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 De l'humilité

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Narkissos



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MessageSujet: De l'humilité   Ven 22 Juil 2011, 15:45

(Suite à plusieurs échanges récents.)
"J'ai toutes les prétentions, sauf celle d'être modeste", disait (à peu près) Sacha Guitry. Je souscris volontiers à la formule, en l'appliquant à l'humilité autant qu'à la modestie (comme tous les synonymes ce sont des synonymes partiels, et il suffit de les mettre côte à côte pour être tenté d'opérer entre eux les distinctions les plus arbitraires, mais je résiste provisoirement à cette tentation). En pratique je n'ai jamais osé, je crois, faire profession d'humilité ni de modestie, et en théorie je trouve finalement que l'une comme l'autre font d'assez mauvaises "vertus". Je dis: "finalement", car j'ai bien sûr été trop marqué par la "morale chrétienne", qui a élevé l'humilité au rang de vertu, pour n'avoir pas vécu avec une "mauvaise conscience" certaine mon propre "manque d'humilité" (ou de modestie), comme un défaut ou une tare.
Il y a, me semble-t-il, une espèce de "terrorisme de l'humilité" (je ne fais là qu'essayer d'expliciter à ma manière une ou deux remarques récentes de BB, mais ce que j'écris n'engage que moi) qui a pour effet, sinon pour intention, d'intimider. Dans un contexte chrétien elle est souvent très efficace. Elle a longtemps eu prise sur moi. En faisant appel à l'humilité de ses interlocuteurs on dissuade de leur part la contradiction, le questionnement, la réflexion même. A la longue ceux qui sont exposés à un tel discours l'intègrent, l'intériorisent et l'anticipent, de sorte qu'il n'est même plus nécessaire de les rappeler à l'humilité. "Qui suis-je pour...?" devient une question réflexe qui bloque toute velléité de pensée "indépendante", voire de pensée tout court.
Et pourtant il suffit d'un pas de côté (mais un pas dangereux, un pas délibérément hors de la sacro-sainte humilité, qu'on peut accomplir par orgueil, par vanité, par bravade, mais aussi avec la modestie paradoxale de ne pas se vouloir "humble" ou "modeste") pour que saute aux yeux la contradiction où s'enferment les apôtres de l'humilité. "Qui sont-ils, eux, pour...?" Comment ne se posent-ils pas, eux, la question? L'astuce est toute simple: ce ne sont pas eux qui parlent. Ils invoquent, d'autant plus efficacement qu'ils le font sincèrement, l'alibi de la citation et de l'autorité. C'est toujours au nom de Dieu, de Jésus, du Saint-Esprit, de la Bible, de la Vérité, de la Raison, de la Science, voire du bon sens, dont on n'est jamais que l'humble serviteur, qu'on prêche l'humilité.
Cercle vicieux ou vertueux, mais dont on ne peut guère sortir que par un haussement d'épaules ou un éclat de rire.
Bref. Je ne crois plus à l'humilité comme vertu cultivée dans l'ordre de la morale, parce qu'à mon sens celle-ci ne se construit jamais sans le jeu (le "levain") de l'hypocrisie, hypocrisie d'autant plus tenace qu'elle se prend à son propre jeu et devient vite "sincère". Par contre je suis assez enclin à croire aux vertus de l'humiliation qui, elle, relève du réel. Il y a des choses, des circonstances, des événements, qui nous abaissent effectivement, qui dégonflent une idée fausse ou exagérée de notre valeur, qui nous donnent des "leçons" précieuses. La honte qui naît d'une faute "intellectuelle" comme d'une faute "morale" (Simone Weil reprochait à la religion de séparer les deux par un abîme) est une sensation désagréable mais utile et formatrice. L'Ancien Testament vante davantage les mérites de l'humiliation subie que de l'humilité voulue; et pour être humilié il faut quand même un minimum d'orgueil...
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MessageSujet: Re: De l'humilité   Ven 22 Juil 2011, 16:38

Superbe réflexion Spermologos. Je t'en remercie même si je me sens concerné au plus haut point et je ne fais par preuve de modestie....
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Narkissos



