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 Pourquoi avoir perdu la foi ?

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Narkissos

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MessageSujet: Re: Pourquoi avoir perdu la foi ?   Mer 8 Mar - 17:06

C'est amusant de constater que ce texte (le premier) a été cité dans les deux premières pages de ce fil (qui sans être bien long est presque aussi vieux que le forum); la deuxième fois, je disais ma réserve à l'égard de cette idée de "combat", et huit ans plus tard c'est moi qui la ramène...

Mais peut-être pas tout à fait dans le même sens: ce que je voulais dire, c'est que la foi "subjective" (fides qua creditur, la foi par laquelle on croit, peu importe son "objet" = ce qu'on croit) s'oppose souvent à une "évidence", celle d'un savoir ou d'une opinion dominante (le consensus, la raison, le sens commun, etc.). Dans ce sens elle est combative par définition, elle est de tous les combats, il faut de la "foi" pour combattre, dans n'importe quel combat et dans n'importe quel camp, mais surtout du côté du faible, de la minorité, etc.

Ce n'est sûrement pas dans ce sens-là que l'entendent les Pastorales: la "foi" y est au contraire prise dans son sens "objectif" (fides quae creditur, ce qu'on croit, la doctrine supposée bonne, droite ou saine par opposition aux hérésies, en un mot l'orthodoxie). C'est la "cause" pour laquelle il faudrait combattre -- ce qui peut aussi demander de la foi au sens précédent, mais d'autant moins que la cause est dominante, qu'elle est aussi du côté de la majorité et du pouvoir.
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MessageSujet: Re: Pourquoi avoir perdu la foi ?   Jeu 9 Mar - 14:50

Puisqu'elle ne repose ni sur une évidence sensible (Dieu est invisible) ni sur une connaissance objective, la foi implique nécessairement le doute. Et ce qui apparaît comme paradoxal, mais qui est tout à fait logique, c’est que ce doute est proportionné à l’intensité de la foi elle-même. Un croyant qui adhère faiblement à l’existence de Dieu sera plus rarement traversé de doutes ; ni sa foi, ni ses doutes ne bouleverseront sa vie. À l’inverse, un croyant qui a vécu des moments de foi intenses, lumineux, voire qui a misé toute sa vie sur la foi comme mère Teresa, finira par ressentir l’absence de Dieu comme terriblement douloureuse. Le doute deviendra une épreuve existentielle. C’est ce que vivent et décrivent les grands mystiques, comme Thérèse de Lisieux ou Jean de la Croix, lorsqu’ils parlent de « la nuit obscure » de l’âme, où toutes les lumières intérieures s’éteignent, laissant le croyant dans la foi la plus nue parce qu’elle n’a plus rien sur quoi s’appuyer. Jean de la Croix explique que c’est ainsi que Dieu, en donnant l’impression de se retirer, éprouve le cœur du fidèle pour le conduire plus loin sur le chemin de la perfection de l’amour. C’est une bonne explication théologique. D’un point de vue rationnel extérieur à la foi, on peut très bien expliquer cette crise par le simple fait que le croyant ne peut jamais avoir de certitudes, de connaissance objective, sur ce qui fonde l’objet de sa foi, et il en vient nécessairement à s’interroger. L’intensité de son doute sera à la mesure de l’importance existentielle de sa foi.


Il existe certes des croyants très engagés, très religieux, qui affirment ne jamais connaître de doutes : les intégristes. Mieux même, ils font du doute un phénomène diabolique. Pour eux, douter, c’est faillir, trahir, sombrer dans le chaos. Parce qu’ils érigent à tort la foi en certitude, ils s’interdisent intérieurement et socialement de douter. Le refoulement du doute conduit à toutes sortes de crispations : intolérance, pointillisme rituel, rigidité doctrinale, diabolisation des incroyants, fanatisme allant parfois jusqu’à la violence meurtrière. Les intégristes de toutes les religions se ressemblent parce qu’ils refusent le doute, cette face sombre de la foi, qui en est pourtant l’indispensable corollaire. Mère Teresa a reconnu ses doutes, aussi douloureux fussent-ils à vivre et à dire, parce que sa foi était animée par l’amour. Les intégristes n’accueilleront ou n’admettront jamais les leurs, parce que leur foi est fondée sur la peur. Et la peur interdit de douter.


https://www.fredericlenoir.com/editos-monde-des-religions/la-foi-et-le-doute/
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Pourquoi avoir perdu la foi ?   Jeu 9 Mar - 18:36

Décidément rien ne saurait échapper à Frédéric Lenoir, pas même les secrets du cœur de Mère Teresa ou des "intégristes"-en-général... Rolling Eyes

Je m'arrête quand même sur la formule "le refoulement du doute", avec sa connotation psychanalytique qui lui donne d'emblée un air pathologique. Pour qu'il y ait foi, s'il y a jamais rien de tel, il faut certes qu'il y ait aussi ses "contraires" (doute, incrédulité, incertitude, etc.), mais encore que le côté "foi" l'emporte décisivement sur ses "contraires" -- que ce soit un instant exceptionnel ou toute une vie.

