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 Qu'est-ce que la grâce ?

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free



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MessageSujet: Qu'est-ce que la grâce ?   Mer 11 Jan 2012, 18:37

Voilà un terme mystérieux et inconnu du vocabulaire d'un TdJ ou d'un ex-TdJ.

Que veut dire le mot grâce comme dans Ép 2,8 ?

"Car c'est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu"

La grâce désigne la bonté sans limite de Dieu ... loin du Dieu qui comptabilise les bonnes et les mauvaises actions, loin du Dieu qui détruit.

Paul pose cette question : "Que dire alors ? Qu'il nous faut rester dans le péché, pour que la grâce se multiplie ? Certes non !" - Rm 6,1 -

Paul soulève une question interesante, la grâce ne va-t-elle pas déresponsabiliser l'homme et le pousser à faire le mal ?

Que devient la morale dans un système ou la grâce sauvera de toutes manière du péché ?

Je trouve que la grâce est une façon d'accorder une confiance totale à l'homme.
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le chapelier toqué

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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Mer 11 Jan 2012, 19:59

Effectivement le terme grâce est remplacé par "faveur immérité" dans la TMN

Dans le dictionnaire historique de la langue française, le Robert, on peut lire notamment:

Grâce à partir du XIIe s., développe trois sens principaux conservés du latin "reconnaissance", "ce qu'on accorde à qqn-2 et "agrémen". Grâce signifie d'abord (v.1050 par le Deu grace) "faveur de Dieu", "aide de Dieu qui rend l'homme capable de parvenir au salut", d'où plus tard les locutions an de grâce (v.1380), état de grâce (1456), à la grâce de Dieu (attesté anormalement tard 1872)......
Depuis le milieu du XIIe s- grâce signifie enfin, par réemprunt au latin, "charme d'une chose, puis (fin XIIe s.) "d'une personne".
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Ami

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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Jeu 12 Jan 2012, 01:42

Le tout est de déterminer si nous sommes toujours sous la Loi ou pas. Si nous restons attachés à la loi, nous tombons sous le jugement de la loi. À l'inverse si la grâce nous est accordées alors plus de jugement . Le libre arbitre fait son apparition . Cette nouvelle situation est déstabilisante. Qu'est-ce qui est bien ou mal ? Qui suis-je ? Ou sont les limites ?

De part cette grâce , nous ne nous retrouvons plus dans le cadre d'un enseignement unique , d'une seule voie, d'une seule vérité . Mais plutôt une descente aux enfers,pour vider notre "moi", un bon décrassage pour ne plus juger l'autre. Cette grâce nous montre,que diables/demons fait partie de nous .Que Satan est aussi "en"Jéhovah.
Voilà un cheminement étonnant !
La loi en son temps a été pour nous un bon pédagogue, beaucoup ,"grâce" a elle ,sont maintenant des créatures libres d'esprit.


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le chapelier toqué

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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Ven 13 Jan 2012, 16:45

Lorsqu'un Roi où, version plus moderne, un gourvenement accorde la grâce à des prisonniers à l'occasion d'un évènement politique, il l'accorde à des personnes vivant toujours sous le coup d'une condamnation.
Les personnes libérées sont désormais libres de leurs mouvements sans avoir à répondre des actes du passé.
Dieu fait de même sans que nous ayons besoin de vivre perpétuellement en pensant à nos actions passées où à un éventuel héritage pesant sur la race humaine.
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free



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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Ven 13 Jan 2012, 17:33

Citation :
Effectivement le terme grâce est remplacé par "faveur immérité" dans la TMN



Je trouve que l'expression "faveur imméritée" contient une notion péjorative, on a l'impression que Dieu accorde sa "Grâce" ou sa faveur, contraind et forcé. Il me semble que le NT décrit Dieu offrant généreusement sa "Grâce".

Eph 1,3, 6 et 7 : "Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ. à la louange de gloire de sa grâce, dont Il nous a gratifiés dans le Bien-aimé. En lui nous trouvons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce"

Rm 8,32 : "Lui qui n'a pas épargné son propre Fils mais l'a livré pour nous tous, comment avec lui ne nous accordera-t-il pas toute faveur ?"
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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Sam 14 Jan 2012, 10:22

Free a écrit:
Citation :
Voilà un terme mystérieux et inconnu du vocabulaire d'un TdJ ou d'un ex-TdJ.

Personnellement, c'est un terme que j'utilise depuis des années dans mes prières, y compris publiques (quand j'en faisais Razz )... dans l'expression: nous te rendons grâce, ou je te rends grâce, qui emporte l'idée de profond ou intense remerciement ou sentiment de reconnaissance envers Dieu.

Mais bon, c'est vrai que ce n'est pas une formulation en vogue chez les TJ...
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VANVDA



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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Mar 17 Jan 2012, 23:30

Le terme "grâce", comme le terme "amour" a une définition que tout le monde connait et que personne ne peut pourtant cerner définitivement.

Il y a bien la notion de faveur, et de gratuité (immérité), mais traduire ainsi (faveur immérité) c'est à mes yeux enfermer ce mot qui enferme tout un monde dans sa fenêtre de lecture la plus étroite.

La grâce, dans les textes, c'est aussi la joie, c'est aussi ce qui "charme", c'est aussi la générosité de l'économie divine, la clémence et la compassion, c'est aussi la fidélité et l'attachement (réciproques, pour le coup, même si c'est à partir deux positions non-interchangeables, bien sûr, comme le rappelle Naaman ci-dessus). C'est tout ça à la fois, et sans doute encore un peu plus.

