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 Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45

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Narkissos

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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Ven 09 Déc 2016, 20:40

En effet.

Toutefois, on ne peut pas dire qu'en dehors de ce texte particulier (Matthieu 24,45ss//), dont la portée éthique est comme neutralisée par son détournement dogmatique, la Watchtower censure systématiquement les textes "critiques" de l'autorité (que le premier parmi vous soit comme le dernier, etc.) ou les détourne exclusivement vers un usage externe -- pas plus que la hiérarchie catholique p. ex. Ces textes sont abondamment cités, et commentés sans perversion particulière, dans les Salles du Royaume comme dans la plupart des Eglises.

Le problème, c'est que les appels à l'humilité et les mises en garde contre l'autoritarisme touchent, dans le meilleur des cas, les individus et jamais le fonctionnement collectif d'une "institution". Tel "ancien", tel "membre du Collège central", comme tel évêque, tel cardinal ou même tel pape, peut très bien prendre cela pour lui et au sérieux, et être ou s'efforcer sincèrement d'être humble à titre personnel, tout en participant ex officio à l'exercice, surtout collégial*, d'un pouvoir exorbitant. Pour critiquer un tel système, en tant que système, il faut, au moins mentalement, en sortir.

[* Je dis "surtout collégial", car la collégialité, avec sa façon de diluer en apparence l'autocratie dans le collectif, la renforce en fait. L'autorité n'est plus celle d'un seul homme (ou d'une seule femme, mais plus souvent d'un seul homme !) dont la fonction publique pourrait être inquiétée par une conscience privée. C'est celle du "machin" ou de la "machine", en soi aussi peu susceptible d'humilité que d'orgueil, qui se surimpose à tous les individus qui en assurent le fonctionnement, suivant la règle transcendantale du corps qui veut que le tout soit par définition supérieur non seulement à toute partie, mais à la somme des parties. Chez les TdJ, le drame personnel et institutionnel de Raymond Franz illustre tragiquement cette mécanique: la collégialité qu'il promeut et réussit à instaurer au milieu des années 1970 va le broyer à la fin de la décennie, et s'avérer par la suite beaucoup plus résistante qu'un pouvoir personnel.]
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le chapelier toqué

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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Dim 11 Déc 2016, 21:10

Lorsque une institution religieuse ou civile ou même un gouvernement (le Conseil Fédéral) fonctionne comme un collège cela peut occasionner des problèmes à ceux qui occupent un poste dans ce type d'organe directeur. C'est le cas en Suisse ou un membre du Conseil Fédéral d'un parti peut devoir soutenir une position au nom de la Collégialité qui va à l'encontre du choix de son parti (tous les partis sont représentés au sein du Conseil Fédéral).

On peut imaginer sans peine, et le livre de Raymond Franz nous le décrit, ce qu'ont du ressentir et ressentent encore maintenant des membres du Collège central qui ne pensent pas, ne conçoivent pas selon les lignes directrices du Collège. Que peuvent-ils faire? Quitter cette position? Pour se retrouver en bas de l'échelle et sans doute observer afin de déterminer s'ils ne manifestent pas le comportement d'apostats
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Dim 11 Déc 2016, 21:46

On en arrive à cette aberration (amplement documentée dans Crisis of Conscience) qu'un membre du Collège central peut (et même doit, dans un sens il est "payé pour ça") soutenir selon sa conscience, à l'intérieur dudit Collège, une opinion minoritaire (voire majoritaire, mais n'atteignant pas à la majorité qualifiée des deux tiers requise pour un changement de doctrine !) qui ferait de lui un "apostat" s'il la professait à l'extérieur. Et qu'en vertu de l'autorité collective du Collège un adepte lambda pourra être exclu pour une opinion ou une décision qui est en fait partagée ou approuvée par une partie du Collège.

Mais, comme tu le soulignes, on n'a jamais là qu'une caricature, c.-à-d. une exagération grotesque d'un trait essentiel à toute structure d'"autorité", pour autant que celle-ci implique "fidélité" et "discipline" en tension potentielle, et donc forcément actuelle de temps en temps, avec l'exercice instantané d'une "conscience" particulière. (Comme disait Chevènement, "un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne".)

