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 Nouveau livre. Turbulences, les Réformés en crise.

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le chapelier toqué

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MessageSujet: Nouveau livre. Turbulences, les Réformés en crise.   Ven 23 Déc 2011, 12:33

ECLAIRAGES jeudi 22 décembre 2011 (Journal LE TEMPS)
Un protestantisme à refonder
PATRICIA BRIELUn culte. Dans les cantons de Genève, Vaud et Neuchâtel, la population des réformés a diminué massivement.
(archives - © alessandro della bella/keystone )

> Religion Dans un livre qui vient de paraître, deux pasteurs proposent une analyse de la grave crise que traversent les Eglises réformées en Suisse romande
> Ils appellent les protestants à retrouver une éthique commune et à s’ouvrir à une spiritualité réformée
Le Temps: Vous faites le constat*
d’une crise éthique et spirituelle
au sein des Eglises réformées.
Comment se manifeste-t-elle?
Pierre Glardon (P. G.): La population des réformés a diminué massivement, du moins dans les cantons de Genève, Vaud et Neuchâtel. En moins de 50 ans, l’Eglise évangélique réformée vaudoise a perdu près de 50% de ses membres [en % de la population]. En dix ans, la diminution frise les 18% à Genève. Ensuite, les revenus des Eglises ont baissé. A Genève, dès les années 2000, le traditionnel soutien des banquiers s’est réduit de manière significative. A Neuchâtel, lorsque Philipp Morris décide de ne plus verser sa contribution ecclésiastique, tout l’édifice est financièrement fragilisé. Cela pose problème. Dans le canton de Vaud, même si les comptes 2010 ont présenté un résultat positif, la situation financière reste fragile. L’Eglise a par ailleurs perdu son impact socioculturel. On observe une régression des vocations et du bénévolat. Des ministres se plaignent fréquemment de démotivation. Le nombre d’étudiants en théologie est en baisse. Des revues cessent de paraître, des centres d’études et des librairies religieuses ferment leurs portes. Les prestations dans les domaines de la prédication, de la catéchèse, de la formation et de la liturgie se sont appauvries. Les Eglises souffrent d’acédie, voire de burn-out, tant des problèmes récurrents d’organigrammes, de cahier des charges, d’administration et de restructuration envahissent leur vie.
– Quelles sont les causes
de cette crise?
Eric Fuchs (E. F.): Il faut distinguer les causes internes à l’Eglise elle-même, et les causes externes, qui sont plutôt culturelles, philosophiques. L’influence des maîtres du soupçon, comme Freud, Marx, Nietzsche, Feuerbach, a été grande, également sur des théologiens qui sont allés jusqu’à remettre en question les fondements de la foi. L’histoire violente du XXe siècle a contribué à disqualifier la prédication des Eglises. Sur le plan interne, une sorte d’affaissement de la conscience de l’identité protestante a eu lieu. On a l’impression qu’être protestant, au fond, c’est être un peu libéral, ouvert à toutes sortes de courants de pensée, et surtout pas trop exigeant sur le plan moral.
P. G.: Il y a eu une dissociation de la déontologie et du message. A un moment donné, le dire et le faire se sont clivés à tous les niveaux, de la faculté de théologie au conseil de paroisse. Un souci de coller à la modernité, voire de s’y fondre, a été exprimé par un certain nombre de théologiens. D’un projet d’annoncer l’Evangile à tous, on est passé progressivement à une volonté de convenir à tous et de ne déplaire à personne. Le concept de pluralisme, selon lequel il importe d’admettre la coexistence d’opinions et de comportements socioculturels très différents, a conduit à une certaine mollesse spirituelle. Or une Eglise ne saurait considérer que tous les actes et les positionnements se valent. Sinon elle se condamne à véhiculer un message si consensuel qu’il en devient insignifiant.