Il arrive même parfois qu'elle se confonde avec le kérygme chrétien tout entier...
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Ami

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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Sam 21 Jan 2012, 10:34

Peut-être , un ticket d'entrée vers la plénitude .
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free



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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Lun 16 Avr 2012, 11:44

Je ressens un sentiment partagé et contradictoire à la lecture de Rm 3,10 ss :

"comme il est écrit : Il n'est pas de juste, pas un seul, il n'en est pas de sensé, pas un qui recherche Dieu. Tous ils sont dévoyés, ensemble pervertis ; il n'en est pas qui fasse le bien, non, pas un seul. Leur gosier est un sépulcre béant, leur langue trame la ruse. Un venin d'aspic est sous leurs lèvres ... "

L'idée d'un Dieu qui prend l'initiative de sauver TOUTE l'humanité par la "grâce" me séduit, dans le même temps ce texte offre une conception pessimiste de l’humanité corrompue, l’humain est rabaissé, voire jusqu’au mépris. Il semble que l'auteur établit un contraste, Dieu est d’autant plus glorifié que l'humain et rabaissé (3,14 "la malédiction et l'aigreur emplissent leur bouche").

La grâce divine a un prix .... ou est-ce la seule façon de justifier la grâce ?
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Mer 25 Jan 2017, 12:57

Venant de je cherchais si nous avions déjà consacré un fil à la "grâce", et le premier que je trouve en remontant dans les archives est celui-ci, que je ne connaissais pas.

Si je ne l'avais pas trouvé, j'en aurais peut-être ouvert un nouveau dans la rubrique "Un jour, un verset", pour faire consonner deux énoncés issus de textes profondément antagonistes (le Prologue de l'Evangile selon Jean "proto-gnostique", l'épître à Tite des Pastorales "anti-gnostiques"):
La grâce et la vérité, par Jésus-Christ, est advenue (Jean 1,17; je maintiens contre la syntaxe "normale" l'accord du verbe au singulier, egeneto; "la grâce et la vérité" sont déjà ensemble au v. 14, "la grâce" toute seule mais répétée au v. 16, dans l'expression "grâce pour/contre grâce").
La grâce de Dieu, salut, s'est manifestée (epephanè) pour tous les hommes. (Tite 2,11)
Où je remarque que la grâce apparaît, comme un événement qui "advient" ou "arrive", ou comme une "épiphanie", la manifestation d'un "phénomène", l'apparition de ce qui n'était pas apparent (ce qui est d'ailleurs, pour Heidegger mais pas seulement pour lui, le sens et l'essence mêmes de la "vérité", alètheia). Dans les deux cas, à un certain moment d'une histoire ou d'un procès qu'elle affecte pourtant, rétroactivement, dès le commencement (c'est évident dans le Prologue où ce qui "advient" en Jésus-Christ est ce qui était "au commencement", et dans Tite par le sens même de l'"épiphanie").
Je rapprocherais cela du fait, ou de l'observation, que c'est relativement tard dans les textes du NT que le concept de "grâce" apparaît, se dégage, et devient alors dominant, de façon quasiment "irrésistible" (on sait par ailleurs que le caractère "irrésistible" de la grâce va devenir un enjeu majeur et récurrent de la théologie chrétienne, Augustin, Luther, Calvin, Jansenius).
Autrement dit, on ne commence jamais par la "grâce" (on commence par la "loi", dit expressément le début de Jean 1,17 avec la tradition paulinienne à partir de l'épître aux Romains); mais quand elle apparaît, quand on la trouve, on ne la quitte plus, et on la retrouve dès lors depuis le "commencement". Tard venue, tard apparue, mais rétrospectivement éternelle, universelle, récapitulative, "embrassante" au sens de l'anglais embracing. Et elle réconcilie les idées les plus contradictoires, la "foi" et les "œuvres", ou encore l'"amour".
A la faveur d'une certaine négativité: la "grâce" c'est la non-loi, la non-justice, la non-justification, la non-logique, la non-comptabilité d'une gratuité qui est pourtant ressentie comme plus positive que toute loi, toute justice, toute justification, toute logique et toute comptabilité. Amazing Grace.

---

Dans l'intéressante discussion qui précède (de cinq ans !), je relève une contradiction elle-même fort intéressante, entre le premier et le dernier post de free (qui veut aussi dire "gratuit"): "confiance totale à l'homme" d'une part, "conception pessimiste de l'humanité corrompue" d'autre part. En effet la grâce implique les deux dans leur contradiction, et tous les "penseurs de la grâce" ont été des penseurs de la "corruption totale", furieusement optimistes et pessimistes, lumineux et obscurs à la fois. Une confiance absolue dans le pire, si je puis dire, avec toute l'ambiguïté de cette formule.

---

Je m'explique un peu sur le côté "tardif" de la grâce (en grec kharis, qui a donné en français "charité", comme traduction classique de l'"amour" qui est pourtant en grec un tout autre mot, agapè; et "charisme" pour kharisma qui est effectivement dérivé de kharis): le mot est assez fréquent dans la Septante, mais ce n'est pas, au moins au départ, un "mot-clé" correspondant à une notion théologique "centrale". Son emploi le plus régulier, surtout dans les premiers livres (qui sont aussi les plus anciennement traduits), correspond à l'hébreu hen, avec le sens esthétique et affectif qui a été souligné plus haut (grâce = charme), notamment dans l'expression calquée de l'hébreu jusqu'en français, en passant par le grec et le latin, "trouver grâce aux yeux de qqn". L'association "grâce et vérité" rappelle bien une formule hébraïque, hesed wa'emeth, mais ce n'est justement pas ainsi que celle-ci est généralement traduite en grec: dans les psaumes, p. ex., hesed est plutôt rendu par eleos etc. (pitié, miséricorde, compassion, cf. Kyrie eleison). Par contre, plus le temps passe et plus le mot de kharis devient "important", par exemple dans la traduction des Proverbes ou du Siracide, ou dans l'écriture (gréco-)grecque de la Sagesse ou des Maccabées.