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MessageSujet: Re: De l'humilité   Ven 22 Juil 2011, 19:57

Juste pour préciser un peu le volet "biblique" de la question, et nuancer certaines affirmations trop rapides de mon post précédent, les références claires à une humilité-vertu sont très rares dans la Bible hébraïque, et elles semblent plutôt tardives. Je pense à la fameuse notule de Nombres 12,3 (Moïse "le plus humble", texte qui se double d'une aporie supplémentaire si l'on imagine que c'est lui qui l'écrit, ce que pourrait bien impliquer la formule similaire attribuée au Jésus "grand Moïse" de Matthieu 11,29) ou à Michée 6,8 (dont nous avons déjà parlé ailleurs). Le plus souvent, c'est Dieu qui humilie (concrètement) les orgueilleux, et la réponse positive à cette humiliation-châtiment consiste à "humilier son coeur" ou "son âme" devant lui par des "actes de contrition" rituels, c.-à-d. concrets, notamment le jeûne (cf. Isaïe 58,3ss; Psaume 69,11; Judith 4,9). En règle générale, ceux qu'on appelle les "humbles" (dans les Psaumes p. ex.) ce sont les pauvres ou les affligés, dans un sens d'abord objectif, bien que celui-ci ait tendance à se "spiritualiser" avec le temps (cf. Isaïe 57,15; 66,2).
L'humilité-vertu occupe en revanche une place très importante dans le Siracide (2,17; 3,18.20; 7,17; 10,15; 11,1; 12,5; 18,21; 35,21), comme dans la littérature dite "intertestamentaire" à tendance moralisante (p. ex. les Testaments des Douze patriarches). Par ailleurs, à Qoumrân les fidèles s'auto-désignent comme les "pauvres" (ce qu'on retrouvera dans certaines composantes du christianisme primitif, comme les "ébionites", de l'hébreu 'bywn, "pauvre"): bien en amont du christianisme le sens concret (pauvreté-malheur) se double d'un sens moral (humilité), quand il ne disparaît pas complètement au profit de celui-ci.
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MessageSujet: Re: De l'humilité   Sam 23 Juil 2011, 01:03

Dernière participation avant les vacances...

Bref souvenir d'une discussion avec un TdJ qui tentait, sans méchanceté aucune, de me ramener dans ce que, lui, il estimait être le "droit chemin".

- "Tu sais qu'il ne faut pas s'appuyer sur ta propre intelligence, Bertrand, tu le sais bien. On est peu de choses, notre connaissance est très limitée... Il n'y a qu'en ayant conscience de ses limites, humblement, qu'on peut plaire à Dieu"

- "Certes. Et lorsque tu en es venu à juger que c'était les Témoins de Jéhovah qui détenaient la vérité, c'était les neurones de QUI qui t'ont amené à cette conclusion? C'est avec l'intelligence de QUI que tu as décrété avoir trouvé la Vérité? Elle n'était pas toujours AUSSI limitée, cette intelligence qui t'a fait penser que tu avais la capacité de reconnaitre la Vérité? Comment tu sais que ce n'est pas ce jour-là que ton "cœur" était "traitre"? "

L'humilité est une "vertu" qu'on ne peut revendiquer qu'en la trahissant!
- "Je suis décidé à travailler le plus possible cette qualité qu'est l'humilité."
- "Non, mais! I's'prend pour qui, c'ui-là, avec ses ambitions?"
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Narkissos



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MessageSujet: Re: De l'humilité   Sam 23 Juil 2011, 14:40

