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 La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur

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Narkissos

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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Mer 05 Avr 2017, 11:18

C'est un texte qui mérite toujours d'être relu.

Les questions de rédaction (en particulier celle-ci) ont été abordées ici plusieurs fois, notamment dans la rubrique religion / Bible / NT / Jean. Les notes de certaines bibles (p. ex. Jérusalem, TOB) en signalent quelques-unes.

Mais on peut aussi les ignorer sans grave préjudice pour la lecture. Comme je l'ai suggéré ailleurs, le texte johannique en particulier a une façon bien à lui de "déjouer ses ajouts". Dans le cas de 6,53-58, le langage hyper-réaliste (à la limite gore, dans le genre cannibale: dévorer, bâfrer la chair de Jésus et boire son sang) se neutralise lui-même (surtout suivi de "c'est l'esprit qui fait vivre, la chair ne sert à rien" !). Une interprétation "réaliste" de l'eucharistie peut s'appuyer sur ce "morceau" isolé, elle ne survit pas à une lecture suivie de l'évangile, qui se montre tout au plus indifférent au "rite".

Même en lisant le texte "tel qu'il est", c'est toujours la distance ironique qui domine: ici par une certaine façon d'"en faire trop" (caricature aussitôt raturée), au chapitre 13 par le remplacement au pied levé inopiné de l'eucharistie attendue par un tout autre "rite" ("lavement des pieds").
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Mer 05 Avr 2017, 16:49

Je vais le relire de ce pas; c'est vrai lorsque j'étais arrivé la première fois au chapitre 13 j'étais un peu déçu de ne pas y trouver un récit de la "Pâque" mais celui du lavement des pieds des apôtres par Jésus, avec une leçon d'humilité à la clef.
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Mer 05 Avr 2017, 18:32

Je pensais plutôt à l'"eucharistie" chrétienne (l'institution spécifique du rite du pain et du vin dans les Synoptiques: c'est mon corps, c'est mon sang, faites ceci en mémoire de moi) qu'à la "Pâque" juive (sur la différence, et pourquoi le dernier repas johannique n'est pas non plus une "Pâque", voir la p. 1 de ce fil, 15.4.2011).
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Jeu 06 Avr 2017, 10:54

Il me semble que, mis à part les Synoptiques et la première épître aux Corinthiens et la fraction du des Actes), les autres livres du NT, ne font pas allusion à l'eucharistie. Comment expliquer ce silence ? certaines Eglises ne célébraient-elles pas l'eucharistie ?
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Jeu 06 Avr 2017, 14:08

Le domaine de l'"allusion" étant beaucoup plus vaste et vague que celui de la référence explicite, il y en a peut-être plus que tu ne le crois. Par exemple, il me semble qu'à tout le moins l'Evangile selon Jean pris dans son ensemble connaît parfaitement la pratique paulinienne-synoptique de l'eucharistie pour la "maltraiter" ou l'éviter ostensiblement comme il le fait (en ce sens-là il y ferait certainement "allusion").

Mais le problème est plus profond que ça: en nommant "l'eucharistie" (ou la Cène, peu importe), on en fait artificiellement un objet indivisible et distinct de tous les autres, pour s'y référer ensuite (en se demandant par exemple comment "elle" était pratiquée, interprétée, etc.). Ce faisant on occulte une continuité beaucoup plus large, entre la multitude des "repas communautaires" plus ou moins ritualisés dans le judaïsme (temple, Qoumrân, synagogues et confréries pharisiennes, etc.) et en-dehors (temples "païens" classiques comme à Corinthe, "mystères", etc.). D'un point de vue historique, il faudrait plutôt se demander comment un rite spécifique comme "l'eucharistie" s'est progressivement et diversement distingué d'une pratique générale de repas communautaires, avant de s'unifier (relativement) dans sa forme et dans son interprétation. Quand on lit Galates 2, par exemple, où il n'est pas spécifiquement question d'"eucharistie", on voit bien qu'il y a des repas communautaires qui ont un côté rituel (c'est un problème rituel que pose la question de la "commensalité" entre Juifs et non-Juifs; cf. aussi les "agapes" de Jude).