De même dans le NT, et dans plusieurs "lignes" du NT. Chez Paul, le mot est assez accessoire dans la correspondance corinthienne (p. ex. la salutation "grâce et paix") avant de devenir important dans Romains, mais plutôt de façon instrumentale: le concept de grâce est utile pour opposer la "foi", pistis, terme beaucoup plus "central" dans l'épître, aux "œuvres". C'est dans les "deutéro-pauliniennes", Colossiens-Ephésiens, que "la grâce" s'autonomise comme "principe salvateur" à laquelle la "foi" même est subordonnée. Du côté des évangiles, kharis n'apparaît (sauf oubli de ma part) ni chez Marc, ni chez Matthieu, seulement chez Luc (et dans les Actes). Il est aussi absent de Jean, sauf dans le Prologue ajouté après coup.

Voilà, dans les très grandes lignes, ce que je voulais remarquer (on pourra revenir sur le détail et nuancer tant qu'on voudra): on ne pense pas d'abord à la "grâce", mais on y arrive forcément, par des chemins très différents. Et dès qu'on y arrive, ou qu'elle arrive ou apparaît, elle devient le concept ou l'anticoncept dominant, qui à la fois explique ou justifie (notamment par l'absurde de la "gratuité") et relativise tout ce qu'on a pu dire précédemment. Comme chez Bernanos, "tout est grâce" est le mot de la fin -- autant de fois qu'on y arrive.
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free



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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Mer 25 Jan 2017, 16:15

Merci Narkissos pour cette très belle analyse.

Il y a chez Paul, une espèce de surenchère quand il parle de la "grâce, par exempl en Rm 5,20 ; il affirme : "là où le péché a proliféré, la grâce a surabondé" et il conclut : "afin que (...) la grâce règne pour la vie éternelle par Jésus Christ, notre Seigneur.".

On a l'impression que la "grâce" occupe toute la place, elle englobe et couvre TOUS les péchés et la vies de croyants.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Mer 25 Jan 2017, 16:41

En effet, la grâce convoque tout un vocabulaire de la plénitude et de l'excès (richesse, abondance, surabondance, débordement, rayonnement, générosité, somptuosité, gloire, puissance, règne, souveraineté, etc.). Mais le plus remarquable c'est qu'elle fait précisément cela à partir d'une extrême indigence sémantique, voire d'une pure vacuité ou négativité conceptuelle (non-justice, non-droit, non-loi, non-compte, etc.). La grâce peut s'étendre à la totalité du monde et de l'histoire, et tout régir, parce qu'elle n'a pas de "contenu" propre -- inutile sans doute de souligner les échos de ce paradoxe dans la pensée taoïste ou bouddhique p. ex.

---
Ce qui vient en question à partir de là, c'est la question du titre, "qu'est-ce que la grâce", question de l'être, de l'essence ou de la "quiddité" (quid est, qu'est-ce que c'est); "la grâce" est précisément, comme tout mot peut-être, comme tout mot élevé au rang de principe universel en tout cas, ce qui n'est rien, ce qui n'est pas du tout, ce qui remet en question la question "qu'est-ce que". Ce qui régirait le monde et l'histoire, que je l'appelle "grâce", "amour" (comme Dante), "providence", "justice", "sagesse", "logos", "raison", "esprit", "bien", "être", "hasard", est un mot vidé de tout contenu précis par son élévation même à la suprême puissance. Et à ce jeu-là il faut reconnaître que la "grâce", par la tournure "gracieuse" de son "vide" originel, autant comme négation de tout principe que comme "je ne sais quoi" qui "charme", par la coïncidence entre les deux, se prête particulièrement bien; elle y est pour ainsi dire prédisposée, même si ce n'est pas le premier mot qui vient à l'esprit, s'il faut passer par d'autres pour arriver à celui-là.

---
Voir éventuellement ici, , ici ou là.

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Un autre point qu'il me paraît important de souligner dans ce qui vient d'être dit, c'est que la "grâce" a partie liée avec la souveraineté et spécialement avec la monarchie. Dans le texte paulinien cité par free elle règne, même si par ailleurs -- comme disait Baudelaire de Dieu -- elle n'a pas besoin d'exister pour régner. D'où le fait que le "droit de grâce" présidentiel (comme on l'a vu illustré récemment par Hollande ou Obama) est régulièrement dénoncé comme antidémocratique, vestige d'ancien régime et de régime tout court (régime, régir, règne, régner, royaume, royauté < rex), parce qu'il se pose comme une exception transcendante au droit, à la loi, aux institutions législatives et judiciaires, à la constitution, etc. Exception tolérée cependant, et même inscrite ou réinscrite dans le droit parce que paradoxalement elle le fonde (toute institution ou constitution, même démocratique, est instituée ou constituée par un acte de souveraineté arbitraire, de pouvoir ou de force sans loi, hors loi, que ce soit un sacre ou une révolution). Dans la grâce la liberté ou la gratuité est essentiellement liée à une transcendance de type monarchique ou aristocratique. C'est l'arbitraire, le pouvoir brut sans autre principe ou justification que lui-même, en un mot l'anarchie de la monarchie. Et cela -- qu'on appelle aussi le bon plaisir -- contribue étrangement à son charme.
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Mer 08 Fév 2017, 16:16

Cf. la discussion sur le sujet -- à la fois connexe et distinct -- de la compassion, où l'on a aussi parlé de la grâce (7-8.2.17). Je reproduis ici ce qui s'y rapporte, à partir d'un commentaire d'Exode 33,19:

Narkissos a écrit:
A noter (bien qu'on l'ait souvent fait) que ce texte est le "commentaire" le plus direct du "commentaire" sur le nom de Yhwh (3,14ss), dont il transpose la structure d'un verbe d'état (hyh, être, devenir, advenir) à deux verbes d'action (et d'émotion) transitifs (hnn et rhm, faire grâce [à] et avoir compassion ou pitié [de], qui appellent des compléments d'objets directs en hébreu, indirects en traduction française):
- 'hyh 'šr 'hyh, "je suis/serai qui/ce que/que je suis/serai";
- j'invoquerai (dit Yhwh) le nom de Yhwh : whnty 't-'šr 'hn wrhmty 't-'šr 'rhm, "je ferai grâce à qui je ferai grâce et j'aurai compassion de qui j'aurai compassion."