L'une des vertus (ambiguës) de l'humilité, ou plutôt d'une culture de l'humilité qui la range a priori du côté du "bien", préalablement à toute éducation particulière et à tout choix individuel, c'est qu'elle justifie par principe l'obéissance et tout ce qui y ressemble (p. ex. un certain type de "foi" et de "confiance" qui regarde de bas en haut vers le maître, la hiérarchie, l'institution). Logiquement, la "décision d'obéir" (de croire, de faire confiance au "supérieur") est tout aussi "responsable" (et potentiellement coupable) que n'importe quelle autre. Psychologiquement ce n'est jamais le cas. Le "premier pas" théorique (l'acte d'allégeance initial envers tel maître) est aussitôt justifié par le second (où il ne s'agit plus que de continuer d'obéir à celui qui EST LE maître parce que nous l'avons déjà reconnu pour tel) -- à supposer encore que ce premier pas existe vraiment, distinctement, ce qui est douteux, parce que chaque acte d'obéissance s'inscrit dans le sillage de beaucoup d'autres et que de nouveaux maîtres prennent la place de plus anciens dans l'imaginaire de chacun. L'obéissance au fond est immémoriale. On peut se souvenir de sa première désobéissance, de sa première révolte, de sa première transgression -- rarement de sa première obéissance.
Ce n'est pas pour rien que le procès de Nuremberg a marqué une sorte de "révolution" juridique et morale dont on n'a pas fini de mesurer les conséquences : en déclarant l'obéissance coupable (dans certaines circonstances et relativement, car elle ne cessait pas d'y fonctionner comme "circonstance atténuante") il mettait en cause un élément constitutif de toute organisation sociale (bien au-delà de la civilisation "chrétienne" ou "occidentale" d'ailleurs).
(A suivre peut-être quand tu redescendras de ta montagne, à moins que d'autres relancent la conversation d'ici là...)
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MessageSujet: Re: De l'humilité   Sam 23 Juil 2011, 17:22

Certains scientifiques, hommes d'Etat reconnaissent parfois leurs erreurs et font preuve d'humilité. L'humilité manifestée dans ces cas là n'a pas de rapport avec une hiérarchie quelconque.
Nous sommes face à de l'humilité, tout le reste n'est que faux fuyants ou refus de reconnaître une dépendance qui ne dit son nom.

Il est possible de marquer son ignorance devant un évènement ou face à une théorie qui nous dépasse, manifestant ainsi de l'humilité.

Mais le comportement face à un groupe, à sa direction comme le mentionne BB n'est pas de l'humilité mais plutôt une perte de contrôle de son libre arbitre. Et BB l'avait bien expliqué à son détracteur.

Ce que je me demande c'est si l'humilité manifestée en de nombreuses occasions n'est pas de la lacheté.
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Narkissos



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MessageSujet: Re: De l'humilité   Sam 23 Juil 2011, 19:24

Bonjour lct,
Tu m'as rappelé ceci: http://etrechretien.discutforum.com/t551-foi-courage-et-lachete
Cette "humilité des grands" dont tu parles en bien, et fort bien, me semble aller de pair avec une certaine liberté, aristocratique si l'on veut, propre à ces gens dont j'aime à dire qu'ils n'ont que le ciel au-dessus de leur tête. En principe ils peuvent exister à tous les niveaux de la société humaine et de ses multiples hiérarchies, en fait je crois qu'on les trouve surtout aux extrémités ou aux marges. Hommes d'Etat ou mendiants, grands savants ou illettrés, sans qu'aucune de ces conditions ne garantisse (tant s'en faut) cette qualité qui s'apparente à mon sens à ce que l'Antiquité appelait la "crainte des dieux", nulle part mieux visible que chez ceux qui n'ont rien d'autre à craindre ("qui n'ont rien à prouver", dirait-on semblablement aujourd'hui). C'est un paradoxe que je rapprocherais de celui de la "responsabilité", qui n'a de sens et de valeur qu'à rebours de l'étymologie: chez ceux qui n'ont de compte à rendre à personne.
"J'ai vu des rois serviles et des mendiants superbes", chantait naguère Moustaki dans un texte qui m'a toujours rappelé l'Ecclésiaste (10,5ss). Nietzsche définissait son Uebermensch comme "der römische Caesar mit Christi Seele", un César romain avec une âme de Christ...
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MessageSujet: Re: De l'humilité   Lun 25 Juil 2011, 11:31

