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 de la connaissance à l'amour... et à la connaissance

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Narkissos

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MessageSujet: de la connaissance à l'amour... et à la connaissance   Mar 09 Aoû 2011, 23:32

"Pour ce qui concerne les viandes sacrifiées aux idoles, nous savons (oidamen) que tous, nous avons de la connaissance (gnôsin ekhômen). La connaissance (hè gnôsis) gonfle d'orgueil, mais l'amour construit. Si quelqu'un pense connaître quelque chose, il ne connaît pas encore comme il faut connaître (ei tis dokei egnôkenai ti, oupô egnô kathôs dei gnônai).  Mais si quelqu'un aime Dieu, celui-là est connu de lui (egnôstai hup'autou)."

"Quand je parlerais les langues des humains et des anges, si je n'ai pas l'amour, je suis une pièce de bronze qui résonne ou une cymbale qui retentit. Quand j'aurais la capacité de parler en prophète, quand je saurais (eidô) tous les mystères et toute la connaissance (pasan tèn gnôsin), quand j'aurais même toute la foi qui transporte des montagnes, si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien. Quand je distribuerais tous mes biens, quand même je livrerais mon corps pour en tirer fierté, si je n'ai pas l'amour, cela ne me sert à rien.
(...)
"L'amour ne succombe jamais. Les messages de prophètes? ils seront abolis; les langues? elles cesseront; la connaissance (gnôsis)? elle sera abolie. Car c'est partiellement que nous connaissons (ginôskomen), c'est partiellement que nous parlons en prophètes; mais quand viendra l'accomplissement, ce qui est partiel sera aboli. Lorsque j'étais tout petit, je parlais comme un tout-petit, je pensais comme un tout-petit, je raisonnais comme un tout-petit; lorsque je suis devenu un homme, j'ai aboli ce qui était propre au tout-petit. Aujourd'hui nous voyons au moyen d'un miroir, d'une manière confuse, mais alors ce sera face à face. Aujourd'hui je connais (ginôskô) partiellement, mais alors je connaîtrai comme je suis connu (epignôsomai kathôs kai epegnôsthèn)."

Je reviens encore une fois (cf. http://etrechretien.discutforum.com/t314-theoria-ou-la-contemplation ) sur ces deux passages de la Première épître aux Corinthiens (chap. 8 et 13) pour y relever quelque chose qui m'a frappé aujourd'hui (peut-être pas pour la première fois, mais c'est tout comme).
Dans cette opposition de l'amour et de la connaissance qui joue un si grand rôle dans le christianisme primitif (autour de la notion problématique de "gnosticisme" en particulier) et peut-être dans toute notre culture, avec la dissociation croissante du sentiment et de l'intellect, du "coeur" et de "l'esprit" selon le sens bien particulier que le français donne à ces deux mots, je remarque en effet que l'apôtre de l'amour ne peut s'empêcher de réinscrire la connaissance au terme de son éloge de l'amour (cf. aussi Ephésiens 3,19; et en version johannique 1 Jean 4,7s): l'amour ne passe, ne surpasse, ne dépasse et ne laisse derrière lui une certaine connaissance que pour aboutir à une connaissance (et aussi à une "vision") de type, de nature ou de qualité supérieure (distinguée en 13,12 comme epi-gnôsis, de ce terme que la TMN traduisait si mal par "connaissance exacte") -- qui se caractérise en l'occurrence de diverses manières: par sa nécessité (connaître comme on devrait connaître), par sa réciprocité (connaître comme on est connu), par sa "plénitude" (connaître complètement et non plus partiellement).
Et je me dis (même si c'est une conclusion bien plate après de telles hauteurs) que chez l'homo sapiens sapiens toute critique de la connaissance, si radicale soit-elle, finit toujours par se rétablir en apologie de la connaissance, comme tout éloge de l'"ignorance", de la "folie" ou de la "bêtise" (saint Paul encore en 1 Corinthiens 1--2, via Nicolas de Cues, Erasme ou Jean Paul) en "sagesse".
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Patoune

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MessageSujet: Re: de la connaissance à l'amour... et à la connaissance   Mer 10 Aoû 2011, 05:23

Je comprends par là que la vérité est supérieure à l'amour et que l'amour sans vérité n'est pas le véritable amour.
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le chapelier toqué

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MessageSujet: Re: de la connaissance à l'amour... et à la connaissance   Mer 10 Aoû 2011, 11:30

Citation :
Aujourd'hui je connais (ginôskô) partiellement, mais alors je connaîtrai comme je suis connu (epignôsomai kathôs kai epegnôsthèn)."