C'est en effet toute la logique sans logique de la "grâce", la loi sans loi ou la règle sans règle de l'exception: il n'y a ni logique, ni loi ni règle pour en rendre compte, pour la justifier a priori ou a posteriori. "Yhwh" selon l'Exode, c'est ça. L'arbitraire à l'état pur, si l'on veut, mais paradoxalement fondateur de loi et de règle. Que cela s'exprime avant tout dans le registre de la "grâce" et de la "compassion" (chap. 33), comme dans celui de l'"être" ou du "devenir" (chap. 3), n'est pas indifférent. Affinité secrète du "je ne sais quoi" qui décide sans raison ou contre toute raison en faveur de l'un plutôt que de l'autre (la grâce), et de l'émotion spontanée, qui ne se commande pas mais se porte d'elle-même vers telle souffrance plutôt que telle autre (la compassion), avec l'expérience de l'être même (en-deçà de tout "pourquoi", il y a, ceci plutôt que cela, quelque chose plutôt que rien; et "Dieu" ne peut "être" que de la même manière, sans explication ni justification autre qu'auto- ou tauto-logique, si tout -- "création" et "providence" -- doit s'expliquer ou se justifier par lui seul; c'est le B-A-BA du monothéisme, qui fonctionnerait même en hébreu avec les deux premiers mots de la Genèse tels que les commente l'exégèse rabbinique: b-r'šyt 'lhym, beth-'aleph, "au commencement Dieu").

Et bien sûr cette il-logique marquera profondément, quoique à chaque fois différemment, tous ceux qui s'en approcheront: Paul, Augustin, Luther, Calvin, les jansénistes, entre autres. La fascination de la grâce est tout à la fois une fascination de l'arbitraire, de la liberté, de la volonté, de la pure puissance, de la violence prépondérante du fait accompli, du droit sans droit du premier et du plus fort, de l'anarchie de la monarchie divine qui est au-dessus de toute loi et n'a de comptes à rendre à personne (voir l'autre fil); mais aussi de la "compassion" qui s'oriente et s'ordonne elle-même.

free a écrit:
Faire grâce

Mentionnons rapidement un verbe hébreu fondamental : ḥanan. Le substantif principal est ḥen ; on trouve aussi ḥannah.
Le sens correspond assez bien à l’expression française courante : « faire grâce, favoriser » au sens d’accorder une faveur. Une traduction littérale serait : « gratifier », difficile cependant à employer en français courant.
Gn 33, 5.11 : « Lorsqu’il leva les yeux et qu’il vit les femmes et les enfants, il demanda : « "Qui sont ceux que tu as là ?" Jacob répondit : "Ce sont les enfants dont Dieu a gratifié (ḥanan) ton serviteur." […] Accepte donc le présent qui t’est apporté, car Dieu m’a favorisé et j’ai tout ce qu’il me faut. »
Ps 4, 2 : « Quand je crie, réponds-moi, Dieu de ma justice ; dans l’angoisse tu m’as mis au large ; = fais-moi grâce ; écoute ma prière ! »
On lit souvent une expression complémentaire : « trouver grâce » : ainsi il est dit, en Gn 6, 8, que « Noé avait trouvé grâce (matza ḥen) aux yeux du Seigneur. » Voir aussi Gn 18, 3 ; 19, 19. L’expression dénote le constat d’un état de fait pour lequel le bénéficiaire ressent une certaine surprise. Elle souligne l’initiative de la personne qui est à l’origine de cette faveur.

http://biblissimo.over-blog.com/2016/05/vocabulaire-biblique-misericorde.html

Narkissos a écrit:
Cf. (encore) la discussion, a bien des égards parallèle, sur la grâce (en particulier à partir du 25.1.17).

Les deux idées sont en effet connexes et rapprochées par les parallélismes quasi synonymiques des textes mêmes (comme on vient de le voir en Exode 33).

Elles sont cependant distinctes, par le rattachement de la "grâce" (hen, hnn) au "charme" (qui fait par exemple que la "grâce" de l'AT n'est pas aussi "gratuite" ni "sans cause" que la kharis du paulinisme: il y a ce "je ne sais quoi" qui la suscite et la motive, dans des structures de causalité parfois complexes, p. ex. Dieu donne à X de trouver grâce aux yeux de Y, Y étant alors le "supérieur" de X, roi, maître, mari, et X "à la merci de" Y; cf. p. ex. Genèse 39,21; Exode 3,21; 11,3; 12,36) et de la "compassion" (rhm) à la souffrance, au besoin, à la misère (d'où miséricorde), etc. C'est très voisin, c'est toujours un "affect" dirait-on aujourd'hui, mais pas le même (autre tonalité affective ou émotive: on peut être également "touché" et "ému" par le "charme" ou par le "malheur" de qqn, mais pas de la même manière).

Remarques supplémentaires (sur la grâce, donc):

1. Ce qui en Exode 33,19 fait penser à la "grâce" au sens paulinien et subséquent (ce qui est sans cause ou sans raison), outre le fait que l'épître aux Romains le cite, c'est la structure même de l'expression, plutôt que le mot (hnn) éventuellement traduit par "faire grâce" et qui fonctionne dans le parallélisme comme un (quasi-)synonyme de la "compassion" (rhm). Ce qui ressortit à la "grâce" au sens paulinien, c'est précisément la tautologie "je fais ce que je fais" = "je fais ce que je veux" -- autrement dit, inutile d'aller en chercher une explication ou une justification ailleurs qu'en "Dieu" même ou dans sa "volonté" -- dans une quelconque "loi", "logique", "justice", etc. C'est d'autant plus évident que dans la version grecque (Septante) que cite Romains 9,15 il n'y a aucun mot apparenté à kharis, mais deux verbes (quasi-)synonymes exprimant la compassion (eleeô / oiktirô). Dans la pensée de l'épître aux Romains, c'est la notion de "volonté" (libre, indéterminée, inconditionnée) qui est la plus proche de la "grâce" (voir le contexte et en particulier le v. 18: qu'il s'agisse de "compassion" ou d'"endurcissement", la règle -- sans règle -- c'est "qui il veut").