Le côté caricatural de la chose, en ce qui concerne la Watchtower, tient bien sûr à l'opacité extrême de l'instance dirigeante (il faut en faire partie pour savoir ce qui s'y passe, qui pense et dit quoi: d'où le caractère irremplaçable, et en même temps impardonnable, du témoignage d'un ex-membre du Cc). -- A l'opposé, le jeu politico-médiatique à l'ère du tweet montre qu'il est quasiment impossible d'exercer un quelconque pouvoir (ne serait-ce que de négociation, de délibération ou de décision) quand tout se sait "en temps réel".
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Jeu 15 Déc 2016, 17:54

Un souvenir de ma lecture de "Crise de conscience" :


Ed Dunlap était en train d’écrire un commentaire sur la Lettre de Jacques, et Fred Franz avait demandé qu’on fasse une modification dans la discussion de Dunlap sur le chapitre 3 de Jacques au verset 1, où le disciple déclare :

"Ne soyez pas nombreux, mes frères, à devenir des enseignants, sachant que nous recevrons un jugement plus sévère."

Ce que Dunlap avait préparé disait que c’était un avertissement évident contre des individus non qualifiés cherchant à servir en tant qu’enseignants pour la seule raison qu’ils désiraient tenir une position importante. Fred Franz demanda qu’une grande partie de ce qui avait été écrit soit éliminée mais ne donna aucune explication précise sur ses objections si ce n’est des questions écrites :

"Si Jésus a donné certains comme enseignants, combien en a-t-il donné ? Et puisque c’est Jésus qui a fait ce don, comment Jacques pouvait-il dire aux hommes “ne soyez pas nombreux à devenir des enseignants” ? Comment Jacques lui-même, est-il devenu un enseignant ?"

Comme j’avais été désigné pour superviser le projet du développement du commentaire, lors de l’audition du Comité je demandais à Fred Franz de clarifier son objection et de nous dire ce que lui pensait que ce texte signifiait. Il déclara qu’il croyait que cela signifiait que Dieu voulait qu’il n’y ait que quelques hommes dans toute la congrégation chrétienne qui puissent à juste titre être appelés “enseignants”. Je lui demandais qui étaient ces hommes aujourd’hui. Parlant très calmement, il répliqua :

"Eh bien, je pense que je suis l’un d’eux. Je suis au siège mondial depuis plus de cinquante ans et pendant tout ce temps j’ai participé au travail de rédaction et de recherche, aussi je crois que je suis l’un d’eux. Et—quelques autres frères sur la terre le sont aussi."

Cette réponse a eu un effet si saisissant, qu’une fois de plus les mots sont restés gravés dans ma mémoire. Je n’étais pas le seul témoin puisqu’ils furent prononcés devant trois autres membres du Comité de Rédaction. Par cette observation nous avions pu identifier parmi nous un seul enseignant sur terre: Fred Franz. C’était à nous de deviner qui étaient les autres. Comme j’eus l’occasion de le dire plus d’une fois par la suite à Lyman Swingle, je regrettais de ne pas avoir continué sur ma lancée et demandé les noms des autres “enseignants” de notre époque. Mais la réponse me laissa sans voix sur le moment.
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Jeu 15 Déc 2016, 19:58

J'avais oublié ce passage.

Comique à plus d'un titre -- déjà parce que Freddie contredisait ainsi l'enseignement officiel de la Watch (le sien, donc), selon lequel tous les "anciens" (au moins) étaient des "enseignants", y compris au sens de ce texte.

Ensuite, parce que le principe "collégial" utilisé avec succès par Ray pour contrer la mégalomanie personnelle de son tonton (Knorr tenait aussi à la monarchie, mais il ne se prenait pas pour un "enseignant", surtout pas dans un sens superlatif) s'est retourné contre lui à peine quatre ans plus tard. Et que le "Collège central" (Governing Body) a survécu depuis à tous les protagonistes et antagonistes de sa fondation, et même à l'abandon de sa justification théorique (représenter un "esclave fidèle et avisé" également collectif et plus large que lui), allant jusqu'à se doter d'une pré-existence (le collège central avant le Collège central, miraculeusement antidaté d'un demi-siècle ou de deux millénaires selon les besoins de l'argumentation, un peu comme la Torah avant la Torah, Jésus avant Jésus, le Coran avant le Coran). Et qu'il peut fonctionner ainsi indéfiniment, même en l'absence totale d'"enseignants" au sens où l'entendait Fred Franz. Triomphe du machin ou de la machine sur ses concepteurs et manipulateurs -- sur la machination même.