Citation :
Il y a, me semble-t-il, une espèce de "terrorisme de l'humilité" (je ne fais là qu'essayer d'expliciter à ma manière une ou deux remarques récentes de BB, mais ce que j'écris n'engage que moi) qui a pour effet, sinon pour intention, d'intimider. Dans un contexte chrétien elle est souvent très efficace. Elle a longtemps eu prise sur moi. En faisant appel à l'humilité de ses interlocuteurs on dissuade de leur part la contradiction, le questionnement, la réflexion même. A la longue ceux qui sont exposés à un tel discours l'intègrent, l'intériorisent et l'anticipent, de sorte qu'il n'est même plus nécessaire de les rappeler à l'humilité. "Qui suis-je pour...?" devient une question réflexe qui bloque toute velléité de pensée "indépendante", voire de pensée tout court.





Je partage ton analyse, "le terrorisme de l'humilité" fonctionne comme un logiciel implanté dans le cerveau du fidèle, qui s'auto-censure et travaille à la soumission vis-à-vis de l'autorité.



La Watch Tower poussent les témoins de Jéhovah à considérer "la pensée indépendante" comme une attitude coupable, une preuve de déloyauté envers Dieu et son "canal" nommé. L'intimidation intellectuelle est moyen de rendre les personnes dociles, obéissantes et crédules.

L'effet le plus pervers de cette méthode est que Les TdJ sont subtilement conditionné pour qu’ils aient la réflexe de se méfier de leur propre pensée et jugement quand ils lisent la Bible, et qu'ils devraient se méfier de leur propre coeur et de ses motivations.Leur confiance devrait être placée dans "l'organisation."





Illustration de l'efficacité de la méthode (extrait de "crise de conscience") :





"Le fait de rester attacher, à la soumission à l’organisation peut avoir des conséquences sur les esprits de certaines personnes et cela m'a été relaté par une expérience racontée par Robert Lang, alors travaillant au Béthel comme assistant au Surveillant du siège social international. Il fut transféré à une congrégation dans l’état de New-York. Il dit qu'à une des premières réunions a laquelle il assista, les anciens se sont approchés de lui pour lui demander conseil. Une jeune femme, la soeur d'un des serviteurs ministériels, avait été exclue et assistait toujours aux réunions. Elle avait un petit bébé et elle l’amenait avec elle à la Salle du royaume dans un landau. La Salle était au deuxième étage d'un bâtiment et les escaliers étaient durs et raides à monter. La jeune femme montait les escaliers, en tirant le landau avec le bébé dedans. La question que les anciens posèrent était la suivante, était il bien que le frère de la femme exclue l’aide à monter les escaliers ! Certains dirent non, car étant exclu on ne devait pas s’occuper d’elle, on devait faire comme si elle n'était pas là. À son crédit, Lang a dit, "je ne sais pas ce que la règle dit, je sais seulement une chose : si je suis à côté d’elle quand elle commencera à tirer ce landau en haut des escaliers, je l'aiderai! Quand je pense à ce qui pourrait arriver si elle devait trébucher et perdre le contrôle du landau....


La chose la plus effrayante de tout cela est que des hommes adultes n'ont pas estimés qu'ils pouvaient être guidés par leurs propres coeurs et raisonnement dans une telle circonstance qui faisait uniquement appel à la compassion humaine. Le seul souci urgent n’était pas de se s’inquiéter du danger encouru pour la vie du bébé maisde ce que la règle de l'organisation prévoyait dans un tel cas. Ils montraient de toute évidence qu’ils étaient devenus des hommes privés de jugements dans les domaines de l’éthique et du discernement de ce qui est bien ou mal."
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Anagnoste



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MessageSujet: Re: De l'humilité   Lun 25 Juil 2011, 11:34

Chers tous,

sujet important !

"Préserve aussi ton serviteur de l'orgueil,
Qu'il n'ait sur moi aucune emprise ;
Alors je serai sans reproche,
Pur d'un grand péché".

J'ai bien apprécié vos interventions.

Aux hommes, entre "humilité" et "orgueil", cela semble impossible. Mais rien n'est impossible à Dieu.