C'est à peu près le même problème que nous avons évoqué ailleurs concernant le "baptême": dès qu'on nomme l'objet "baptême" (à partir de Jean-"Baptiste" en l'occurrence), on perd de vue sa relation à la catégorie bien plus large des ablutions ou des bains rituels (au temple, à Qoumrân, dans le pharisaïsme, et dans le "paganisme"). C'est (une fois de plus) le cas de dire que l'arbre cache la forêt.
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Jeu 06 Avr 2017, 15:32

"Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je prendrai la cène avec lui et lui avec moi." Apoc 3,20 (TOB)


"Je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu'un m'entend et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je dînerai avec lui et lui avec moi." (NBS)


La traduction de la TOB est-elle exacte ?


L'eucharistie commémore-t-elle un événement (en souvenir de) ou est-ce un rite mystique ("La coupe de bénédiction que nous bénissons n’est-elle pas une communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons n’est-il pas une communion au corps du Christ" 1 Cor 10,16) ?
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Jeu 06 Avr 2017, 22:58

La TOB est "exacte" pour le lecteur francophone qui sait que la "cène" (sans majuscule) c'est le repas du soir (deipnos = cena = "dîner" en France = "souper" en Suisse, je crois; en espagnol on dit toujours cena et cenar pour dîner) -- c.-à-d. pas grand-monde.

On est typiquement avec ce texte dans le cas de l'allusion (indirecte) au rite (sans préjudice de sa forme ni de son interprétation), comme dans l'histoire des compagnons d'Emmaüs (Luc 24) p. ex. Dans la mesure où le lecteur moyen de la TOB qui entend "cène" va d'abord penser au rite (surtout s'il est protestant et habitué à appeler celui-ci "Sainte-Cène") avant de penser (éventuellement) au dîner-souper en général, la TOB en fait manifestement trop: ça ne fonctionne plus comme une allusion, mais comme une référence explicite, ce qui n'est pas le cas dans le texte grec (le "profane" entend deipneô au sens banal -- devine qui vient dîner ce soir -- et l'"initié" seul comprend l'allusion).

Citation :
L'eucharistie commémore-t-elle un événement (en souvenir de) ou est-ce un rite mystique ... ?

Cf. mon post précédent (§ 2): tu te réfères à "l'eucharistie" comme à un rite défini, distinct dès le début (lequel ?) des "repas communautaires" en général, comme si on pouvait lui assigner un (et un seul) "sens original". Le rite est  manifestement distinct au moment de la rédaction des évangiles synoptiques (donc au moins de la rédaction "finale" de Marc), qui s'alignent grosso modo sur l'interprétation paulinienne de 1 Corinthiens 11: or dans cette interprétation c'est à la fois une "commémoration" (que l'"événement" remémoré soit "historique" ou "mythique") et un "rite mystique" (de "communion" ou participation à un "mystère" de mort et de vie): l'un n'empêche pas l'autre ! Par contre, ce qui est sûr, c'est qu'il y a encore à la même époque, et plus tard, des interprétations très différentes du même rite qui sont au moins aussi anciennes (relire la Didachè à la p. 1 de ce fil: aucune référence à la mort, au corps et au sang de Jésus, celui-ci étant identifié à la sagesse/connaissance qui fait vivre et rassemble les élus).

---

Au passage, il y a un aspect de la "Cène" ou de l'"eucharistie" qui n'est qu'esquissé en 1 Corinthiens mais qui est nettement plus développé dans les Synoptiques: c'est son rapport d'anticipation (proleptique) à l'avenir eschatologique, notamment sous la figure du repas eschatologique (cf. Isaïe 25 etc.).
1 Corinthiens 11: "jusqu'à ce qu'il vienne".
Marc 14,25: "amen, je vous le dis, je ne boirai plus jamais de ce produit de la vigne jusqu'à ce jour-là où je le boirai nouveau dans le royaume de Dieu" (+ "avec vous", le royaume "de mon Père", Matthieu 26,29; "jusqu'à ce que le royaume de Dieu vienne", + "que vous mangiez et buviez avec moi dans mon royaume", Luc 22,18.30; cf. aussi Matthieu 8,11s//).
Evidemment, plus on déploie l'éventail des "sens" impliqués par le rite, plus on allonge la liste des "allusions" possibles à celui-ci (avec ce dernier élément viennent s'y ajouter les paraboles de festin et/ou de noces, p. ex.) -- mais au rite en général et non à une seule de ses définitions ou interprétations.
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Lun 10 Avr 2017, 14:30