Etrangement, ça me rappelle que quelques années plus tard j'ai entendu quelque chose de fort similaire de la bouche d'un éminent théologien évangélique, qui disait que le pastorat féminin ne contrevenait pas forcément à l'interdiction faite à la femme d'enseigner (selon les Pastorales), parce que (c'est ici que ça se rapproche) tous les pasteurs n'étaient pas "docteurs" (= enseignants) dans un certain sens restreint qui consistait à définir la "doctrine" (= enseignement) -- ce que lui était, naturellement... En clair, pour lui comme pour Fred Franz, il y avait enseignants et enseignants, une poignée de "créatifs" et une armée de perroquets. (Bien sûr, ce n'est pas faux, c'est même peut-être inévitable, mais il est assez rare que ça soit dit.)
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Mer 21 Déc 2016, 13:03

Citation :
Etrangement, ça me rappelle que quelques années plus tard j'ai entendu quelque chose de fort similaire de la bouche d'un éminent théologien évangélique, qui disait que le pastorat féminin ne contrevenait pas forcément à l'interdiction faite à la femme d'enseigner (selon les Pastorales), parce que (c'est ici que ça se rapproche) tous les pasteurs n'étaient pas "docteurs" (= enseignants) dans un certain sens restreint qui consistait à définir la "doctrine" (= enseignement) -- ce que lui était, naturellement... En clair, pour lui comme pour Fred Franz, il y avait enseignants et enseignants, une poignée de "créatifs" et une armée de perroquets. (Bien sûr, ce n'est pas faux, c'est même peut-être inévitable, mais il est assez rare que ça soit dit.)

Ces récits soulignent le bien-fondé des recommandations du NT, concernant la façon d'exercer l'autorité, car les personnes en charge d'autorité peuvent rapidement avoir la "grosse tête" et perdre le sens des réalités.
Les exhorations à manifester l'humilité dans l'exercice de l'autorité, ne sont pas un vaccin contre l'ambition et une haute opinion de sa personne, d'autant que ce qui écrivent ses mises en garde, peuvent eux-même d'une manière inconsciente, tomber dans ce trait de caractère :

 "Dans la congrégation, nous devons tous veiller à ne pas chercher notre propre gloire (Prov. 25:27). À l’évidence, un certain disciple que l’apôtre Jean a rencontré avait ce travers. Jean a écrit : “ Diotréphès, qui aime occuper la première place parmi eux, ne reçoit rien de notre part avec respect. Voilà pourquoi, si je viens, je rappellerai ses œuvres qu’il continue à faire, comment il se répand à notre sujet en paroles méchantes. ” (3 Jean 9, 10). Il y a là une leçon pour nous aujourd’hui. Nous avons tout lieu d’extirper toute trace d’ambition que nous pourrions découvrir en nous. La Bible déclare : “ Avant l’écroulement, il y a l’orgueil, et avant le faux pas, l’esprit hautain. ” Ceux qui acceptent l’autorité de Dieu doivent veiller à ne pas tomber dans le piège de la présomption, sinon ils connaîtront le déshonneur. — Prov. 11:2 ; 16:18."

http://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/2008451
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Mer 21 Déc 2016, 14:37

Sur le problème de la prescription de l'humilité en général, et les complications de feinte (hypocrisie, etc.) qu'elle implique nécessairement, je rappelle ce fil.

Le simple fait qu'un discours égalitaire (nous sommes tous frères, etc.) ou prônant l'humilité (en particulier des chefs, ministres-serviteurs), soit ordinairement compatible avec une structure hiérarchique, qu'ils puissent s'appuyer l'un sur l'autre et se compenser l'un l'autre et fonctionnent ainsi le plus souvent, est assez significatif -- chez les TdJ comme ailleurs.