A bientôt.
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seb



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MessageSujet: Re: De l'humilité   Lun 25 Juil 2011, 12:25

Anagnoste a écrit:
Aux hommes, entre "humilité" et "orgueil", cela semble impossible. Mais rien n'est impossible à Dieu.
Dieu peut-il être humble? Et si oui, ça ressemble à quoi, un dieu humble?

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MessageSujet: Re: De l'humilité   Lun 25 Juil 2011, 12:31

Seb le Dieu auquel se réfère les anciens mentionnés par Ray de l'histoire tirée de son livre et que nous rappelle Free, n'est certainement pas humble puisqu'il laisse des hommes se fourvoyer de façon si cruelle afin de lui obéir.
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Narkissos



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MessageSujet: Re: De l'humilité   Lun 25 Juil 2011, 12:47

Citation :
ça ressemble à quoi, un dieu humble?
Je pense que le Christ de saint Paul (cf. p. ex. 1 Corinthiens 1--2; 2 Corinthiens 5; Philippiens 2) est essentiellement cela: un dieu humble -- celui dont Nietzsche dira qu'il est la négation de Dieu (deus, qualis Paulus creavit, dei negatio).
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seb



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MessageSujet: Re: De l'humilité   Lun 25 Juil 2011, 15:26

Lorsque Jésus Christ est dépeint comme humble, est-il alors encore "dieu"? Ne se fait-il pas homme?

Autrement dit, peut-on être tout puissant, et humble?

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MessageSujet: Re: De l'humilité   Lun 25 Juil 2011, 16:09

Chers tous, cher seb,

Christ est humble à Nazareth. Bon.

Plus tard aussi, tout le temps. Cela ne signifie pas se nier lui même ; à Pilate qui lui demande "tu es donc roi ?", il réponds "je le suis".

Et puis, "ma toute puissance se déploie dans la faiblesse".

A bientôt.
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Narkissos



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MessageSujet: Re: De l'humilité   Lun 25 Juil 2011, 16:19

Cette question occupe une bonne partie de l'histoire de la théologie chrétienne (trinité, union hypostatique, kénôse etc.). Je n'en dirai pas plus, pour ne pas faire dévier davantage ce fil de son sujet, ni Seb de sa bonne résolution de la semaine dernière ("je trouve de moins en moins d'intérêt à parler de Dieu"... "Bon, demain j'arrête... promis... si j'y arrive..." in http://etrechretien.discutforum.com/t486p45-une-pensee-du-langage-dans-la-bible ).

Par contre cela me semble bien mettre en relief l'ambivalence fondamentale du thème même de "l'humilité" dans la Bible, où se rencontrent deux choses a priori fort différentes: 1) la condition objective, concrète, des "humbles" au sens de l'AT (c.-à-d. les pauvres, les malheureux, qui n'ont nullement choisi ce sort); 2) la "vertu" morale de celui qui s'abaisse volontairement, à l'image du dieu (tout-puissant ou pas) qui se fait homme, serviteur, faible, crucifié. Entre les deux, le thème du Dieu puissant qui préfère les humbles (d'abord au sens concret) aux puissants ou aux orgueilleux (cf. 1 Samuel 2,8; Isaïe 57,15; Psaume 113,5ss).
J'ajoute que même dans le NT le sens "concret" ne se perd pas toujours dans le sens "moral": chez Matthieu ou Jacques il y a une résistance très nette à cet égard (cf. http://etrechretien.discutforum.com/t302-ce-que-je-retiens-de-matthieu ).
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MessageSujet: Re: De l'humilité   Mar 09 Oct 2012, 17:17

Citation :
y a, me semble-t-il, une espèce de "terrorisme de l'humilité" (je ne fais là qu'essayer d'expliciter à ma manière une ou deux remarques récentes de BB, mais ce que j'écris n'engage que moi) qui a pour effet, sinon pour intention, d'intimider. Dans un contexte chrétien elle est souvent très efficace. Elle a longtemps eu prise sur moi. En faisant appel à l'humilité de ses interlocuteurs on dissuade de leur part la contradiction, le questionnement, la réflexion même. A la longue ceux qui sont exposés à un tel discours l'intègrent, l'intériorisent et l'anticipent, de sorte qu'il n'est même plus nécessaire de les rappeler à l'humilité. "Qui suis-je pour...?" devient une question réflexe qui bloque toute velléité de pensée "indépendante", voire de pensée tout court.