Des reportages historiques ?
Les quatre récits cités sont largement postérieurs à l'événement qu'ils rapportent. Saint Paul écrit sa première lettre aux Corinthiens en 54. Matthieu, Marc et Luc vers 70-80. L'interprétation de ces textes ne doit pas oublier cet écart dans le temps. Quand Paul et les évangélistes écrivent, les communautés ont déjà une longue expérience de l'eucharistie, et il est bon de rappeler que, entre la Cène et ces récits, il y a eu surtout l'événement de Pâques. La résurrection du Christ donne le vrai sens de ses paroles et de ses gestes; elle est la clé de toute la rédaction des évangiles. Ainsi le problème s'éclaire : les récits de l'institution sont d'abord des témoignages sur la manière dont les communautés chrétiennes font mémoire de ce que le Christ a dit et fait, avant d'être des reportages historiques sur son dernier repas. On en reçoit confirmation si on considère les quatre récits globalement.
Ils peuvent être groupés deux à deux : Paul et Luc d'une part, qui insistent plus sur le Christ donnant sa vie comme prophète et martyr; Marc et Matthieu d'autre part qui, eux, présentent la mort du Christ comme un sacrifice. Les exégètes pensent que ces différences témoignent de deux traditions liturgiques, donc de deux pratiques différentes : Paul et Luc représentant la tradition d'Antioche; Marc et Matthieu celle, plus ancienne, de Jérusalem. Finalement, est-il possible de remonter aux paroles et aux faits de Jésus au cours de la Cène ?


La Cène, repas pascal ?
Si Paul, dans son récit, ne mentionne aucune date, les trois synoptiques situent la Cène au moment de la Pâque. Ils font donc du dernier repas de Jésus un repas pascal. Dans son récit sur la préparation de ce repas, Marc précise : “ Et le premier jour (de la semaine) des pains azymes, quand on immolait la Pâque... ” (Mc 14,12). Matthieu et Luc suivent cette chronologie.
Cependant bon nombre d'exégètes aujourd'hui refusent de voir dans la Cène un repas pascal. Pourquoi ? Si les synoptiques parlent souvent de la Pâque (16 fois au total), ils ne disent rien du déroulement de ce repas rituel : jamais l'agneau pascal n'est mentionné, alors qu'il est essentiel. De plus, si la Cène a lieu le soir de la Pâque, les événements qui suivent (arrestation, procès, exécution) doivent avoir lieu... le jour même de la Pâque, ce qui est très invraisemblable, toute activité étant interdite aux Juifs ce jour de fête.
Enfin, dernier argument de taille, Jean, bien qu'il ne mentionne pas l'institution de l'eucharistie, situe nettement le procès de Jésus devant Pilate la veille de la Pâque : “ C'était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure ” (19,14). La Cène, qui a eu lieu la veille au soir, n'est donc pas un repas pascal. Quel crédit accorder à Jean ? Depuis une quinzaine d'années, les exégètes sont plus attentifs aux traditions de l’évangile de Jean qui contiennent plus d'indications historiques (et géographiques) que les Synoptiques. Dans ce cas précis, sa chronologie semble plus correcte, puisqu'elle évite l'invraisemblance d'un procès et d'une exécution le jour même de la Pâque, comme il ressort des Synoptiques.
Pourtant, et c'est peut-être l'essentiel, si la Cène n'a pas été le repas pascal, sa proximité avec cette fête (l'avant-veille) ne fait aucun doute. La mort du Christ (la veille) a vite été comprise comme une nouvelle Pâque : le sacrifice de Jésus agneau de Dieu, libération du peuple de Dieu.


https://www.bible-service.net/extranet/current/pages/200022.html
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Lun 10 Avr 2017, 14:53

J'ai beau chercher, je ne vois pas où on peut trouver du "prophète et martyr" dans la christologie paulinienne; et si le concept de sacrifice est rapporté au sang de l'alliance-testament (diathèkè), celui-ci est déjà chez Paul (1 Corinthiens 11,25)... mébon.