On pourrait poser la question à la manière substantialiste et spatio-temporelle de saint Augustin: quand je crois, est le doute ? On aurait alors l'embarras du choix des mots et des images pour répondre: il est absent, endormi, mort, vaincu, empêché, enchaîné, surmonté, dominé, dépassé, réprimé, supprimé, suspendu, anéanti, neutralisé, réduit au silence, etc. Pourquoi pas refoulé ?

La différence est à l'échelle du sujet de référence: un "individu", une "conscience individuelle" (surtout "moderne") peut alterner des moments (= mouvements) de "foi" et de "doute" -- mais une "religion", une "tradition" collective, et même une biographie religieuse individuelle ne se construisent pas sans que le "jeu" de la foi y acquière une certaine régularité (habitude, habitus) qui lui donne (artificiellement si l'on veut) une constance et une consistance, l'aspect d'une permanence, parce que le "doute" (etc.) y est régulièrement "refoulé" (etc.). Je repense à la formule d'un pasteur conservateur (réformé en l'occurrence, mais sa phrase aurait pu aussi bien être catholique ou orthodoxe): je ne confesse pas ma foi mais la foi de l'Eglise. La logique "intégriste" vers laquelle pointe une telle expression est tout aussi nécessaire à la constitution d'une religion que l'oscillation du "cœur mystique" qui sait qu'il ne peut jamais savoir ce qu'il "croira" ou pourra "croire" le lendemain. Le corps et l'esprit, dirait-on, à la limite la rigueur cadavérique d'une "institution" et la vacuité d'une "spiritualité" évaporée: mais entre ces deux limites (incluses jusque dans leur exclusion !) la possibilité d'un phénomène "vital".
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MessageSujet: Re: Pourquoi avoir perdu la foi ?   Sam 11 Mar - 8:22

Très belle analyse qui aurait donné des cheveux blancs à l'auteur de la lettre aux Hébreux! La foi est une démarche personnelle qui nécessairement suit les états d'âme de l'individu ainsi que les difficultés qu'il rencontre ou non lors de sa vie de citoyen lambda.

Cela ne veut pas dire que tout croyant réagit de la même manière, tel ressentira de la foi dans les moments difficiles persuadé d'être aidé par Dieu, tel autre ressentira de la foi dans des moments de grands bonheurs. En fait la foi est une chose qui est inscrite au fond de la personne du croyant, c'est sans doute par peur que l'intolérant ne se permet pas de se questionner parce qu'il est intolérant envers sa propre personne avant de l'être à l'égard d'autrui.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Pourquoi avoir perdu la foi ?   Sam 11 Mar - 14:17

Si tu fais allusion à Hébreux 11,1 (dont nous avons souvent parlé, mais je ne sais plus où; en cherchant vainement je retrouve néanmoins ce fil qui n'en parle pas mais que j'ai relu avec plaisir), je ne suis pas sûr que ce soit contradictoire. Pour l'auteur, c'est bien le "phénomène" concret, précaire et lui-même contradictoire, de la "foi" tel qu'il advient dans le monde "réel", "historique" (le monde des "ombres" dans la vision [médio-]platonicienne), qui constitue dans ce monde-ci une "preuve", gage, signe ou témoignage, de l'invisible-éternel -- et non le contraire (relire l'ensemble du chapitre). Il n'est pas question d'une foi qui serait "prouvée" par quoi que ce soit (en tout cas "factuellement" ou "rationnellement"; car si la "foi" témoigne de "l'éternel", c'est bien aussi parce qu'elle se comprend comme un certain rapport à celui-ci).

Mais ce que tu dis est très juste: la "foi" n'implique pas seulement le doute comme ce qu'elle surmonte (ou refoule !), elle est aussi impliquée dans le mouvement contraire: il faut de la foi pour (oser) douter, en sorte qu'un "manque de doute" se caractérise doublement comme "manque de foi".