La Rochefoucaud :

" L'humilité n'est souvent qu'une feinte soumission, dont on se sert pour soumettre les autres; c'est un artifice de l'orgueil qui s'abaisse pour s'élever; et bien qu'il se transforme en mille manières, il n'est jamais mieux déguisé et plus capable de tromper que lorsqu'il se cache sous la figure de l'humilité. "
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MessageSujet: Re: De l'humilité   Mer 10 Oct 2012, 12:49

" Lorsque quelqu'un t'invite à un repas de noces, ne va pas t'étendre sur le premier divan, de peur qu'un plus digne que toi n'ait été invité par ton hôte, et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire : "Cède-lui la place. " Et alors tu devrais, plein de confusion, aller occuper la dernière place. Au contraire, lorsque tu es invité, va te mettre à la dernière place, de façon qu'à son arrivée celui qui t'a invité te dise : "Mon ami, monte plus haut. " Alors il y aura pour toi de l'honneur devant tous les autres convives. Car quiconque s'élève sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé. " - Luc 14, 7 ss

Je me demande si ce texte ne met en evidence un travers de la fausse humilité qui cache souvent un besoin de reconnaissance et qui pousse à rechercher un faux effacement (" la dernière place ") afin d'inciter autrui à nous mettre dans la lumière, " alors il y aura pour toi honneur". ne recherce-t-on l'abaissement pour connaitre l'élévation ?
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MessageSujet: Re: De l'humilité   Mar 23 Oct 2012, 16:29

L'autorité religieuse refuse souvent son statut de "chef" et préfère plutôt invoquer une position humble, comme celle d'un "esclave" (fidèle et avisé) ou en référence à Mc 10, 42 ss, elle pretexte qu'elle ne commande pas comme " les chefs des nations " et qu'à la difference des " grands " elle ne fait pas sentir son pouvoir. Cette autorité religieuse s'applique souvent ces paroles de Mc 10,44 : " celui qui voudra être le premier parmi vous, sera l'esclave de tous. " ... elle s'assimile encore à un " esclave" et de surcroît de " tous".

Le chef se manifeste sous les trait d'un humble esclave, qu'il n'est pas, en réalité. ShockedWink
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MessageSujet: Re: De l'humilité   Jeu 25 Oct 2012, 21:45

Hello Free,

J'ai fait un tour d'horizon assez rapide la littérature téjie sur la question, et je n'ai pas trouvé d'application de Mc 10.42-44 aux instances dirigeantes de l'organisation.

Lorsque ce passage est cité par la WT, c'est pour que l'applique les gens qui, bien que jouissant eux-mêmes d'une autorité dans "l'ordre théocratique" (les anciens locaux, mais aussi les maris...), sont surtout eux-mêmes sous l'autorité de la WT.

Autrement dit: "VOUS devez être des gens qui n'ont pas le désir de diriger...", mais lorsque le statut "d'esclave" est attribué aux instances dirigeantes, alors c'est vers Mt24 qu'on se dirigera et là c'est un peu différent: ils sont "esclave", certes... mais ils sont celui du Seigneur, et ils ne manquent alors pas une occasion de rappeler que toute la maisonnée se trouve sous leur autorité! Very Happy

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VANVDA



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MessageSujet: Re: De l'humilité   Jeu 25 Oct 2012, 23:29

(Et au fait: félicitations pour ton 2000ème message! Very Happy )
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MessageSujet: Re: De l'humilité   Ven 26 Oct 2012, 12:03

Citation :
Autrement dit: "VOUS devez être des gens qui n'ont pas le désir de diriger...", mais lorsque le statut "d'esclave" est attribué aux instances dirigeantes, alors c'est vers Mt24 qu'on se dirigera et là c'est un peu différent: ils sont "esclave", certes... mais ils sont celui du Seigneur, et ils ne manquent alors pas une occasion de rappeler que toute la maisonnée se trouve sous leur autorité! Very Happy

Merci pour ces précisions Vanvda (quel pseudo mystérieux !).