Symptomatique, ce rapport de la science biblique (surtout néotestamentaire, à vrai dire) plus ou moins confessionnelle à l'événement-fondateur-dont-on-ne-peut-rien-dire-mais-dont-il-faut-parler-quand-même-comme-si-c'était-la-seule-chose-qui-compte.
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Lun 10 Avr 2017, 15:36

"car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude, pour le pardon des péchés" Mt 26,28

" Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude." Mc 14,24

" Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang versé pour vous." Lc 22,20

"Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang ; faites cela, toutes les fois que vous en boirez, en mémoire de moi." 1 Cor 11,25 


On ne retrouve que chez Luc et Paul la notion de "nouvelle" alliance", alors que Matthieu et Marc mentionnent tout simplement le terme "alliance". Question ; font-ils allusion à la même alliance" ?
La construction des phrases chez Matthieu et Marc me semblent opposée à celle de Luc et Paul, d'un côté on à l'expression  "le sang de l’Alliance", alors que pour Luc et Paul, l'alliance est fondée sur le sang. Ces différences reposent-elles sûr des traditions différentes ?
Matthieu et Marc indique que le sang est versé pour une "multitude", Luc souligne que le sang est versé pour "vous".
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Lun 10 Avr 2017, 16:57

Il ne faut pas perdre de vue que dans ces passages "liturgiques" l'attestation textuelle est extrêmement flottante, chaque copiste ayant tendance à écrire de mémoire, à suppléer ce qui "manque" ou à corriger ce qui diffère par rapport aux formules qu'il a en tête. Donc, quand on dit "Paul", "Marc", "Matthieu" et "Luc" on distingue au mieux entre des stabilisations probables de leurs textes respectifs.

La "nouvelle alliance" se réfère à Jérémie 31,31ss, mais dans cette alliance-là le "sang" ne joue aucun rôle. Pour avoir un "sang de la nouvelle alliance" (déjà en 1 Corinthiens 11,25; cf. 2 Corinthiens 3,6) il faut en fait mixer Jérémie 31 et Exode 24,8 (cf. aussi Zacharie 9,11) -- autrement dit des "alliances" que Jérémie 31 oppose (cf. notamment v. 32). Je peux imaginer chez Matthieu une raison théologique d'éviter l'idée de "nouvelle alliance" (pour lui la Loi reste valide, 5,17ss), pour Marc c'est moins évident: son attitude "antinomienne" pourrait aboutir au même résultat par un chemin diamétralement opposé -- la Loi n'a jamais été une alliance divine, l'alliance du Christ n'est pas une "nouvelle alliance" mais la seule véritable alliance entre Dieu et les hommes (mais il y a des mss de Marc avec "nouvelle alliance", à commencer par l'Alexandrinus).

"Nouveauté" à part, je ne vois pas en quoi "mon sang de l'alliance" (littéralement) et "l'alliance en/par mon sang" différeraient quant au statut plus ou moins "fondateur" du "sang" par rapport à "l'alliance" (mais je n'ai peut-être pas bien compris ce que tu voulais dire).

Quant à la référence à "la multitude" chez Marc et Matthieu, on peut la rapprocher du logion sur la "rançon" (concept a priori non sacrificiel, je le rappelle) qui est également commun à ces deux évangiles (Marc 10,45 // Matthieu 20,28; cf. Isaïe 53,10ss) et absent de Luc. (Sur la rançon "pour la multitude" = "pour beaucoup" = anti pollôn, dans le cas du sang versé huper pollôn, avec entre ces deux prépositions correspondant à "pour" à peu près la même nuance qu'entre "à la place de" et "en faveur de", voir en particulier la p. 2 du dernier lien.)

