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 La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur

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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Ven 21 Avr 2017, 12:44

Les particularités de l'institution chez Luc. C'est la combinaison du récit évangélique du type Marc et de la célébration liturgique, mémorial, du type Paul. Nous constatons d'abord une grande inversion : ce qui termine le récit de Marc est placé avant l'institution en Luc. En Marc l'annonce «Je ne boirai plus...» veut dire : au-delà, c'est ma mort et le royaume eschatologique. Il n'y a plus rien à dire et l'on part pour Gethsémani. L'annonce de la fuite des disciples et du reniement fait déjà partie de la passion. Le temps entre la Cène et le Royaume, c'est la passion. En Luc, au contraire, l'annonce précède l'eucharistie. C'est que l'eucharistie devient une réalité pour elle-même : non pas un repas messianique, mais le repas signe ; non plus seulement le mémorial de l'alliance, mais l'annonce de la venue. C'est le temps de l’Église, le temps du sacrement.


http://croire.la-croix.com/Les-formations-Croire.com/Theologie/L-Eucharistie/1re-etape-L-eucharistie-dans-le-Nouveau-Testament/(offset)/2
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Narkissos

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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Ven 21 Avr 2017, 14:32

Ce que Sesboüé ne dit pas ici (mais probablement ailleurs), c'est que le "type Marc" est lui-même dépendant du "type Paul" (je n'y reviens pas davantage).

Le caractère apparemment moins "ecclésiastique" et moins "sacramentel" de Marc par rapport à 1 Corinthiens n'implique d'ailleurs aucune "allergie" aux notions d'Eglise ou de sacrement; il s'agit plutôt d'un déplacement: "l'évangile" (le récit) lui-même fonctionne comme un "sacrement", à la fois donné une fois pour toutes et à recevoir toujours à nouveau; et c'est lui qui constitue la communauté des auditeurs. Cette perspective éclaire d'ailleurs beaucoup d'autres choses dans le texte de Marc, par exemple les références (à première vue anachroniques) de Jésus lui-même à "l'Evangile" (1,14s; 8,35; 10,29; 13,10; 14,9; cf. 1,1) et l'accent mis sur le cercle des disciples et des foules qui l'écoutent (1,33; 2,2.13; 3,32ss; 4,1ss, etc.). Tout cela est parfaitement compatible avec une pratique ecclésiale et sacramentelle, à condition que les deux types de "répétition" (répétition du récit et répétition du geste) ne soient pas mis sur le même plan: le récit justifie le geste et le relativise en même temps (d'où, peut-être, l'évitement de l'ordre de répétition, qui fonderait une "institution" aussi importante que le récit, comme une "suite" -- ce qui est précisément le point de vue de Luc-Actes; l'évangile selon Marc est plutôt éternel parce qu'il n'a pas de "suite").

Quant à "l'intention", pour autant qu'il soit possible d'en juger, "Marc" ne semble d'ailleurs pas très loin de "Paul", qui lui aussi relativise l'acte sacramentel par rapport au "sens" qu'il lui donne (c'est vrai pour l'eucharistie, ça l'est encore plus manifestement pour le baptême, cf. 1 Corinthiens 1 et Romains 6), et pour qui "l'évangile" (narratif aussi même s'il se résume en quelques phrases: le Fils de Dieu est venu, il est mort et ressuscité) "sauve" également par "l'écoute" et la "foi" qu'elle génère (Romains 10).

Soit dit en passant, la question de la répétition (qu'est-ce qui se répète dans une "histoire" qui ne se répète jamais) -- question d'une certaine articulation de la figure du cercle ou du cycle et de celle de la ligne ouverte, sinon droite -- n'a guère quitté la pensée moderne (post-hegelienne) depuis la "reprise" de Kierkegaard (Nietzsche et l'éternel retour, répétition du "symptôme" chez Freud et Lacan, différence et répétition chez Deleuze, itération et différance chez Derrida, entre autres).
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Mer 26 Avr 2017, 17:16