N'empêche que cette "économie" est toujours menacée de crise, où le discours se retourne contre la structure et devient, dans tous les sens du terme, "critique". Leur antagonisme devient apparent quand il cesse d'être fonctionnel (ou alors devient dysfonctionnel, fonctionne mal), et alors on se demande soudain comment on n'a pas vu la contradiction, malgré son évidence (qui était pourtant bien là aussi quand le système fonctionnait).
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Mer 21 Déc 2016, 15:47

Arrêtons-nous d’abord sur la notion d’autorité en rappelant que son rôle premier est d’autoriser : ce qui veut dire « permettre », « rendre possible », voire littéralement « instituer comme auteur ». On l’oublie facilement : tous les mots s’usent à l’usage. C’est pourquoi il peut être utile de le dire autrement, par exemple en termes de leadership. L’évêque et martyr Ignace d’Antioche, l’un des précurseurs de la notion de magistère au iie siècle, suggère la notion de présidence en parlant de l’Église de Rome qui présidait à la charité des Églises[12]. Le leader ou le président ont d’abord pour rôle de mobiliser, de convoquer à la parole et à l’action. Ils sont entièrement au service du groupe. C’est pourquoi, par exemple, un bon président d’assemblée renonce à son droit de parole individuel pour favoriser la liberté d’expression. Il ne se prononce que pour dénouer les impasses. Ce faisant, il n’impose pas sa vérité, mais il propose un consensus provisoire qui appelle une poursuite de la réflexion. On pourrait utiliser une foule d’autres analogies comme celle du chef d’orchestre, ce musicien qui ne joue d’aucun instrument pour être tout entier au service de la symphonie.

https://www.erudit.org/revue/ltp/2013/v69/n3/1025860ar.html
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Mer 21 Déc 2016, 17:10

Article de grande qualité, qui me porterait plutôt à une réflexion mélancolique, s'agissant du catholicisme de Vatican II, du libéralisme théologique en général et de beaucoup d'autres choses, même très éloignées de la religion: l'intelligence, décidément, ne paie pas.

Mélancolique parce qu'à beaucoup d'égards c'est dommage, et heureuse quand même parce que ça l'oblige, l'intelligence, à être plus intelligente encore. A percevoir par exemple ce qui lui restait de bêtise (sympathique, certes) à parier sur la rencontre d'un "peuple" (laos, dèmos, ethnos, genos).

Je me dis aussi qu'il est bien difficile de faire l'économie d'une certaine forme de croyance à l'infaillibilité, même si ce n'est plus celle d'un livre ou d'une institution. Comment vivre avec l'idée que toute tradition, toute histoire même étendues à l'humanité, à la vie ou à l'univers relèvent d'une errance (sinon d'une erreur, faute de "vérité" à quoi la rapporter) ?

S'il lui faut de l'infaillible, le "peuple" le préfère catégorique, sans hésitation et sans nuance. Le Grand Inquisiteur avait déjà tout dit (dogme de l'infaillibilité pontificale, Vatican I, 1870; Les frères Karamazov, 1879-80).
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Jeu 22 Déc 2016, 16:31

Citation :
Je me dis aussi qu'il est bien difficile de faire l'économie d'une certaine forme de croyance à l'infaillibilité, même si ce n'est plus celle d'un livre ou d'une institution. Comment vivre avec l'idée que toute tradition, toute histoire même étendues à l'humanité, à la vie ou à l'univers relèvent d'une errance (sinon d'une erreur, faute de "vérité" à quoi la rapporter) ?
S'il lui faut de l'infaillible, le "peuple" le préfère catégorique, sans hésitation et sans nuance. Le Grand Inquisiteur avait déjà tout dit (dogme de l'infaillibilité pontificale, Vatican I, 1870; Les frères Karamazov, 1879-80).