----

[Est-ce la saison ? Je me souviens soudain de 2 Timothée 2,8, qui fait un curieux écho au "en mémoire de moi" de l'eucharistie: "Souviens-toi de (mnèmoneue) Jésus-Christ (réveillé d'entre les morts, de la descendance de David, selon mon évangile)", injonction d'un auteur à un destinataire présumés (Paul et Timothée) qui ni l'un ni l'autre ne sont censés avoir connu celui dont ils sont censés se souvenir. Je me souviens de Jésus-Christ, comme d'un souvenir d'écriture et de lecture, et d'un souvenir de liberté.]
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Mar 18 Avr 2017, 11:17

La cène comme nous la rapporte les évangiles synoptiques et dans une moindre mesure l’évangile de Jean n’était-elle pas destinée aux disciples du premier cercle de Jésus, les apôtres, qui lorsque qu’ils célèbreraient dans le futur le repas pascal devaient se rappeler ce moment particulier, l’annonce d’une nouvelle alliance ?

Au lieu de cela Paul a instauré une cérémonie allant se perpétuer au fil des siècles en provoquant des quiproquos.
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Mar 18 Avr 2017, 15:04

Problème: tout porte à croire que la rédaction de 1 Corinthiens est, globalement, bien antérieure à celle des évangiles synoptiques; or, dans ce cas précis, il y a une relation littéraire très étroite entre les quatre textes (1Co-Mc-Mt-Lc).

Le texte de "Paul" présuppose sans aucun doute une pratique antérieure à "Paul"; mais pour déterminer ce qu'elle était, on ne peut absolument pas se fier aux évangiles synoptiques qui dépendent très vraisemblablement de ce texte (à tout le moins: qui racontent sensiblement la même histoire).

Soit dit en passant, je ne vois rien dans aucun de ces textes qui lie la pratique (plus ou moins) régulière de l'eucharistie à une célébration de la Pâque (l'agneau, les herbes amères, les pains azymes) -- ni qu'elle s'y ajoute, ni qu'elle la remplace au même rythme. Cette idée me semble en outre assez contradictoire avec celle d'une parousie imminente, qui domine au moins chez Marc et Matthieu (sous l'espèce de la venue du Fils de l'homme): l'attente d'une manifestation triomphale quasi immédiate se prête très mal à l'institution d'une commémoration annuelle (je reviens tout de suite, mais en attendant souvenez-vous de moi une fois par an ! ?). Elle me paraît de plus exclue par Luc, qui joue ostensiblement du symbolisme de la Cène dès le surlendemain (les compagnons d'Emmaüs et la fraction du pain, chap. 24).

A mon avis Paul n'a pas "instauré" le rite, mais il lui a certainement imposé son interprétation à lui, et probablement aussi le récit d'"institution" qui la justifie -- interprétation et récit qui se sont ensuite imposés pour l'essentiel aux Synoptiques, mais qui ne faisaient pourtant pas l'unanimité dans le christianisme primitif (cf. la Didachè qui se réfère bien au même rite, mais avec une tout autre interprétation et sans récit d'"institution").

Il faut noter à ce propos dans 1 Corinthiens 11,23 un détail important sur la transmission du récit d'"institution" qui suit (c.-à-d. aussi sur celui des Synoptiques, puisque c'est essentiellement le même): "Paul" dit l'avoir reçu du Seigneur -- apo tou kuriou selon la leçon généralement retenue, para kuriou dans une autre (Codex de Bèze etc.) avec à peu près le même sens, apo theou = "de Dieu" selon une troisième (autres mss occidentaux); sans complément enfin dans une quatrième (Vaticanus surtout). Or, qu'on lise "du Seigneur" ou "de Dieu", cela ramène l'origine du récit que "Paul" raconte à une "révélation spirituelle" ("Paul" n'étant pas censé avoir connu le "Jésus terrestre", il n'a rien "reçu" de celui-ci) plutôt qu'à une tradition de l'Eglise, idée que seule la variante sans complément pourrait accréditer (cf. a contrario 15,3, où le récit de mort et résurrection est bien présenté comme "reçu" tout court, i.e. de la tradition ecclésiale antérieure à "Paul"). Conclusion (provisoire): "Paul" n'a pas "inventé" la pratique, mais il pourrait bien avoir "inventé" (= "reçu" par "révélation spirituelle") l'ensemble du récit d'institution qui se prête si bien à son interprétation, récit ensuite repris par les Synoptiques.
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Mar 18 Avr 2017, 21:47

Oui ta réponse est très intéressante. Je ne pensais pas que le récit des synoptiques confirmaient une célébration annuelle. Ce que je peine à comprendre c'est ce que tu appelles "récit d'institution".
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Mar 18 Avr 2017, 22:28

Ce sont les mots "lorsqu[...]’ils célèbreraient dans le futur le repas pascal", dans ton post précédent, qui m'ont fait penser (que tu pouvais penser) à une célébration annuelle -- ils soulèveraient d'ailleurs le problème bien plus vaste du rapport des "chrétiens" (ou des "disciples de Jésus", pour me rapprocher de ta formulation) aux fêtes juives et à l'observance de la Torah en général.