J'ai de la peine à comprendre le sens de la phrase.

Vermi sot je suis vermisseau je reste.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: de la connaissance à l'amour... et à la connaissance   Mer 10 Aoû 2011, 12:43

Citation :
J'ai de la peine à comprendre le sens de la phrase.
Cette fois-ci je n'y suis pour rien... :)
Sur ce côté "miroir" (spéculaire, réflexif) de la "connaissance" (connaître/être connu), voir plutôt l'autre fil (lien dans mon post précédent).
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Narkissos

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MessageSujet: Re: de la connaissance à l'amour... et à la connaissance   Lun 05 Oct 2015, 11:52

(Je repensais à 1 Corinthiens 13 et je me suis souvenu de ce fil.)

Reprocher à la "connaissance" d'être partielle (ek merous), c'est, dans un sens, lui reprocher sa méthode, sa fonction et sa structure, son essence et son existence mêmes. Déjà parce que "connaître" quoi ou qui que ce soit suppose de le distinguer, de le mettre à part, de le séparer, en tant qu'"objet" de connaissance, de tout le "reste"; de s'intéresser à lui, fût-ce provisoirement, à l'exclusion de tout "autre". Plus radicalement encore, toute "connaissance" à la fois implique et exclut son "sujet", ce(lui/lle)-qui-connaît. On ne connaît, comme on ne voit (qui dit connaissance pense vision, de préférence à toute autre perception, c'est le cas ici comme dans beaucoup d'autres textes), qu'à partir d'un "point de vue" situé "quelque part", sous un "angle" déterminé et par rapport auquel le "connu" n'offre jamais qu'un aspect, partiel. Et paradoxalement ce "point de vue" est aussi ce qu'on appelle un point "aveugle": l'œil voit tout (ce qui l'entoure) à l'exception de lui-même, si ce n'est par l'artifice déformant du miroir, également convoqué dans le texte. On a assez glosé sur l'imperfection des miroirs de métal poli de l'Antiquité, mais même le plus parfait miroir ne rendra de soi qu'une image inversée; une image en tout cas, c'est-à-dire une copie ou un simulacre de soi qui pour être conforme n'en sera pas moins faux ni excédentaire par rapport à "l'original". Qu'on multiplie les points de vue et les miroirs, on ne "corrigera" les "illusions d'optique" qu'à les démultiplier, en aggravant leur caractère partiel, fragmentaire et excédentaire, jusqu'à ne plus pouvoir distinguer l'"objet" des "simulacres" (cf. la fameuse scène de la salle aux miroirs dans The Lady from Shanghai d'Orson Welles, entre mille illustrations cinématographiques).

De ce "point de vue" aussi, il me paraît remarquable que ce texte présente comme "idéal" de la "connaissance" eschatologique, parfaite et absolue, qui s'opposerait (comme un miroir ?) à la "connaissance" partielle du présent et se confondrait avec "l'amour", une "connaissance" qui surmonterait (ou relèverait, difficile ici de ne pas penser à l'Aufhebung hegelienne qui d'ailleurs s'en inspire) l'opposition entre "sujet" et "objet": je connaîtrai comme je suis connu -- soit une structure de réciprocité analogue à celle de la formule biblique de l'amour, aimer x comme soi-même. Tout le contraire d'une "connaissance" en somme, et une "connaissance" quand même.

[Outre les textes du NT cités ici et dans le fil connexe, il faudrait relire (une fois de plus) le psaume 139; texte plus "modeste" si l'on veut, parce qu'exempt de prétention eschatologique ou dialectique d'un "sujet humain" à la connaissance divine: Dieu demeure de part en part le seul "sujet" de la connaissance, une connaissance absolue et unilatérale dont l'homme pour sa part est exclusivement "objet" -- en dépit de tous les vains efforts du "sujet humain" pour inverser le rapport sujet/objet de cette connaissance: il n'y a de connaissance humaine, partielle, que par une participation passive à la connaissance divine active, cette participation s'exprimant tout au plus sous l'espèce de l'émerveillement. Non pas connaître Dieu, mais se connaître / savoir connu de lui -- ce qui correspond très exactement à la "connaissance" telle que Paul l'envisage au présent (connaissance non seulement partielle mais réflexive ou spéculaire pour autant que la connaissance que Dieu a de nous nous est miroir), mais non à l'horizon de la "perfection eschatologique".