2. En cela la "grâce" paulinienne est très différente de la "grâce" de l'AT (hen, hnn), qui est "motivée" et "motivante", même si elle l'est de façon subtile -- "la grâce" de quelqu'un qui lui fait "trouver grâce" aux yeux d'un supérieur, et qui peut d'ailleurs être associée à un cadeau, présent, offrande (p. ex. Genèse 32,5; 33,8 ) -- au contraire de la "grâce" paulinienne qu'il n'est pas question de "gagner", ni par ce qu'on est ni par ce qu'on fait.

3. Malgré son insistance sur l'arbitraire de la volonté divine, la grâce paulinienne ne débouche pas sur une pure symétrie logique de la faveur et de la défaveur, de l'approbation et de la réprobation, de la justification et de la damnation (contrairement à la double prédestination calviniste telle qu'elle est communément comprise; je n'entre pas ici dans la question fort complexe des interprétations de Calvin lui-même): c'est, si je puis dire en soulignant le paradoxe, une totale indétermination totalement déterminée ou orientée dans le "bon" sens. D'où l'importance, même chez Paul, de son affinité avec la "compassion" -- qui revient significativement au terme de Romains 9--11, en 11,32: toutes les oppositions symétriques qui ont illustré l'absolue "liberté" divine, p. ex. Isaac/Ismaël, Jacob/Esaü, Israël/Pharaon, à contre-emploi systématique dans une argumentation relative à la distinction juifs/païens, sont dépassées dans une conclusion "universaliste", si l'on veut; mais nécessaires pour que cet "universalisme" soit de grâce et non de droit, qu'il ne devienne jamais une "loi" ou une "norme".

4. Cela affecte toutes les résonances politiques du thème. Si d'un côté on peut relever à bon droit une complicité "dangereuse" (surtout d'un point de vue moderne) de la "grâce" avec la tyrannie, l'autocratie et le totalitarisme (qu'on n'a pas manqué de convoquer pour expliquer la vulnérabilité du luthéranisme au nazisme), il faut remarquer aussi que la "grâce" ne fonde jamais aucun "régime" sans le subvertir du même geste: ce que l'arbitraire d'un bon plaisir divin ou d'une révolution populaire fonde ou instaure, il peut aussi le renverser. De fait, dans toute situation "normale", dans l'ordinaire d'un Etat de droit, république ou monarchie constitutionnelle, la "grâce" est structurellement exclue, elle n'a pas à intervenir, sauf exception strictement encadrée et délimitée, quoique (par définition) essentiellement indéterminée (p. ex., la loi peut dire dans quels cas il peut y avoir "grâce" royale ou présidentielle; elle ne peut pas, en revanche, régir ou déterminer son exercice effectif, prescrire au roi ou au président s'il "doit" faire grâce ou non, sans quoi il n'y a plus du tout de grâce, ni de pouvoir, ni de décision); hors exception, donc, elle est reléguée dans le mythe fondateur qui ne justifie le statu quo qu'en le menaçant d'un autre "coup de grâce", coup d'Etat, révolution de palais ou révolution tout court (le mot même de "révolution" suggérant comme une promesse ou une menace de retour). Du reste l'Etat de droit n'est pas seulement menacé "eschatologiquement" par le mythe qui le fonde, par le "commencement" qui pourrait lui revenir sous forme de "fin", il en est travaillé souterrainement de part en part -- par ce qu'on pourrait appeler une nostalgie de la liberté, de l'arbitraire, de l'indétermination, de la puissance pure, d'une certaine "nature" sauvage opposée à l'état conventionnel et ordinaire des choses, réactive et coextensive à la "normalité" même (on pense à Rousseau bien sûr, à ce qui chez Rousseau même résiste au "contrat social"). Il y va de tout cela dans la "grâce".

5. C'est bien cette "capacité d'accueil" d'une notion quasi vide, mais foncièrement positive, son hospitalité propre à rassembler à peu près tous les sujets susceptibles de nous tenir à cœur (amour, liberté, volonté, pouvoir, justice, beauté, joie, etc.), à les relancer ou à les renouveler en dépassant leurs contradictions et en leur conférant une tonalité et un éclairage heureux et favorables, que je trouve littéralement fascinante dans le mot de "grâce" (kharis-khara-khôra etc.).
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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Ven 10 Fév 2017, 12:28

Merci Narkissos pour la beauté de tes explications, tu as été touché par la grâce Idea

Ton analyse m'a permis de (re)découvrir l'épitre aux romains sous un autre angle. On peut, ne pas être d'accord avec Paul, mais on ne peut pas rester insensible à la puissance et la beauté de son raisonnment. En te lisant j'ai pensé à un texte de l'épitre aux Romains (8,31 ss) :


 "Que dire de plus ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous, comment, avec son Fils, ne nous donnerait-il pas tout ? Qui accusera les élus de Dieu ? Dieu justifie !
Qui condamnera ? Jésus Christ est mort, bien plus il est ressuscité, lui qui est à la droite de Dieu et qui intercède pour nous ! Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La détresse, l’angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ? selon qu’il est écrit : A cause de toi nous sommes mis à mort tout le long du jour, nous avons été considérés comme des bêtes de boucherie. Mais en tout cela, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. Oui, j’en ai l’assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Autorités, ni le présent ni l’avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur."