Ce que j'appelle "récit d'institution", c'est tout simplement ce que racontent 1 Corinthiens, puis les Synoptiques: le dernier soir Jésus prend du pain et du vin, les distribue en disant: prenez, mangez, c'est mon corps et mon sang (etc.). C'est un "récit" (= une "histoire" racontée), "d'institution" parce qu'il fonde expressément un rite par un ordre formel de répétition du geste ("faites cela en mémoire de moi"). Or de tout cela il n'y a pas de trace dans la Didachè (cf. p. 1 de ce fil) qui se réfère pourtant au même rite.

Je comprends que ma démarche ne te semble pas très naturelle (ou "intuitive", comme on dit): a priori, rien de plus logique que d'expliquer la pratique collective (l'eucharistie, la Cène) par le récit d'institution qui est justement écrit pour l'expliquer ! Mais d'un point de vue historique (ou historico-critique) il faut souvent renverser cet ordre: la pratique collective est première (au sens du moins où c'est la plus ancienne donnée disponible, elle précède tous les textes qui la présupposent), le récit fondateur est produit après coup pour l'"expliquer", au double sens de l'étiologie et de l'herméneutique (pourquoi on fait ça, qu'est-ce que ça veut dire), ce qui revient le plus souvent à lui imposer une interprétation nouvelle. C'est probablement ce qui est arrivé à la Pâque elle-même, p. ex.: d'abord fête agraire du printemps, elle change totalement de sens (fondation nationale comme libération d'une servitude égyptienne) quand elle est "expliquée" par le récit de l'Exode (mais bien sûr, il reste dans la pratique des traits de la fête saisonnière qui n'ont rien à voir avec l'Exode). De même, une pratique de repas communautaire (et) rituel qui pouvait être interprétée de multiples façons dans différents milieux proto-chrétiens se trouve affectée d'une interprétation définie (puis dominante, puis exclusive) dès lors qu'elle est pourvue d'un "récit d'institution".
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Mer 19 Avr 2017, 12:50

Bravo tu l'as mieux exprimer que je ne saurais le faire Very Happy Dans mon post d'hier matin je me demandais, mais je m'étais mal exprimé, je m'en rends compte, si ce qui avait pu exister parmi les chrétiens, le premier cercle agrandi par l'adjonction après la mort de Jésus et la Pentecôte était la continuation d'une célébration de la Pâque juive ou si cela avait débouché sur un repas communautaire pris régulièrement Ac.2.46
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Mer 19 Avr 2017, 14:56

Luc et Paul sont les seuls à faire mention d'un ordre de répétition : "faites ceci en mémoire de moi",  chez Matthieu et Marc, les deux gestes liés au  pain et la coupe sont donnés à la suite, sans reporter la coupe à la fin du repas.


"Puis il prit du pain et, après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna en disant : « Ceci est mon corps donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »
Et pour la coupe, il fit de même après le repas, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang versé pour vous." Luc 22,19 ss

"En effet, voici ce que moi j’ai reçu du Seigneur, et ce que je vous ai transmis : le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain, et après avoir rendu grâce, il le rompit et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous, faites cela en mémoire de moi. » Il fit de même pour la coupe, après le repas, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang ; faites cela, toutes les fois que vous en boirez, en mémoire de moi." 1 Cor 11,23 ss
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Mer 19 Avr 2017, 19:27

Cela pourrait prouver s'il est nécessaire que les chrétiens n'étaient pas d'accord entre eux même sur un point aussi important.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Mer 19 Avr 2017, 22:35

@ lct: pour être tout à fait clair, ce que je suggère c'est que la pratique de l'eucharistie dans le christianisme primitif n'a pas de rapport nécessaire (de répétition, de commémoration, de continuation, de dérivation, de déformation, d'élargissement, d'aboutissement ou tout ce que tu voudras) avec un "dernier repas" de Jésus: ce "rapport" dépend uniquement du récit paulino-synoptique, et la Didachè prouve bien que cette tradition-là n'est pas universelle.