Ô Yahvé, tu m'as examiné à fond, tu me connais;
toi, tu sais quand je m'assieds et quand je me lève,
tu comprends de loin ma pensée;
tu sais quand je marche et quand je me couche,
et tu pénètres toutes mes voies.
Car la parole n'est pas sur ma langue
que déjà, ô Yahvé, tu la connais entièrement.
Par-derrière et par-devant, tu m'assièges
et tu mets ta main sur moi.
Cette connaissance étonnante me dépasse,
elle est trop élevée pour que je puisse la saisir.

Où pourrais-je aller pour échapper à ton souffle,
où pourrais-je fuir pour t'échapper?
Si je monte au ciel, tu y es;
si je me couche au séjour des morts, tu es encore là.
Si je prends les ailes de l'aurore
pour aller demeurer au-delà de la mer,
là aussi ta main me conduira,
ta main droite me saisira.
Si je dis: Au moins les ténèbres me submergeront,
la nuit devient lumière autour de moi;
même les ténèbres ne sont pas ténébreuses pour toi,
la nuit s'illumine comme le jour,
et les ténèbres comme la lumière.
C'est toi qui as produit les profondeurs de mon être,
qui m'as tenu caché dans le ventre de ma mère.
Je te célèbre, car j'ai été fait de façon merveilleuse.
Tes œuvres sont étonnantes,
je le sais bien.

Mon corps ne t'était pas caché
lorsque j'ai été fait en secret,
tissé dans les profondeurs de la terre.
Quand je n'étais qu'une masse informe, tes yeux me voyaient;
les jours qui furent façonnés,
avant qu'aucun d'eux n'existe.
Que tes pensées, ô Dieu, me semblent impénétrables!
Que la somme en est grande!
Si je les compte,
elles sont plus nombreuses que les grains de sable...
Je m'éveille, et je suis encore avec toi.
]
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tournesol



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MessageSujet: Re: de la connaissance à l'amour... et à la connaissance   Lun 05 Oct 2015, 19:03

La première pensée qui me vient à l'esprit en lisant ce sujet est celle de Saint-Exupéry dans "Le Petit Prince" : "on ne voit bien qu'avec le coeur, l'essentiel est invisible aux yeux".

Je ne perçois pas de reproche relatif à la connaissance partielle dont parle Paul, je n'y vois que le constat d'une connaissance spirituelle en germe (connaissance initiatique ?) dont l'amour est une porte qui conduirait vers cette connaissance parfaite, cette plénitude qui est en Christ.

Je ne suis pas sûr qu'il s'agisse, selon Paul, d'une connaissance au sens d'une perception adéquat du réel qui s'opposerait à une connaissance eschatologique, mais plutôt d'un accomplissement, d'un aboutissement, un peu à la manière des "écailles" tombées des yeux de Paul Actes 9 : 18 (écailles tant physiques que spirituelles).

Paul ne cherche t'il pas à dire que cet amour agapé est une manière de s'ouvrir à une connaissance qui "affranchie, qui libère" et renforce, en une sorte d'aller-retour permanent, la réalité de cet amour.

"Poursuivez l'amour" dit Paul, mais "continuez aussi à rechercher"... ""servez vous de votre intelligence" exhorte t-il les Corinthiens tout au long du chapitre 14.

Mais ce n'est que ma "perception" qui n'a pas encore atteint sa plénitude ...
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Narkissos

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MessageSujet: Re: de la connaissance à l'amour... et à la connaissance   Lun 05 Oct 2015, 20:40

@ tournesol:

Tout cela me paraît très juste.

Il me faut peut-être préciser que ma réflexion (!) précédente, tout en "partant" (comme on dit si bien) du texte de 1 Corinthiens 13, ne se voulait pas un commentaire exégétique de celui-ci. [Pour énoncer autrement la différence que j'y vois, il y a d'un côté ce que les textes "veulent dire", et que le plus souvent ils disent très bien sans commentaire, de l'autre ce qu'ils "font penser", domaine beaucoup plus vaste et plus incertain mais qui à mes yeux ne manque pas d'intérêt non plus.