E. F.: Tout n’est pas négatif dans cette volonté qu’ont eue les réformés de coller à la modernité. En ce qui concerne la réflexion théologique, nous avons essayé d’être attentifs à ce que cette modernité pouvait apporter. Dans le domaine de la réflexion fondamentale, aussi bien exégétique que dogmatique, le protestantisme a fourni au XXe siècle des œuvres de grande qualité.
– Dans votre livre, vous paraissez assez sceptiques sur certaines initiatives récentes des Eglises réformées pour se profiler dans l’espace public, comme les cultes nomades ou les Lieux phares à Lausanne. Pourquoi?
P. G.: Je salue le fait que des personnes tentent de trouver des solutions à la crise qui frappe les Eglises. Mais si ces tentatives restent dans un registre essentiellement communicatif, si elles se bornent à être trendy, indépendamment du fond, elles seront vouées à l’insignifiance dans la mesure où elles ne structureront pas la dimension spirituelle des gens.
E. F.: Ce qui nous manque, c’est la formation spirituelle. Des efforts remarquables ont été réalisés du côté de la formation intellectuelle et théologique, mais cela ne s’enracine pas dans le concret de la vie spirituelle des gens.
P. G.: Par vie spirituelle, nous entendons l’axe transformatif de l’Evangile. L’interprétation exégétique doit déboucher sur une réflexion concernant nos attitudes, nos comportements et nos pratiques. En restant crochés aux problématiques historiques et textuelles sans déboucher sur des problématiques comportementales et transformatives, nous restons en quelque sorte dans une montgolfière qui n’atterrit jamais.
– Le protestantisme est resté
trop intellectuel?
E. F.: Oui, on peut lui faire ce reproche. Les Eglises évangéliques, avec un message qui peut paraître discutable, touchent les gens grâce à une sensibilité que le protestantisme réformé a de la peine à développer.
P. G.: Le rationalisme du XIXe siècle a opéré une division entre ce qui est subjectif et objectif. Dans l’approche réformée, le subjectif suscite la méfiance. L’impasse a été faite sur la fonction intuitive de l’être humain, qui n’est ni objective, ni subjective, mais qui se situe dans d’autres zones de l’expérience humaine et du cerveau. Cette dimension a été complètement évacuée. Aujourd’hui, nous ne pouvons plus nous situer dans le monde sans être attentif à cette fonction intuitive de la conscience, qui est aussi importante – Jung l’a montré – que les fonctions affectives, cognitives et sensitives. La formation doit tenir compte de ces éléments et s’ouvrir à la pluridisciplinarité.
E. F.: Dans nos milieux exégétiques, nous avons confondu véracité et vérité. Nous pensions que la vérité est quelque chose d’objectif, de rationnel et de démontrable: ce fut une confusion dramatique. Si l’on se bat pour la seule interprétation historico-critique, nos facultés n’aident pas à la découverte de la dimension symbolique et esthétique du texte. Si on se rabat sur une pure interprétation rationnelle des textes bibliques, on en perd tout le sel.
– Que doivent faire les Eglises
réformées pour retrouver le cœur
de leur identité?
P. G.: Les réformés ont environ quinze ans pour agir. Par chance, ils disposent encore en leur sein, dans leurs communautés et paroisses, de suffisamment de compétences et de bonnes volontés pour y parvenir. Mais les fondations sont ébranlées. Dans notre livre, nous soutenons qu’ils doivent retrouver leur identité spécifique, entre une aile théologiquement à droite, évangélique, et une aile de gauche, qui n’est pas loin de rejoindre un certain agnosticisme. S’ils veulent se resituer de manière pertinente et se refonder, les réformés seront contraints de revoir la formation de leurs professionnels et de leurs bénévoles, de définir une discipline ecclésiale minimale, et de remettre l’accent sur l’importance de la spiritualité.