Il n'y a pas besoin d'un "événement" fondateur unique pour une telle pratique, puisque des rites analogues existent dans des milieux aussi différents que le judaïsme pharisien (on retrouve encore dans le judaïsme actuel qui en dérive un rite de bénédiction du pain et du vin tout à fait similaire, non seulement pour la Pâque, mais à chaque s[h]abbat p. ex., voire à chaque repas chez les très-pieux) ou qoumranien, dans les "mystères" et les temples païens (cf. supra les "idolothytes" comparés à l'eucharistie dans la même première épître aux Corinthiens, chap. 8 et 10).

@ free: excellentes remarques. Mais si l'on considère les textes dans un ordre chronologique de rédaction vraisemblable, 1 Co -> Mc -> Mt -> Lc, il faudrait plutôt dire que Marc modifie la forme de la tradition paulinienne, que Matthieu le suit pour l'essentiel, et que Luc en dernier lieu réintègre les éléments pauliniens omis par Marc (et Matthieu).

La question qui se pose dans cette perspective serait plutôt: pourquoi Marc évite-t-il l'ordre de répétition ? Etant entendu qu'on ne peut émettre à ce sujet que des hypothèses, j'en risquerai une: l'intérêt de Marc, en tant qu'inventeur du genre "évangile" où la "bonne nouvelle" s'identifie à l'histoire de Jésus (cf. 1,1), n'est pas la pratique rituelle de l'Eglise, mais l'acte unique par lequel Jésus se donne aux siens, et transitivement aux lecteurs/auditeurs: l'Evangile fonctionne tout seul, en boucle pour ainsi dire (cf. l'envoi final en Galilée, qui semble échouer faute de transmission mais renvoie en fait au début du récit -- [r]envoi que Luc devra supprimer pour brancher le récit sur une "suite" ecclésiastique qui repart de Jérusalem vers Rome: les Actes des Apôtres). Quant à la répartition temporelle des gestes dans 1 Corinthiens (et Luc), qui correspond sans doute à la pratique corinthienne (rite du pain au début, rite du vin à la fin, entre les deux un vrai repas communautaire), elle est simplement inadaptable au récit de Marc, où l'ensemble du rite conclut le repas (pascal, celui-là); cf. aussi la bizarrerie du récit de Luc, qui dédouble la coupe.
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Jeu 20 Avr 2017, 10:19

Narkissos a écrit:
aussi la bizarrerie du récit de Luc, qui dédouble la coupe

est-ce qu'il n'y a plusieurs coupes utilisées lors du repas du s[h]abbat ce qui pourrait expliquer la raison de la mention de deux coupes mentionnées par Luc?
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Jeu 20 Avr 2017, 11:19

Dans le repas pascal il y a généralement quatre coupes successives (ça peut varier selon les rituels -- ou sedarim). Bien que "Luc" ne soit guère suspect de sympathie pour le judaïsme, c'est "lui" (surtout si on range sous ce [pro-]nom conventionnel l'ensemble Luc-Actes) qui se réfère le plus abondamment, sinon le plus précisément, au judaïsme pharisien tel qu'il domine après la destruction du temple (synagogues, etc.): il n'est donc pas impossible que la version lucanienne du récit d'institution s'inspire des coupes du seder de la Pâque (pessah) pharisienne. Mais par rapport au texte de Marc, dont elle dépend, il y a bien dédoublement ou duplication d'une coupe unique: la parole que Luc attache à la "première coupe" (je ne boirai plus du produit de la vigne... 22,18) est (à peu près) celle qui conclut le récit dans Marc (14,25).
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Jeu 20 Avr 2017, 13:30

Toutes ces différences et/ou omissions démontrent bien que cette tradition de la cène n'est pas si évidente et encore moins le mémorial qui n'est qu'une vague rémission avec toutes les dérives qui s'y rapportent.