Au passage, si l'on introduit dans ce sujet celui des apories théologales, on peut aussi dire que tout croyant est appelé à perdre la foi, ne serait-ce qu'à l'horizon ultime de la "vision béatifique"...
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MessageSujet: Re: Pourquoi avoir perdu la foi ?   Mer 15 Mar - 15:11

Je me suis toujours interrogé sur la question que Jésus pose dans l'Évangile de Luc 18.8 : " Mais, quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? ". 
Pourquoi Jésus pose-t-il cette question, entrevoit-il l'éventualité de la disparition de la foi ?
Est-ce lié au fait que le v 7 précise au sujet des élus à qui Dieu fait justice, "Et il les fait attendre !" ?
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Pourquoi avoir perdu la foi ?   Mer 15 Mar - 20:43

Je comprends plutôt la question de Luc 18,8 comme une sorte de défi -- semblable d'ailleurs à "qui est (= sera) vraiment (au moment de la venue du maître) l'esclave fidèle et avisé ?" dont nous parlions il y a peu (29.11.16ss). Même si cette question précise est unique, toutes les paraboles de l'attente, de la vigilance ou de la persévérance (qui ont en commun la perspective d'une parousie indéfiniment retardée) débouchent en dernière analyse sur le même genre de question (y aura-t-il encore quelqu'un, et qui, pour attendre, veiller, croire ou espérer fidèlement ?). Le v. 7 se rattache par ailleurs au motif apocalyptique de l'abrègement de l'épreuve pour le salut des "élus" (Marc 13,20//; voir ici, 29.4.10), que Luc a éliminé de sa version du discours eschatologique (chap. 21) et qu'il réintroduit peut-être ici à titre de compensation. Cela dit, la connexion entre ces logia (v. 7 et 8 ) et la parabole qui précède (sur la persévérance dans la prière) est assez lâche, et "l'éclairage du contexte" très relatif (comme souvent chez Luc).

La fin du v. 7 est d'interprétation difficile, selon qu'on prend la dernière proposition (kai makrothumei ep'autois, "et il patiente sur eux") 1) pour le prolongement de l'interro-négative à valeur irréelle (ce qu'on appelle aujourd'hui "question rhétorique", sous l'influence de l'anglais "rhetorical question") qui la précède ("Dieu ne rendrait pas justice à ses élus... ?" -- sous-entendu: bien sûr que si !), ou au contraire 2) comme une réserve à celle-ci (bien qu'il n'y ait pas d'adversatif explicite). Ces deux analyses aboutissent à des traductions très différentes, p. ex.:
1) Dieu ne rendrait pas justice à ses élus... il patienterait pour eux (= à leurs dépens) ?
2) Dieu ne rendrait pas justice à ses élus... alors qu'il patiente pour eux (= dans leur intérêt) ?
L'hypothèse n° 2 correspond à une idée beaucoup plus "classique", positive, de la "patience de Dieu" (cf. 2 Pierre 3,9), mais elle s'insère plutôt mal dans le contexte immédiat (cf. l'affirmation du v. 8a, qui semble rejeter en bloc tout ce qui précède).
En tout cas cette difficulté bien réelle, et peut-être accidentelle (l'idée de la "patience" a pu être rajoutée après coup au détriment de l'enchaînement logique du texte), n'a guère d'incidence sur l'interprétation de la question suivante (8b).

Celle-ci frappe surtout par son caractère général: il est assez banal dans le NT (cf. notamment les Pastorales) d'évoquer le "risque" d'une perte de la foi comme une mise en garde adressée à un ou des destinataires plus ou moins déterminé(s) -- toute exhortation à "garder", à "fortifier", à "défendre" sa foi suppose logiquement un tel "risque" -- mais je ne vois pas d'autre exemple où une "disparition" totale de la foi soit envisagée, même dans le cadre d'une "question rhétorique" à valeur de défi. D'un autre côté cette perspective se rattache à un lieu commun de l'apocalyptique (cf. la perte générale de "l'amour" associée à la nécessité de la persévérance, Matthieu 24,12s; 2 Timothée 3,1ss; Apocalypse 2,4).

Avec un peu de recul par rapport à l'exégèse "proprement dite", on peut s'interroger sur l'aspect "performatif" de ce genre d'énoncé (ce qu'il fait au-delà de ce qu'il dit): tout appel à la persévérance, en dramatisant ses contraires (du relâchement à l'apostasie), favorise sans doute une forme d'obstination crispée, à la limite un aveuglement à la réalité (en particulier dans le cas d'une croyance à une "fin" imminente qui n'arrive pas); mais dans un autre sens, la dramatisation du "risque" finit par relâcher la tension: s'il est vrai qu'au-delà d'une certaine limite "la foi" ou "l'amour" se perdent forcément, s'il faut que Dieu lui-même impose une telle limite à "l'épreuve" pour qu'elle soit effectivement supportable, même à des "élus" (idée commune de Marc 13,20s// et de 1 Corinthiens 10,13, p. ex.; voir ici), alors l'issue ne dépend plus seulement de "moi" ou de "nous".

(Voir aussi ici.)
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