Pour en revenir donc à ce que le texte "veut dire",] il est tout à fait exact qu'ici Paul ne "reproche" rien à personne, même s'il explique bien ("car", v. 9) l'abolition future d'une certaine "connaissance" par une sorte de "défaut" de celle-ci, à savoir, précisément, qu'elle est "partielle". Surtout, bien entendu, il ne parle pas de "la connaissance" en général, comme je l'ai fait, mais d'un type de "connaissance spirituelle" très particulier, doublement caractérisé, d'après le reste de l'épître, par un côté "initiatique" (qu'on pourrait situer, dans le schéma classique de l'histoire des religions, quelque part entre "mystère" et "gnose"; cf. 1,5.21; 2,8.11.14ss; 8,1ss) et un côté "charismatique" (c'est sur celui-ci que porte le contexte immédiat, cf. 12,8; 14,6, et ici même en 13,8ss, comme au v. 2, l'association de la "connaissance" aux "langues" et aux "prophéties" des "inspirés" de Corinthe).

A propos du "parfait" ou de l'"accompli" qui s'oppose au "partiel", on peut aussi noter que le terme grec (teleios) évoque parmi beaucoup d'autres choses l'âge ou l'état adulte (celui de l'"homme fait" comme on disait jadis en français) par opposition à l'enfance, ce qui rend encore plus naturelle la "comparaison" du v. 11. Cf. aussi sur ce thème 2,6; 14,20; Ephésiens 4,13; Philippiens 3,15; Colossiens 1,28; Hébreux 5,14; 6,1.

[Par ailleurs, la notion de "perfection-accomplissement" (teleios etc., qui se dit de tout ce qui est parvenu à une certaine "fin", telos, cf. l'"entéléchie" d'Aristote) se distingue plutôt mieux en grec de celle de "plénitude" (plèroô etc., "remplir", souvent au sens de combler un manque) qu'en français où elles tendent à se confondre dans un vocabulaire en partie commun (accompli-complet). La seconde n'intervient quasiment pas dans 1 Corinthiens (hormis la citation de 10,26, "la terre et ce qui la remplit"), mais elle va prendre de plus en plus de place dans les épîtres ultérieures, cf. 2 Corinthiens 10,6; Romains 8,4; 11,12; 13,8.10; 15,13s.19, et bien sûr dans le concept spécifique de "plénitude-plérôme" (plèrôma) qui devient dominant dans les "deutéro-pauliniennes" (Colossiens-Ephésiens) et la gnose. La première en revanche -- le "parfait-accompli" de 1 Corinthiens -- est commune (du point de vue du lexique, sinon du concept) avec le "parfait-accompli" des évangiles synoptiques (Matthieu 5,48; 19,21 etc.).]

-------------

A propos d'epiginôskô / epignôsis (voir le premier post de ce fil), je regrette à la réflexion de ne pas avoir pensé à signaler (ici et surtout dans la NBS !) une nuance possible, quoique beaucoup trop subtile pour être rendue régulièrement en traduction -- sauf à tomber dans la surtraduction grossière façon TMN, celle-ci se trompant en outre de sens; il ne s'agit évidemment pas de connaissance exacte -- la connotation éventuelle n'a rien à voir avec l'exactitude (ni avec la précision, "l'original anglais" accurate tient un peu des deux).