Et quand ce fut l’heure, il se mit à table, et les apôtres avec lui. 22.15 Et il leur dit : « J’ai tellement désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir. 22.16 Car, je vous le déclare, jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le Royaume de Dieu. » 22.17 Il reçut alors une coupe et après avoir rendu grâce il dit : « Prenez-la et partagez entre vous. 22.18 Car, je vous le déclare : Je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne jusqu’à ce que vienne le Règne de Dieu. » 22.19 Puis il prit du pain et après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna en disant : « Ceci est mon corps donné pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. » 22.20 Et pour la coupe, il fit de même après le repas, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang versé pour vous. »
(Lc 22,14-20 traduction TOB)



Soulignons quelques traits intéressants dans le texte lucanien. Alors que Mc 14,17 introduit le repas pascal par « le soir il arrive avec les Douze » et Mt 26,20 « le soir venu, il était à table avec les Douze », Le souligne l’instant prévu : « et quand ce fut l’heure, il s’étendit, et les apôtres avec lui ». Luc s’exprime ici comme s’il connaissait l’importance de l’« heure » johannique.


https://www.portstnicolas.org/phare/etudes-specialisees/article/les-repas-eschatologiques-chez-luc
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Mer 26 Avr 2017, 18:34

Peut-être, mais à mon avis le mot (hôra) est beaucoup trop banal dans le texte de Luc pour qu'on puisse en conclure quoi que ce soit (cf. 1,10; 2,38; 7,21; 10,21; 12,12.39.40.46; 14,17; 20,19; 22,14.53.59; 23,44; 24,33). Contrairement à Jean où des expressions comme "mon heure", "son heure", se distinguent dès le début (2,4; 7,30; 8,20; 13,1; cf. 4,21.23; 5,25.28; 12,23.27; 16,2.4.21.25.32; 17,1; 19,14.27) -- et encore il reste dans Jean des emplois du mot "heure" qu'on ne saurait surcharger de christologie sans... aller chercher midi à quatorze heures (4,6.52s; 5,35; 11,9).

(A noter aussi dans cet article un petit résumé utile de la tradition textuelle extrêmement mouvementée du récit d'institution selon Luc, notamment quant à l'inversion OU au redoublement de la coupe.)
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Mer 02 Mai 2018, 11:46

Des allusions à l'eucharistie ?

Un bon nombre d'auteurs ont pensé trouver, dans l'épître, des allusions nombreuses à l'eucharistie chrétienne. En 9,20, par exemple, le texte met dans la bouche de Moïse la citation d'Exode 24,8 : Ceci « est le sang de l'alliance que Dieu a ordonnée pour vous ». Le premier mot de la citation idou : voici est changé en touto : ceci, ce qui la fait correspondre aux paroles de la Cène en Mt 26,28 et Me 14,24. I l est vrai aussi que les mots « sang » et « alliance » ne se trouvent réunis, en dehors de l'épître, que dans la formule de l'institution de l'eucharistie^ et qu'ils devaient naturellement évoquer l'eucharistie à des oreilles chrétiennes. Mais l'allusion reste discrète et indirecte, puisque le passage se réfère à Moïse et à la première alliance et n'exploite guère cette rencontre verbale. Bien que les « réalités célestes » qui ont besoin d'être purifiées, qu'évoque 9, 23, en son langage secret, puissent se référer aux sacrements chrétiens.

Aussi secrète serait encore l'allusion en 10,19-20 qui mentionne le sang et la chair de Jésus. Parce que ces réalités y sont présentées comme « disponibles actuellement pour le chrétien », A. Vanhoye en fait une lecture eucharistique et y voit une référence au culte chrétien^. Ce n'est certes pas explicite !

On rattache également à ce contexte eucharistique l'exhortation de 10,25 : « Ne désertons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l'habitude, mais encourageons-nous et cela d'autant plus que vous voyez s'approcher le Jour ». Ces assemblées sont présentées comme le lieu de mutuels encouragements et exhortations. Etaient-elles quotidiennes, comme pourrait le laisser entendre le parallèle avec 3,13 : « encouragez vous les uns les autres chaque jour »? Le terme episunagôgè qui est ici employé est rare. On le retrouve deux fois seulement dans toute la Bible grecque (en 2 M 2,7 et en 2 Th 2,1), en contexte de rassemblement eschatologique du peuple de Dieu. L'évocation de l'approche du « Jour » dans le même verset (10,25) confirme cette atmosphère d'urgence eschatologique.