Je voulais juste souligner le paradoxe qui consiste à representer un organe comme le CC jouissant d'une aussi grande autorité sous les trait d'un esclave même du "Seigneur". Cette ambiguïté du pouvoir quasi divin (La Tour de Garde -anglais-, 15 février 2009, p. 27: "Puisque Jéhovah Dieu et Jésus-Christ font entièrement confiance à l'esclave fidèle et avisé, ne devrions-nous pas faire la même chose? ") manifesté sous l'apparence d'un esclave, donne l"impression aux TdJ qu'il n'y a pas de hiérarchie en son sein. Dans l'inconscient collectif des TdJ les membres du CC ne sont pas des chefs mais ils sont au service des fidèles.

Cela me rappele un commentaire d' Agecanonix


Citation :
Tu trouveras toujours des TJ installés dans leur culte au même titre qu'un catholique ou un protestant.
Mais tant que la doctrine gardera la singularité qui fait les TJ, avec ses attentes aussi particulières et peu communes au sein du monde dit "chrétien", alors le côté aventuriers ou disons plutôt, pionners des TJ, perdurera.
Il faudrait pour qu'ils se fondent dans la masse que les conditions qui ont érodé le catholicisme ou la réforme se reproduisent pour les TJ.
Parmi elles citons:
La naissance d'un clergé à part.





Voici la réponse qu'avait fourni à l'époque Spermologos :



Citation :
Je crois bien qu'il est juste devant ton nez, gros comme une tour de garde, ce clergé-là, mais tu ne le vois pas!
Si la structure pyramidale de la Watchtower, avec tout en haut son Collège central (et ses comités annexes) qui décide de TOUT et un système strictement hiérarchisé d'exécutants (comités de filiale, surveillants itinérants, collèges d'anciens) qui veille de haut en bas à l'application stricte de ses directives jusque dans la congrégation la plus reculée, ne t'apparaît pas comme "cléricale", c'est peut-être parce qu'elle l'est paradoxalement PLUS que ce qu'on nomme ordinairement "clergé". Ou plus précisément parce que son "économie" interne est différente. Si on la compare avec l'Eglise catholique, la plus hiérarchisée sans doute des grandes Eglises, toutes choses égales d'ailleurs la concentration de pouvoir au sommet est infiniment supérieure à celle du pape et de la curie romaine. En revanche, un comité de filiale a considérablement moins de pouvoir qu'un cardinal, un surveillant de circonscription beaucoup moins qu'un évêque, un collège d'anciens beaucoup moins qu'un prêtre de paroisse ou un conseil presbytéral. La concentration et l'éloignement du centre du pouvoir te donne (à mon sens) l'illusion d'un système moins hiérarchisé. Tous ceux à qui tu as affaire au quotidien sont à des degrés divers des exécutants comme toi, donc des "frères" plus que des "chefs". C'est vrai! Mais les vrais "chefs", tu ne les rencontres jamais, ça ne veut pas dire qu'il n'y en ait pas -- tu le sais bien, quand tu parles du Collège central en l'identifiant, de fait, à une autorité apostolique.
Corrélativement, le système fonctionne avec un niveau de formation minimal. Pas besoin de facultés de théologie et de professeurs (pas toujours dociles) pour former des anciens, puisqu'à tous les étages sauf au dernier il y a, somme toute, fort peu d'initiative à prendre. Et comme le dernier étage lui-même est alimenté par promotion issue des étages inférieurs, ceux qui y accèdent sont très peu préparés à prendre de vraies décisions doctrinales ou éthiques, puisqu'avant d'arriver là ils n'ont jamais eu à le faire (ils n'ont fait qu'appliquer et faire appliquer la consigne)... c'est un autre problème sérieux.

http://etrechretien.discutforum.com/t507p45-l-evangelisation-dans-le-nouveau-testament





D'ailleurs il intéressant de noter que sur son site officiel, la WT indqiue ce point :

NE VOUS faites pas [...] appeler ‘ conducteurs ’, car un seul est votre Conducteur, le Christ. ” (Matthieu 23:10). Par ces paroles, Jésus a clairement fait savoir à ses disciples qu’aucun homme sur terre ne serait leur conducteur. Leur Conducteur se trouverait au ciel, et ce serait Jésus Christ en personne. Jésus a été chargé de cette fonction par Dieu. "

En clair la WT ne se considère pas comme un "conducteur" malgré la réalité des faits ... et je la crois sincère dans cette affirmation, elle se trompe elle-même.