Le texte précise, "Si Dieu est pour nous" et non, 'Si Vous êtes pour Dieu', soulignant le choix souverain de Dieu de choisir des élus. Ces élus ayant Dieu avec eux, sont exemptés de tous jugements et au dessus de toutes accusations ou condamnations, car Dieu justifie. Rien ne peut séparer les élus de l'amour que Dieu a déposé librement sur eux.


Dernière édition par free le Ven 10 Fév 2017, 14:42, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Ven 10 Fév 2017, 13:53

En tout cas on voit bien comment cet "optimisme théologique" de la grâce requiert, comme un moment logique, rhétorique, presque théâtral de son il-logique ou de sa para-logique générale, un "pessimisme anthropologique" absolu (ce qui rejoint l'une de tes interrogations dans la première partie de ce fil): il faut dénier à "l'homme" (contre toute "raison", tout "bon sens", jusqu'à la mauvaise foi incluse s'il le faut) toute autonomie, tout droit, tout mérite, toute "justice" propres pour que la "grâce" fonctionne comme seul principe salvateur. Au fond les deux mouvements contraires de cette dialectique -- le déni de droit propre et l'affirmation de la grâce pure, absolue, universelle -- sont aussi violents l'un que l'autre, c'est le flux et le reflux créateur, destructeur et rédempteur de la même violence. (Etant entendu que la rhétorique doit entamer cette "trinité" par le milieu, c.-à-d. par son moment destructeur: c'est en mettant en question l'ordre juridique et moral présent qu'on peut montrer qu'il n'est ni premier ni dernier, ce qui est exactement l'angle d'attaque de l'épître aux Romains: tous pourris, juifs et païens, impuissantes leurs lois respectives, MAIS la grâce de Dieu vient de plus loin et va plus loin que cet horizon-là).

C'est dire, d'une part, que nous ne sommes pas psychologiquement égaux devant une telle théologie: vitale pour quelques-uns (on serait tenté de dire, comme dans le Loup des steppes de H. Hesse, "seulement pour les fous"; d'ailleurs la trajectoire paulinienne qui aboutit à la "paralogique" de la grâce dans l'épître aux Romains part bien, dans la Première aux Corinthiens, d'une certaine revendication de "folie"), elle a de quoi rebuter les gens naturellement équilibrés, pondérés, pratiques, plus enclins à la mesure d'un jugement raisonnable et nuancé qu'à une dialectique d'excès contradictoires dont ils ne voient pas la nécessité (tout le dialogue de sourds entre Augustin et Pélage peut déjà se lire sous cet angle); d'autre part, que son articulation à une "politique" et à un "droit" quelconques reste problématique: dans un sens, elle peut s'accommoder de n'importe quelle politique et de n'importe quel droit sans en affecter le contenu (d'où l'étonnante facilité du christianisme paulino-augustinien à assumer presque sans changement les structures de l'empire et du droit romains, et les différents changements de régime et de droit jusqu'à nos jours); dans un autre, elle est rigoureusement incapable de se traduire en politique et en droit -- une politique et un droit de la grâce restent des contradictions formelles mais fascinantes, une sorte d'impensable (ou d'utopie) qui n'en finit cependant pas de relancer la pensée politique et juridique en lui interdisant de se satisfaire d'elle-même.

---

Toutes proportions gardées, ces apories sont déjà sensibles dans le Deutéronome, par exemple, quoique exprimées de façon moins radicale et moins paradoxale. Toute l'introduction du livre souligne que l'"élection" d'Israël n'est ni "juste" ni "logique", qu'elle ne tient pas aux qualités ni aux "mérites" de celui-ci (4,36ss; 7,6ss etc.) -- pure "grâce" en somme, avant la lettre gréco-paulinienne; mais quand Yahvé se fait législateur, il importe soudain d'affirmer qu'il est impartial et ne favorise personne (10,17 etc.), comme modèle du droit et des juges; de même Yahvé peut choisir Israël à cause de ses ancêtres (voir les textes précités, et le Décalogue), alors que la justice est censée être strictement individuelle (24,16).
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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Ven 10 Fév 2017, 16:35

"Considérez, frères, qui vous êtes, vous qui avez reçu l’appel de Dieu : il n’y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille. Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages ; ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort ; ce qui dans le monde est vil et méprisé, ce qui n’est pas, Dieu l’a choisi pour réduire à rien ce qui est, afin qu’aucune créature ne puisse tirer quelque fierté devant Dieu. C’est par Lui que vous êtes dans le Christ Jésus, qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification et délivrance, afin, comme dit l’Ecriture, que celui qui fait le fier, fasse le fier dans le Seigneur." 1 Cor 1, 26 ss

Le choix de Dieu vise  à confondre les humains qui pourraient tirer une ceratine gloire de leurs compétences ou de leurs situations. L'appel de Dieu ne se basent pas sûr un mérite particulier mais sur sa volonté de se glorifier. Le Dieu de la grâce aurait-il un ego surdimensionné ?
Ceux qui sont objets de l'appel de Dieu, le sont uniquement pour des raisons qui se trouvent en Dieu.
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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Ven 10 Fév 2017, 16:44

Free, Narkissos : comment ne pas être touché par la grâce en lisant vos échanges si enrichissants, merci.
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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Ven 10 Fév 2017, 17:06