J'ai été surpris par la finesse et la pertinence du raisonnement developpé dans cet article. Concernant les notions de "vérité" et d'"infaillibilité", j'ai apprécié l'analyse suivante :

On oublie que l’infaillibilité papale et des conciles, comme l’infaillibilité de l’Église dont elle n’est que l’expression, est de l’ordre de la vérité pratique et non de celui de la vérité théorique. C’est la vérité de l’ordre de la fiabilité et non celle de la certitude intellectuelle. C’est celle de la sagesse qui fait davantage appel à la confiance qu’à la raison. À la limite, comme tout discours de sagesse, le discours magistériel peut passer par des représentations inadéquates aux yeux de la raison, déroutantes intellectuellement. On pourrait ici faire appel à l’analogie du langage parental qui, en situation, est plus éducatif que le langage savant en dépit de sa relative pauvreté théorique. Tout le langage de la foi est d’abord affaire de fidélité, à commencer par celui de l’Écriture. Comme la Bible ne peut pas se tromper scientifiquement puisqu’elle ne fait pas de science, le magistère ne peut pas faire d’erreur (scientifique) puisqu’il ne fait pas davantage de science.

Le magistère parle le langage symbolique de la foi, celui du mystère comme disaient les Pères. Le mystère est ce dont on n’arrivera jamais à épuiser le sens, à saisir pleinement. C’est le langage de l’indicible. L’énoncé dogmatique est de cet ordre. Le dogme porte la marque de la discrétion du mystère. Il n’est pas un savoir de raison : les dogmes mariaux en sont une belle illustration[21]. La vérité du dogme est dans ce qu’il vise à mettre en lumière dans l’expérience de foi. Il fait office de balise indiquant le chemin à suivre, de signe de ralliement sur la route, etc. Il s’agit moins de croire au dogme que de croire avec le dogme comme symbole d’identité chrétienne. Considérer le dogme comme une vérité objective, ce serait illustrer le proverbe qui dit que « quand le sage montre la lune, le sot regarde le doigt ». L’autorité d’un dogme comme de toute activité magistérielle se mesure à son aptitude à rassembler et à animer l’Église. Comme un phare dans la nuit, il rappelle à une Église hésitante sur son identité ce qui est requis à son unité et à la mission.

L’inerrance ou le caractère irréformable d’un enseignement magistériel porte donc sur ce qui est visé par cet enseignement dans un contexte déterminé, et non comme telle sur l’expression historique de cet enseignement. Là aussi, il faut se garder de confondre le contenant et le contenu ou le messager avec le message.

https://www.erudit.org/revue/ltp/2013/v69/n3/1025860ar.html#re1no11
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Jeu 22 Déc 2016, 18:01

Et en même temps il y a là un côté "langue de bois" qui appelle, de part et d'autre, le bâton pour se faire battre -- aussi bien de la part d'un conservatisme interne que d'une critique externe. Une pensée qui n'ose pas (fût-ce par "charité" ou "prudence pastorale") exprimer jusqu'au bout les conséquences pourtant imparables de sa logique (à savoir, par exemple, que le contenu "objectif", "cognitif" ou "informatif" d'une "révélation" religieuse est rigoureusement nul, que sa "vérité" ne consiste pas dans une quelconque exactitude de ce qu'elle dit mais dans ses effets, dans ce qui se joue et se construit avec elle et autour d'elle) est d'emblée suspecte de lâcheté ou d'hypocrisie. Et elle paraît bien moins cohérente et solide qu'un dogmatisme qui refuse tout écart entre signifiant et signifié dans le dogme, et qu'un athéisme (ou un agnosticisme) qui lui tourne le dos en haussant les épaules.

Puisque le présent fil est consacré aux TdJ, je ne peux pas m'empêcher de penser à l'effet qu'un discours comme celui-ci produirait s'il était imprimé, mutatis mutandis, dans les pages de La Tour de Garde; il n'est même pas besoin de l'imaginer, d'ailleurs, puisque la chose s'est produite, toutes proportions gardées, dans les années 1976-79, où il y a eu beaucoup de nuance et de relativisation des "certitudes" jéhovistes. Dans un premier temps un tel discours est accepté, comme le serait n'importe quel discours publié dans les mêmes pages; particulièrement apprécié de quelques-uns (dont moi, à l'époque); mais aussitôt abandonné et décrié par la majorité dès lors qu'il est dénoncé et que la réaffirmation du dogme, au premier degré et sans nuance aucune, reprend le dessus. Les chiffres sont implacables: le discours de la nuance a coïncidé avec une baisse des effectifs (dont il n'était certes pas la seule cause), celui de la réaffirmation dogmatique univoque avec une "reprise" numérique.