Mais que faisait-on dans cette église domestique où la communauté se réunissait ? Ces assemblées devaient se tenir régulièrement, rituellement si Ton veut, mais du rituel précis qui s'y déroulait rien n'est dit. On peut supposer que les « dirigeants » y exerçaient le ministère de la Parole (cf. 13,7.17). Y célébrait-on aussi l'eucharistie? On peut l'imaginer encore, et c'est même fort probable, mais le texte lui-même n'en dit rien et pour l'affirmer i l faut extrapoler. D'ailleurs, si la chose avait été pour lui importante, l'auteur ne l'aurait-il pas dit explicitement ?


https://www.erudit.org/en/journals/theologi/1996-v4-n1-theologi2886/602431ar.pdf
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MessageSujet: Re: La Fraction du Pain et le Repas du Seigneur   Mer 02 Mai 2018, 12:32

Dans la logique "simili-platonicienne" de l'épître aux Hébreux (je me contente de m'y référer ainsi parce que nous en avons longuement parlé dans presque toutes les discussions consacrées à ce texte) c'est l'éternel (le "céleste", etc.) qui s'oppose au temporel (le "terrestre", le monde des "ombres" et donc du rite matériel, corporel et répétitif). Une interprétation du christianisme qui remplacerait simplement, dans une succession chronologique et linéaire (avant/après), un rite (juif) par un autre (chrétien) serait donc un contresens absolu au regard de ce texte. Ça ne signifie pas que l'auteur ignore les rituels chrétiens ni qu'il entende en combattre la pratique, mais qu'il les relativise (cf. notamment 6,1ss) en les rapportant à leur sens (à ses yeux) unique, qui consiste en l'accès à l'éternel, par définition "une fois pour toutes".  Son "allergie" évidente à la répétition rituelle ou morale (explicite dans le cas des "baptêmes" ou de la "repentance" autant que pour la liturgie du temple) vaut aussi pour l'eucharistie: celle-ci n'a de sens que dans la mesure où elle renvoie (comme rappel ou remémoration correspondant aussi à l'anamnèse platonicienne, cf. tous les "souvenez-vous") à un "événement" unique, à la lettre sans suite ni succession (comme le seul vrai grand prêtre, qu'il s'appelle Melchisédek ou Jésus, est sans successeur): le passage ("une fois pour toutes") du temporel à l'éternel. Dire que le rituel est remplacé par l'éthique, si on l'entend encore dans le sens d'une succession temporelle (avant/après), reproduit à peine autrement le même contresens (cela ne saurait d'ailleurs guère s'appuyer que sur le "supplément" du chapitre 13, d'allure paulinienne et épistolaire -- à l'encontre de tout ce qui précède, comme on l'a vu tout récemment, 20.4.2018, à propos des "sacrifices métaphoriques" des v. 15s).

---

Plus généralement (je quitte ici le cadre particulier de l'épître aux Hébreux), tout rite est susceptible d'être interprété de façon plus ou moins "spirituelle" ou "matérielle", "superficielle" ou "profonde". Du sacrifice humain ou animal à la prière la plus "informelle" ou "spontanée", en passant par tous les "sacrements" qu'on voudra, il n'y a pas d'acte "religieux" qui ne puisse être interprété d'une manière "superstitieuse" ou "magique" (avec toute la charge péjorative de ces adjectifs) OU "spirituelle" ou "intelligente". Il est évidemment très tentant de voir de la spiritualité et de l'intelligence dans sa propre religion, de la superstition et de la magie dans celle des autres, mais la chose n'est jamais aussi simple. Et c'est aussi le génie du rite que de se prêter à toutes les interprétations et à tous les passages d'une interprétation à l'autre. Le christianisme, tout "spirituel" qu'il se soit voulu par contraste avec un judaïsme méprisé comme "rituel", n'aurait jamais été viable sans l'ambiguïté du rite.
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