Pourtant la 1ere fois que j'avais assisté au mémorial j'avais été impressionné par la simplicité et la sobriété de la cérémonie. Nous étions loin des or de l'eucharistie. Cela m'avait fait penser à la cène célébrée dans les temples protestants que j'avais vu étant enfant lorsque j'allais avec mon père qui était de confession méthodiste.
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Jeu 20 Avr 2017, 14:16

Au passage, l'examen détaillé de ces quatre textes "parallèles" (entre mille autres !) illustre bien le problème d'une posture "fondamentaliste": pour les harmoniser dans un scénario vraisemblable (ou seulement pour supposer qu'ils rapportent un même "événement"), il faut considérer chacun d'eux comme potentiellement inexact dans le détail (impossible de faire autrement). En pratique, entre l'"inerrance verbale" et l'"historicité" il faut constamment choisir, alors qu'en théorie il n'y aurait rien à choisir.

Plus encore que le faste catholique et l'austérité protestante qui s'opposent symétriquement, voire caricaturalement, depuis les Réformes et la Contre-Réforme, c'est la séparation du rite eucharistique et du repas (complet), comme séparation du "sacré" et du "profane", qui me semble décisive. Et d'une certaine manière elle est à l'œuvre dès le tout premier texte (1 Corinthiens): "n'avez-vous pas des maisons pour manger et pour boire", c'est déjà une distinction "communautaire/privé" qui annonce la suite (pas forcément cette suite-là, bien sûr, mais une suite du même genre).
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Jeu 20 Avr 2017, 16:04

Difficile donc de séparer le fait de rompre le pain pour représenter un moment de convivialité et le fait de rompre le pain pour marquer un rite communautaire
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Jeu 20 Avr 2017, 19:12

Une opposition comme "sacré / profane" ne se constitue que pour et par la transgression de sa "frontière" interne.

Qu'une divinité se révèle aux hommes, que Dieu (ou un dieu) prenne apparence humaine, devienne homme et se donne à manger à des hommes sous les formes de la nourriture quotidienne, se communique aux hommes d'une manière ou d'une autre, ce mouvement-là qui est essentiel à toute "religion" transgresse la "frontière" (entre le "divin" et l'"humain" en l'occurrence) qu'il présuppose; dans un sens qui tendrait, s'il ne rencontrait ni résistance ni contradiction, à l'abolir tout à fait (cf. la déchirure du voile du temple): à la limite, tout deviendrait divin, tout deviendrait sacré (cf. la conclusion de Zacharie ou de l'Apocalypse) au point que la notion même de sacré n'aurait plus aucun sens, faute de "contraire" à lui opposer. (La modernité fait aujourd'hui l'expérience symétrique: une "laïcité" ou une "sécularisation" qui balaie tout "sacré" ne sait plus ce que "laïque", "séculier" ou "profane" veut dire.) Ne serait-ce que pour que le "jeu" continue, il faut bien qu'une opposition entre "sacré" et "profane" se régénère, que se recrée une séparation ou une ligne de démarcation susceptible d'être à nouveau transgressée ou franchie. Et c'est ce qui se produit de mille façons, plus ou moins discrètes: tout le sens de l'évangile (et de l'eucharistie) tend à "Dieu tout en tous", comme dit Paul; à la "sainteté" de la vie entière, de la communauté entière, et finalement du monde entier; mais ça ne fonctionne dans la durée que si se reconstituent (subrepticement et en sens contraire du mouvement apparent) des clivages sacré / profane: entre le dedans et le dehors de la communauté des élus (l'Eglise et le monde), entre le "sacrement" et la "vie ordinaire", entre un "clergé" et des "laïcs", et ainsi de suite. Autrement dit, si ça marchait vraiment ça ne marcherait plus du tout, il faut que ça ne marche plus pour que ça remarche... Le voile déchiré n'en finit pas de se retisser pour pouvoir être déchiré à nouveau (comme l'hymen des vierges dans le paradis d'Allah, paraît-il; ce qu'il m'est arrivé aussi d'appeler l'effet Pénélope -- Mme Ulysse, pas Fillon -- à l'envers, qui reconstituerait la nuit ce que le jour défait).
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