Le même phénomène a pu être observé dans l'Eglise catholique et les Eglises protestantes historiques: Vatican II n'a pas enrayé la désaffection du catholicisme en Occident, pas plus que le "libéralisme" théologique n'a sauvé les Eglises réformées ou luthériennes du déclin, alors que l'intégrisme et les fondamentalismes de substitution, évangéliques, pentecôtistes, tenaient bon ou se renforçaient. Seule la structure pluraliste des grandes Eglises a permis à un tel discours "intelligent" de subsister, tout en n'étant que faiblement entendu, parce qu'il pouvait y coexister avec d'autres discours "crétinisants" qui seuls assuraient la survie des institutions.
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Ven 23 Déc 2016, 14:16

Citation :
Le même phénomène a pu être observé dans l'Eglise catholique et les Eglises protestantes historiques: Vatican II n'a pas enrayé la désaffection du catholicisme en Occident, pas plus que le "libéralisme" théologique n'a sauvé les Eglises réformées ou luthériennes du déclin, alors que l'intégrisme et les fondamentalismes de substitution, évangéliques, pentecôtistes, tenaient bon ou se renforçaient. Seule la structure pluraliste des grandes Eglises a permis à un tel discours "intelligent" de subsister, tout en n'étant que faiblement entendu, parce qu'il pouvait y coexister avec d'autres discours "crétinisants" qui seuls assuraient la survie des institutions.

Il n'y a donc que l'utopie, le simplisme, le discours "crétinisant" avec sa "seule et unique vérité vraie" qui arrive a fédérer une communauté de croyants. Cette communauté de croyants prospère que sous la direction d'une autorité infaillible, forte, qui l'infantilise et pense à sa place. Sad
Une autorité peut-elle s'exercer sans réclamer obéissance, soumission comme la WT, mais en étant un exemple, un leader et un fédérateur ?
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Ven 23 Déc 2016, 14:49

Franchement, le discours politique ou médiatique "profane", celui du moins qui fait du chiffre, d'affaires, d'audience et d'opinion, ne me paraît pas moins crétinisant que le discours religieux (celui qui "marche", bien entendu, selon les mêmes critères). L'image immémoriale (et pas seulement biblique) de la société comme troupeau, ovin de préférence (des "ouailles" au "grégaire"), est assez parlante (ou bêlante).

Mais au moins une grande Eglise, et a fortiori une grande société, laisse-t-elle de la place à une pensée différente du discours officiel et populaire -- une place plus ou moins précaire, discrète ou confidentielle selon qu'elle la met en valeur pour des raisons de prestige ou se contente de la tolérer faute de pouvoir la censurer. Une "secte" ou une "micro-société" n'a pas cette souplesse, et c'est ce qui fait sa force d'attraction spécifique (d'un point de vue "ovin", pour filer la laine de la métaphore précitée, on se sent mieux "gardé", dans tous les sens du terme, dans un petit troupeau que dans un grand).

Le principe fondamental de l'autorité, sur lequel retombent à peu près tous les penseurs du politique, c'est Carl Schmitt qui l'a énoncé sous la forme protego ergo obligo, je protège donc j'oblige (c'est, dit-il, le cogito ergo sum de l'Etat -- je suis en train de lire la transcription du dernier séminaire de Derrida, La bête et le souverain, passionnant sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres). Ce principe, toujours politique même s'il est également militaire, religieux, mafieux, etc., fonctionne, que la protection et le danger dont l'autorité est censée protéger soient réels ou imaginaires. Le corollaire, c'est: tant qu'on se croit protégé et qu'on veut l'être, il n'est d'autre choix que d'obéir. ("Pour votre sécurité.")
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Dim 25 Déc 2016, 15:41

J'ai assisté hier soir, ce que je n'avais pas fait depuis des années (mais pas autant que ), à une messe de Noël dans une église bondée (avec militaires en armes devant la porte, passons).