La nuance la plus caractéristique d'epiginôskô, là où elle joue sans l'ombre d'un doute, c'est re-connaître (l'arbre à ses fruits, Jésus incognito, marchant sur la mer ou ressuscité, Elie en Jean-Baptiste, l'infirme après sa guérison, l'enseignement de Jésus chez ses disciples, la voix de quelqu'un, la terre où l'on échoue, etc.; cf. Matthieu 7,16.20; 14,35; 17,12; Marc 6,33.54; Luc 24,16.31; Actes 3,10; 4,13; 27,39). Par extension, c'est un savoir second, obtenu après coup, qui résulte d'un événement, d'une information ou d'un processus cognitif; une conclusion, une déduction ou une constatation par exemple (à voir Zacharie gesticuler sans pouvoir parler, on "comprend" qu'il a eu une vision, Luc 1,22; on "apprend" que Jésus est à tel endroit, 7,37; Pilate "comprend" que Jésus relève de l'autorité d'Hérode après avoir demandé s'il était galiléen, 23,7; on "apprend" après coup l'existence d'un complot, Actes 9,30, on "comprend" qu'Alexandre est juif quand il a commencé à parler, 19,34, on torture, on instruit un procès, on mène une enquête pour "savoir", "vérifier" ou "s'assurer" de qqch, Actes 22,24; 23,28; 24,8.11; 25,10, on "comprend" trop tard que Paul est citoyen romain, 22. 29, on "apprend" que la terre où l'on a échoué et que l'on n'avait pas "reconnue" tout de suite est l'île de Malte, 28,1). Il est naturellement hors de question de traduire toutes ces occurrences du verbe de la même manière, a fortiori par "reconnaître", mais on voit bien le rapport.

Il se peut qu'une nuance analogue joue, y compris pour le substantif epignôsis, dans les occurrences où elle n'est pas si évidente, mais elle est plus difficile à apprécier (comme eût dit M. de La Palice) et quasiment impossible à (bien) traduire (d'autant qu'en français les confusions à éviter sont nombreuses: "reconnaître" est aussi employé pour le vocabulaire distinct de la "confession", "reconnaissance" pour la "gratitude", et si tout ça n'est jamais tout à fait sans rapport il ne faudrait pas non plus tout mélanger). Pour revenir à notre texte, il n'est pas impossible d'y entendre un chouïa (un écho, une harmonique, presque rien) de "je (re-)connaîtrai comme je suis (re-)connu" -- mais on ne peut guère rendre cette nuance éventuelle et en tout état de cause ténue sans surtraduire et générer des ambiguïtés étrangères au texte -- donc, en (bonne) traduction, on y renonce. Mais ça aurait probablement mérité d'être suggéré en note.

A toutes fins utiles, j'indique ci-après quelques références où une nuance similaire me semble pouvoir jouer tout aussi finement: Matthieu 11,27 (de la [re]-connaissance réciproque du Père et du Fils); Marc 2,8; 5,30; Luc 5,22 (de la [re]-connaissance par Jésus des pensées humaines) ; Luc 1,3 (de la [re]-connaissance des "faits" évangéliques); Romains 1,28.32 (de la [re]-connaissance "naturelle" de Dieu et de sa justice par la "conscience" des païens; cf. 10,2 qui pourrait se rattacher à cette idée a contrario); 3,20 (de la [re]-connaissance du péché par l'effet de la loi); 1 Corinthiens 14,37 (de la [re]-connaissance escomptée du caractère "spirituel" des consignes pauliniennes par les "spirituels"); 16,18; Philémon 6 (de la [re]-connaissance de la valeur de telle ou telle personne); 2 Corinthiens 1,13s; 6,9 (de la [re]-connaissance du ministère des "apôtres"); 13,5 (de la [re]-connaissance du Christ en soi); Ephésiens 1,17; 4,13; Colossiens 1,6s.10; 2,2; 3,10; 2 Pierre 1,2s.8; 2,20s (de la [re]-connaissance de Dieu ou du Christ dans sa révélation); Philippiens 1,9 (sans contexte déterminant, mais dans un parallèle intéressant avec la "sensibilité", aisthèsis = "esthétique"); 1 Timothée 2,4; 4,3; 2 Timothée 2,25; 3,7; Tite 1,1; Hébreux 10,26 (de la [re]-connaissance de la vérité).

Tout cela est bien sûr à replacer dans le contexte très général du concept grec (notamment mais pas exclusivement socratique, platonicien etc.) de la connaissance comme re-connaissance, qui peut d'ailleurs s'exprimer tout aussi bien par le simple verbe ginôskô ou le substantif gnôsis pourvu que le contexte y aide un peu. P. ex. Jean 10, les brebis [re]-connaissent la voix du berger; c'est d'ailleurs une notion centrale du johannisme (qui se contente toujours des formes simples, ginôskô et gnôsis, et même du plus banal oida, "savoir"), puis de la "gnose" dans toutes ses formes, que les "élus" reconnaissent le Christ et en celui-ci le Père parce qu'ils en sont eux-mêmes issus.
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