Very Happy
A mon humble avis, si "Dieu" a un "ego", celui-ci ne peut être que "surdimensionné" ! -- faute de semblable, pour commencer... (relire le deutéro-Isaïe, 40ss).
L'anthropomorphisme constitue la limite de la théologie comme celle de tout langage (humain): autant, je pense, l'assumer franchement. Ça n'empêche pas, bien sûr, de réfléchir à ce qu'on fait quand on prête un "ego" à "Dieu" ou qu'on le fait parler à la première personne (ego, je) -- en quoi une telle "fiction" découle et diffère du dialogue des dieux dans une mythologie polythéiste, ce que l'une et l'autre révèlent de la "fiction" constitutive de notre propre langage et de notre propre "identité" ou "subjecti(vi)té".
Cela dit, la question fondamentale et abyssale de la "grâce" me semble parfaitement traductible en termes "athées" (qui n'en seront d'ailleurs pas moins anthropomorphiques et même théologiques, en creux). P. ex.: de quel droit, un droit ? une "loi" vaut-elle jamais sur quelque "sujet" ou "objet" de droit sans en dérober préalablement l'être, l'existence et l'essence, à un ordre (biologique, naturel, culturel, historique, en tout cas factuel) qui lui est foncièrement irréductible, qui ne lui appartient pas ? -- sans une appropriation de l'être, du fait ou de la chose au droit, dont celui-ci ne peut affirmer la légitimité que par une forme d'affirmation tautologique, hors droit et hors logique ?
Le simple il y a (es gibt, dit significativement l'allemand, "ça donne"), antérieur et préalable à tout droit, à toute justice, à toute morale, à toute logique, à tout il faut, suffit à dire "la grâce" et peut s'appeler "la grâce". "La grâce", c'est qu'il y a, simultanément ceci plutôt que cela et quelque chose plutôt que rien: pourquoi ? -- on peut en multiplier les causes et les raisons à l'infini, cela reste en définitive sans cause ni raison ultime, comme "la grâce". De cette provenance sans provenance, à la fois simple et complexe, tout est dérivé, tributaire, obligé. A son égard toute pensée, même la plus ingrate, est, bon gré mal gré, action de grâces (thing-think-thank, Ding-denken-danken). En quoi la question de "la grâce" serait encore plus originaire que celle de "Dieu", si ce n'était pas la même.
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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Lun 06 Mar 2017, 15:54

Citation :
Le simple il y a (es gibt, dit significativement l'allemand, "ça donne"), antérieur et préalable à tout droit, à toute justice, à toute morale, à toute logique, à tout il faut, suffit à dire "la grâce" et peut s'appeler "la grâce". "La grâce", c'est qu'il y a, simultanément ceci plutôt que cela et quelque chose plutôt que rien: pourquoi ? -- on peut en multiplier les causes et les raisons à l'infini, cela reste en définitive sans cause ni raison ultime, comme "la grâce". De cette provenance sans provenance, à la fois simple et complexe, tout est dérivé, tributaire, obligé. A son égard toute pensée, même la plus ingrate, est, bon gré mal gré, action de grâces (thing-think-thank, Ding-denken-danken). En quoi la question de "la grâce" serait encore plus originaire que celle de "Dieu", si ce n'était pas la même.


Dieu décide souverainement et par "avance" du choix des élus :

"Nous savons d’autre part que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu, qui sont appelés selon son dessein. Ceux que d’avance il a connus, il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, afin que celui-ci soit le premier-né d’une multitude de frères ; ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés." Rm 8;28-30

"Il nous a prédestinés à être pour lui des fils adoptifs par Jésus Christ ; ainsi l’a voulu sa bienveillance.En lui aussi, nous avons reçu notre part : suivant le projet de celui qui mène tout au gré de sa volonté, nous avons été prédestinés, pour être à la louange de sa gloire ceux qui ont d’avance espéré dans le Christ." Eph 1,5,11-12
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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Lun 06 Mar 2017, 19:40

La prédestination, si étrange qu'elle puisse nous paraître, est une traduction quasi nécessaire de la pensée de la "grâce" dans des catégories temporelles (devenir, histoire, etc.): pour que la "décision" divine ne dépende de rien, il faut la situer avant (= "au-dessus", "en amont de", dans une représentation spatiale du temps) tout événement. Avant la fondation (ou le lancer, le jeter) du monde, dit symptomatiquement Ephésiens 1,4. Même si "l'éternité" est pensée à la façon grecque, comme non-temps ou hors-temps (ce qui est sans doute déjà un peu le cas dans l'épître aux Ephésiens, davantage encore dans l'épître aux Hébreux fortement teintée de médio-platonisme), son rapport au temps ne peut guère s'exprimer que sous la forme d'une précédence -- comme ce qui est toujours déjà là, présent absolu qui est aussi un "parfait" ou un passé "absolu", logiquement "antérieur" à tout passé, présent ou futur concret ou phénoménal. En revanche, la "logique" de cette pensée se perd en même temps que l'idée grecque (et par extension médiévale) d'éternité -- d'où l'aspect scandaleux qu'elle prend notamment chez Calvin.
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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Mar 07 Mar 2017, 17:47

Narkissos a écrit:
En revanche, la "logique" de cette pensée se perd en même temps que l'idée grecque (et par extension médiévale) d'éternité -- d'où l'aspect scandaleux qu'elle prend notamment chez Calvin.

Excuse-moi Narkissos mais j'ai de la peine à comprendre ta pensée, non qu'elle soit mal exprimée mais mon cerveau lent s'est un peu envolé dans le ciel... Very Happy
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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Mar 07 Mar 2017, 21:53

Voici un extrait d'un article sur la grâce paru dans le Monde des Religions de mars-avril 2017 p. 62

La question de la grâce est l'une des questions les plus complexes du christianisme et elle divise catholiques et protestants. Dès l'Ancien Testament, elle est évoquée comme une pure faveur: la grâce biblique est celle d'un Dieu bienveillant et miséricordieux. Ainsi, l'alliance avec Israël est un don gratuit; l'élection, une bonté de l'amour de Dieu. ....
L'apôtre Paul va développer dans ses Epîtres une pensée fondamentale pour la suite de la chrétienté é propos de la grâce et du salut: "L'homme n'est pas justifié par la pratique de la loi, mais seulement par la foi en Jésus Christ."