Ce qui m'a (à nouveau) frappé, au sujet de la "crétinisation pastorale", c'est l'effort sensible de simplification à l'extrême, dans le sermon d'un prêtre qui n'était visiblement pas un imbécile -- bien sûr tout le contexte s'y prêtait, Noël, beaucoup de familles et d'enfants, de pratiquants occasionnels ou de curieux; mais c'est en même temps un trait de l'homilétique (art de l'homélie ou du sermon) catholique moderne que j'ai noté presque à chaque fois que j'ai entendu une messe et qui la distingue nettement, dans l'ensemble, de son équivalent protestant, toujours plus "intellectuel" (au meilleur comme au pire sens du terme) même quand il s'efforce lui aussi de "simplifier". Du côté catholique, la simplification prend habituellement le chemin d'une réduction à l'affectif -- dont le protestantisme, à tort ou à raison, se méfie davantage.

En revenant de là au sujet de ce fil, je pense qu'il y a aussi de la part de la Watchtower et de ses "maîtres spirituels" une volonté délibérée de simplifier à outrance (je veux dire: très en-deçà de leurs capacités réelles, si limitées soient-elles) qui s'est accentuée ces dernières décennies (la double édition des textes, en langue "normale" et "facile", c.-à-d. "simple" et "hyper-simple", en est un symptôme parmi beaucoup d'autres).

Dans un sens, la "bêtification" est une pente naturelle du métier de "pasteur" (c.-à-d. "berger" du point de vue de la nourriture, "nourrisseur"; l'esclave fidèle et avisé de la parabole, qui nourrit les autres, relève de cette catégorie métaphorique, même si pour une fois il s'agit d'esclaves et non de moutons). Pourtant elle est évitable, et le genre "sermon" peut aussi donner lieu à du grand art, simple et intelligent à la fois, quand les "pasteurs" sont aussi théologiens et/ou philosophes (Augustin, Eckhart, Luther, Bossuet, Kierkegaard). Et là où les "disciplines" sont séparées, il faut au moins qu'elles communiquent entre elles, pour que le prédicateur-simplificateur ait quelque chose à simplifier.

Mais justement l'une des caractéristiques des TdJ (et d'un certain nombre d'évangéliques) consiste à récuser l'existence même d'une théologie et a fortiori d'une philosophie distinctes, par un anti-intellectualisme et un anti-élitisme qui sont aussi caractéristiques des "populismes" en politique. Dans ces conditions, se faire (encore) plus bête qu'on est devient la règle n° 1 des "leaders" -- une règle tellement prépondérante qu'elle ne laisse plus de place à aucune autre règle.
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Lun 26 Déc 2016, 13:27

Citation :
En revenant de là au sujet de ce fil, je pense qu'il y a aussi de la part de la Watchtower et de ses "maîtres spirituels" une volonté délibérée de simplifier à outrance (je veux dire: très en-deçà de leurs capacités réelles, si limitées soient-elles) qui s'est accentuée ces dernières décennies (la double édition des textes, en langue "normale" et "facile", c.-à-d. "simple" et "hyper-simple", en est un symptôme parmi beaucoup d'autres).

Chaque fois qu'un livre remplace une ancien livre, il va dans le sens de simplifier les matières abordées.
Cette volonté de simplification tient à mon avis à 2 facteurs, 1) Au niveau d'étude et intellectuel des rédacteurs de la Watchttower, 2) la volonté de maintenir l'ensemble des adeptes sous l'autorité de la Watchtower par le biais de l'ignorance.

Récemment je discutais avec un TdJ, qui au cours de la conversation, il ma dit, "tu me ferai croire qu'il faudrait connaitre le grec, l'hébreu et avoir fait des études en théologie pour appréhender la Bible"
Pour lui, les théologiensavaient tendance à rendre complexe, une "vérité" qui est pourtant simple et accesssible à tous. Il évaluait le degré de compétence des théologiens en fonction de son ignorance. Je pense que l'absence d'analyse exégétique de la doctrine TdJ, est pour lui, la preuve qu'il est dans la "vérité". D'ailleurs il m'a cité Lc 10,21 :
"A l’instant même, il exulta sous l’action de l’Esprit Saint et dit : « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits. Oui, Père, c’est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance."

La Watchtower décourage les recherches bibliques, l'apprentissage du brec et de l'hébru biblique et considèrent ces démarches comme une perte de temps.