E. F.: Les programmes universitaires en théologie devraient contenir des éléments de formation à la vie spirituelle. Il faudrait enseigner les grands textes de la Tradition spirituelle. A Genève, quand je le demandais, on m’a toujours objecté que la spiritualité était une affaire privée. Comme si la théologie était séparable de la spiritualité, qui la nourrit. C’est absurde. La solitude actuelle des pasteurs me désole. Ils font quatre ou cinq ans de théologie. Ensuite ils sont lâchés dans une paroisse avec peu d’accompagnement. Nous ne couperons pas à la mise en place d’une forme d’épiscopat réformé. Il faut qu’il y ait bientôt dans nos Eglises protestantes un pasteur des pasteurs. On dit que c’est le cas du modérateur à Genève. Mais il n’exerce cette fonction que pendant trois ans et puis il s’en va.
– Vous avez soulevé l’importance d’une discipline ecclésiale minimale. C’est-à-dire?
E. F.: Il s’agit ici essentiellement d’éthique. En tant que chrétiens, nous nous référons à une parole qui fixe des limites: c’est-à-dire un espace dans lequel la liberté peut s’épanouir. C’est ce que fait le Décalogue, qui ne dit pas ce qu’il faut faire, mais ce qu’il ne faut pas faire. Il instaure le cadre de la liberté, pour rendre celle-ci féconde.
P. G.: Les Eglises doivent dire clairement ce qui est possible et ce qui n’est pas possible, tracer des frontières. Les réformés doivent reconnaître la nécessité d’une autorité institutionnelle ecclésiale. Pour dépasser le flou identitaire, nous devons établir des règles et des conditions fondant réellement une appartenance ecclésiale, et accepter de nous démarquer face à la société, ou face à d’autres confessions ou religions. Par exemple, les Eglises protestantes devraient avoir le courage de dire d’une seule voix que le mariage religieux entre personnes de même sexe ou l’homoparentalité ne sont anthropologiquement pas compatibles avec les fondements bibliques de la foi réformée. Sans jugement moral porté sur les personnes.
– Sur le terrain de la spiritualité,
que proposez-vous?
P. G.: L’Eglise doit devenir un lieu de formation civile, sociale et spirituelle, qui propose des repères identitaires et offre aux jeunes de quoi construire leur intériorité. Un certain positionnement réformé est en complet décalage avec les besoins du temps. Une partie de la proclamation des Eglises, à la suite des théories psychanalytiques, s’est concentrée sur la nécessité de ne plus frustrer, de ne plus contraindre. Aujourd’hui, la demande réelle des jeunes ne porte pas sur le fait d’être libérés d’un surmoi écrasant, mais sur le besoin de recevoir des repères.
– Revalorisation de la spiritualité,
de la liturgie, de l’autorité…
Vos propositions ne visent-elles
pas somme toute à recatholiciser l’Eglise réformée?
E. F.:Disons plutôt à retrouver des richesses qui appartiennent au «meilleur» de toute la Tradition chrétienne. C’est un des beaux fruits de l’œcuménisme qui a appris et permis aux protestants et aux catholiques de redécouvrir leurs richesses mutuelles. Les catholiques ont découvert l’intérêt du travail sur la Bible. Les protestants la grandeur d’une piété ecclésiale et sacramentelle. La seule chose qui me gêne vraiment dans le catholicisme, c’est l’institution vaticane, un instrument de pouvoir qui n’a plus grand-chose de spirituel ni de théologique.
– Entre 1950 et 2000, l’Occident
a changé de mythologie. Ses héros
ne sont plus les saints, les héros grecs ou bibliques, mais les people,
les acteurs, les traders, etc. L’univers de la consommation imprègne désormais profondément le psychisme humain. Dans un tel contexte, les Eglises ne sont-elles pas vouées
à crier dans le désert?
P. G.: Non. La soif de sens reste grande. Mais nous devons développer un nouveau langage.
– C’est-à-dire?
P. G.: La forme du culte doit changer. Nous avons besoin d’une unification minimale de nos liturgies. Prédicateurs et formateurs doivent être formés à mieux partager les concepts structurants proposés par les Ecritures, qui invitent autant l’humain à croire qu’à cheminer et à maturer, spirituellement et psycho¬affectivement. Nous croyons ceci possible, même s’il y a urgence.
* Turbulences. Les Réformés en crise. Analyses et propositions, Ed. Ouverture, Le Mont-sur-Lausanne, 326 p.

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