Pour justifier sa fonction et sa position dominante, la WT choisi d'attirer l'attention sur Luc 12,42-44 (au lieu de la référence traditionnelle à Mat 24, 45-47) plus compatible avec la réalité des faits, ou il est question, non d'un "esclave" mais d'un intendant, donc de quelqu'un qui gère. ainsi le CC est un humblme intendant mais pas un conducteur et ni un chef ... très habile !!!

Une autre habileté, l'article ne dit pas d'obéir à EFA mais de la soutenir.

Citation :
Les chrétiens appartenant aux autres brebis sont conscients qu’ils retirent de grands bienfaits des efforts diligents que déploie l’esclave fidèle pour leur fournir la nourriture spirituelle en temps opportun. Ils reconnaissent avec humilité que, sans l’esclave fidèle et avisé, ils ne sauraient pas grand-chose, ou ne sauraient rien, des précieuses vérités de la Bible concernant par exemple la souveraineté de Jéhovah, la sanctification de son nom, le Royaume, les nouveaux cieux et la nouvelle terre, l’âme, la condition des morts, ainsi que la nature exacte de Jéhovah, de son Fils et de l’esprit saint. L’amour, une profonde reconnaissance et une fidélité indéfectible incitent les “ autres brebis ” à soutenir les “ frères ” oints du Christ qui sont sur la terre en ce temps de la fin. — Matthieu 25:40.



http://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/2007245
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MessageSujet: Re: De l'humilité   Lun 17 Aoû 2015, 17:38

"ne faites rien par ambition personnelle ni par vanité ; avec humilité, au contraire, estimez les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun, au lieu de regarder à ce qui lui est propre, s'intéresse plutôt aux autres." Phil 2,3-4

J'ai toujours une réaction négative à la lecture de ce texte, qui semblait faire la promotion de l'auto-dénigrement. En le relisant, j'ai le sentiment qu'ils encourage les croyants à s'émerveiller des talents de l’autre, à ne pas tomber dans le nombrilisme et de mettre son talent au service des autres.

Un autre texte me parait interessant, 1 Cor 4,7 : "En effet, qui est-ce qui te distingue ? Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? Et si tu l'as reçu, pourquoi fais-tu le fier, comme si tu ne l'avais pas reçu ?"
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MessageSujet: Re: De l'humilité   Lun 17 Aoû 2015, 23:28

En effet, 1 Corinthiens 4,7 est (potentiellement au moins) d'une grande profondeur, surtout quand on le (re-)lit à la lumière (ultérieure) de l'épître aux Romains, sur le fameux thème de la "prédestination", p. ex. 9,21: "Le potier n'a-t-il pas autorité sur l'argile, pour faire avec la même pâte un objet pour un usage noble et un objet pour un usage vil?" La question qui est-ce qui te distingue, on le voit, peut mener loin...

Sur le (vaste) sujet de la "comparaison aux autres", on pourrait cependant relever pas mal de variations dans le corpus paulinien au sens large, et quelquefois dans les mêmes épîtres (supériorité des autres, égalité, indifférence, nécessité ou inanité de la comparaison; cf. p. ex. Romains 12,10; 1 Corinthiens 4,3ss; 12,25; 2 Corinthiens 10,12; 13,5; Galates 5,13; 6,3s; Ephésiens 5,21; Philippiens 2,3s). L'aspect "moral" de la pensée de "Paul" semble généralement moins consistant -- et par là (encore) moins cohérent -- que son aspect "théologique".
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MessageSujet: Re: De l'humilité   Aujourd'hui à 23:40

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