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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Mer 08 Mar 2017, 00:39

Sur le rapport de la "prédestination" à l'"éternité" (c'est de ça que je parlais en réponse à free), je vais essayer de clarifier:

Il y a (au moins !) deux concepts bien distincts d'"éternité":
1) l'éternité au sens courant, c'est le temps lui-même, le temps "objectif" d'avant Einstein, qui "passe" a priori de la même manière pour tout le monde et pour tout le monde en même temps, "Dieu" et "les hommes" par exemple qui interagissent dans le même présent, qui donc réagissent effectivement les uns aux autres en construisant ensemble une "histoire" commune; (mais) ce temps conçu comme étant sans commencement ni fin  -- ce n'est certes pas facile à penser, mais c'est encore plus difficile de penser un temps avec un commencement ou une fin: car alors on se demande aussitôt ce qu'il y avait "avant" ou ce qu'il y aura "après" le "temps", donc dans un "temps" d'avant ou d'après le "temps"; ce qui prouve bel et bien qu'on pense le temps, pour autant qu'on le pense ou qu'on pense avec lui, sans commencement ni fin.
2) l'éternité dans un sens "savant" ou "philosophique", depuis l'aube de la philosophie grecque jusqu'à la fin du moyen-âge, c'est au contraire la "qualité" ou la "dimension" des choses qui ne dépendent pas du temps et des événements parce que ce ne sont pas vraiment des "choses": les "idées" mathématiques ou morales, par exemple, et "Dieu" dès lors qu'on le pense selon ce modèle.

Le langage (néotestamentaire) de la prédestination est directement affecté par le concept d'éternité appliqué à "Dieu"; si c'est l'éternité n° 1, il faut comprendre, à la lettre, que "Dieu" a un beau jour décidé de sauver des "élus" (et éventuellement de perdre des "réprouvés"); s'il l'a fait "avant la fondation du monde", eh bien il l'a fait avant de créer le monde et les hommes, avant le "péché originel" et les "péchés" particuliers des uns et des autres; mais si c'est l'éternité n° 2, ça change tout: Dieu en fait n'a rien "décidé" (car une décision c'est un concept temporel, avec un avant où rien n'est encore décidé et un après où la décision est déjà prise): le langage de la prédestination exprime alors (imparfaitement) le rapport déterminant de la "bonté" ou de la "grâce" intemporelle d'un "Dieu" intemporel aux événements du temps qui concernent les seuls sujets du temps, qui "pèchent" et qui sont "sauvés" (ou éventuellement "perdus", mais cette notion est forcément relativisée par le fait que c'est la "bonté" ou la "grâce" de Dieu qui détermine logiquement toutes choses; si "Dieu" est éternellement "bon", le "mal" ne se laisse pas si facilement inscrire dans son éternité).

Ce que je suggère, c'est que les énoncés néotestamentaires sur la prédestination, ceux de saint Augustin et encore de Luther (très marqué par saint Augustin et la mystique médiévale allemande, notamment celle de Tauler) fonctionnent plutôt avec le concept "classique", n° 2: la "prédestination" dit un rapport d'antériorité logique de la bonté intemporelle du Dieu intemporel aux "événements" de "l'histoire", du péché et du salut; en revanche ceux de Calvin qui est plus "moderne", qui ne comprend plus l'éternité classique intemporelle (n° 1), relèvent de l'éternité n° 2: Dieu a "un jour" décidé de sauver certains et de perdre d'autres, avant même de les créer. Calvin peut appeler ça un "décret éternel" mais il le pense quand même sur le mode d'une antériorité chronologique et non plus simplement logique.

Cf. cet article où le sujet n'est abordé qu'en passant, mais qui peut aider à comprendre ce que j'entends par la "modernité" de Calvin (je ne l'entends pas nécessairement comme un compliment)...

A propos de l'article que tu cites, je renvoie à ce que j'ai dit plus haut concernant le caractère tardif (dans plusieurs "cycles" indépendants) de la pensée de la "grâce" (qui à mon sens ne se dégage pas comme un concept théologique défini dans l'AT, surtout pas comme celui qui émerge assez tard dans le corpus paulinien). Il y a assurément dans l'AT de quoi construire une théologie de la grâce (c'est bien ce que fait le corpus paulinien en appuyant la sienne sur des citations de l'AT), mais l'AT lui-même ne le fait pas vraiment (il n'y a pas de mot hébreu qui corresponde exactement au concept paulinien de la kharis, kharis dans la Septante n'est pas un terme théologique dominant, etc.).
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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Mer 08 Mar 2017, 11:54

Merci Narkissos pour ta démonstration, superbe!!
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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que la grâce ?   Mer 08 Mar 2017, 13:29

Citation :
Concernant l'article que tu cites, je renvoie à ce que j'ai dit plus haut concernant le caractère tardif (dans plusieurs "cycles" indépendants) de la pensée de la "grâce" (qui à mon sens ne se dégage pas comme un concept théologique défini dans l'AT, surtout pas comme celui qui émerge assez tard dans le corpus paulinien). Il y a assurément dans l'AT de quoi construire une théologie de la grâce (c'est bien ce que fait le corpus paulinien en appuyant la sienne sur des citations de l'AT), mais l'AT lui-même ne le fait pas vraiment (il n'y a pas de mot hébreu qui corresponde exactement au concept paulinien de la kharis, kharis dans la Septante n'est pas un terme théologique dominant).

Le Job du début du récit exprime une pensée liée à la théologie de la grâce :
 
"Nu je suis sorti du ventre de ma mère,et nu j'y retournerai. Le SEIGNEUR a donné, le SEIGNEUR a ôté ; que le nom du SEIGNEUR soit béni" (Job 1,21)


Job accepte que son Dieu le bénisse et le fasse souffrir sans raison particulière.
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