagé dans cette démarche est assimilé par Job à un adultère. Paradoxalement, Job estime que cette attitude mérite  une punition qui correspondrait au fait qu'un autre homme couche avec sa femme. D'autres hommes feraient subir à celui qui a eu une mauvaise pensée, ce qui l'a désiré ou imaginé. Il est question aussi d'un forfait ou d'une compensation financière  que devrait payer la personne adultère à la victime. Un élément intéressant, la femme n’est pas considérée comme responsable de cet adultère, la responsabilité repose uniquement sur l'homme qui a posé un regard plein de désir sur cette femme.
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MessageSujet: Re: christianisme, mariage, procréation et sexualité   Mer 12 Avr 2017, 23:49

La distinction entre "la pensée" et "l'acte" (préalable à leur assimilation rhétorique: il faut qu'ils soient ordinairement différenciés pour que quelqu'un se fasse remarquer en disant que ça revient au même !) ne me semble pas si claire dans Job que dans Matthieu. La scène de l'adultère aux aguets est un topos, un "cliché" si tu préfères (cf. David et Bethsabée, Proverbes 6; 7; 9, etc.), qui suffit à évoquer l'adultère tout entier (pars pro toto, la partie pour le tout): "consommé" plutôt qu'"inabouti", si je puis dire.

Pour comprendre ce chapitre, il faut se replonger dans une manière de parler qui nous est assez inhabituelle (bien que nous l'ayons déjà évoquée sous plusieurs aspects): c'est une "protestation d'innocence" à la limite du serment et de l'ordalie, où le schème de l'auto-malédiction conditionnelle ("si j'ai fait ceci, qu'il m'arrive cela") joue un rôle central: c'est la seule façon pour un suspect (comme Job) de se disculper. Dans un sens, ce chapitre (le dernier des dialogues, avant les monologues d'Elihou et Yahvé) s'insère très logiquement dans le drame de Job (je fais ce que j'ai dit, devant Dieu je joue Dieu contre Dieu, la justice de Dieu contre l'injustice de Dieu, je prouve ainsi mon innocence en l'affirmant à mes risques et périls); mais dans un autre il en fait trop, en présentant Job comme un personnage impeccable (ainsi que dans le Prologue). Or le Job des dialogues (précédents) ne prétendait pas à l'impeccabilité absolue, il soulignait au contraire qu'un Dieu qui exigerait une telle impeccabilité, qui punirait la moindre peccadille au même titre que la faute la plus grave (point de vue des "amis"), ne serait pas juste du tout (cf. p. ex. 13,26).

Et, bien sûr, d'un point de vue "moderne" la femme est considérée comme "objet" et non "sujet" de droit (ou de morale) dans tous ces textes, depuis le Décalogue jusqu'au Sermon sur la Montagne: au regard du droit civil, c'est en tant que "bien d'autrui" que la femme mariée ou fiancée est "interdite" (ça ne l'empêche pas d'être lapidée le cas échéant, en vertu de la loi sacrale: outre le "vol" il y a aussi la "souillure"; mais les animaux aussi peuvent être  lapidés selon la même "logique"...).
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