Le Ministère du Royaume, septembre 2007, "L'esclave fidèle et avisé approuve-t-il les réunions de groupes indépendants de Témoins ayant pour but de se livrer à des recherches et à des débats bibliques? - Mat. 24:45,47."  :

"La réponse est non. Et pourtant, en divers endroits du globe, quelques membres de l'organisation de Jéhovah ont formé des groupes pour effectuer, de leur côté, des recherches sur des sujets bibliques.
Certains ont ainsi entrepris d'étudier l'hébreu et le grec bibliques pour analyser l'exactitude de la Traduction du monde nouveau. D'autres examinent en profondeur des sujets scientifiques qui ont un rapport avec la Bible. Ils ont créé des sites Web et, au moyen de la messagerie instantanée, ils échangent leurs opinions et en débattent. Ils ont aussi tenu des conférences et rédigé des ouvrages afin de présenter le fruit de leurs recherches et de compléter la connaissance dispensée à nos réunions chrétiennes et dans nos publications. (...) Au Ier siècle, l'apôtre Paul a recommandé de ne pas se lancer dans des analyses épuisantes qui réclament beaucoup de temps, telles que des généalogies qui ne mènent à rien, mais qui donnent lieu à des questions pour les recherches plutôt qu'à ceci : que quelque chose soit dispensé par Dieu en ce qui concerne la foi \". (1 Tim. 1:3-7.) Tous les chrétiens devraient s'efforcer d' "évite[r] les discussions sottes, les généalogies, la querelle, les disputes au sujet de la Loi, car elles sont inutiles et futiles
".  Tite 3:9.
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Lun 26 Déc 2016, 14:39

Cf. (encore) ici et là.

Trois souvenirs personnels (que j'ai sûrement déjà racontés, et sans doute un peu autrement, mais cette discussion me les rappelle ainsi):

J'ai commencé à apprendre l'hébreu et le grec au Béthel de Louviers, avec la bénédiction et les encouragements de mon "chef" traducteur qui regrettait lui-même de n'avoir plus le temps et l'énergie d'en faire autant.

Quand j'ai donné ma démission, je lui ai expliqué, à lui, que ma raison profonde tenait précisément à un certain souci de "simplicité". "L'évangile", au fond, me paraissait tout à fait "simple", et j'avais le sentiment que la quasi-totalité de nos publications empêchaient en fait les gens de comprendre ce qu'ils comprendraient tout simplement s'ils lisaient la Bible (et surtout le NT) sans leur "aide". Cet homme intelligent, qui avait par ailleurs autant sinon plus de désaccords "techniques" avec l'enseignement de la Watch que je n'en avais moi-même à ce moment-là et les exprimait volontiers en privé, m'a parfaitement compris et m'a même avoué que dans un sens il m'enviait (mais, car bien sûr il y avait un mais: il se sentait tenu par la fidélité à l'organisation qui lui avait tout donné, même si à mon avis ce tout n'était pas grand-chose et qu'il lui avait donné, lui, bien davantage).

Quand, quelques mois plus tard, j'ai eu ma première explication officielle avec des "anciens" (flanqués de deux surveillants de circonscription pour la circonstance) dans la petite congrégation portugaise de Paris où j'avais tenté d'expérimenter dans mon enseignement une "simplicité évangélique", le reproche qui m'a été fait (outre celui de "trop parler de Jésus") tenait en deux mots: "intellectualisme" et "mysticisme". Ce qui m'a, sur le coup, paru contradictoire, mais, à la réflexion, d'une contradiction tout à fait juste, que je ne pouvais pas nier. Effectivement, l'enseignement de la Watch était devenu à la fois trop simple et trop compliqué pour moi, sous ces deux rapports (disons "intellectuel" et "mystique") qu'il me fallait bien également assumer.

En somme: on sera toujours tenté de récuser la complexité au nom de la simplicité et vice versa, mais la vraie question serait de savoir il y a lieu d'être simple et il y a lieu d'être complexe. Et là-dessus, j'ai le sentiment que la plupart des "apologistes privés" de la Watch, aussi "savants" qu'ils soient (et "courageux" dans la mesure où ils bravent une désapprobation officielle de l'organisation qu'ils défendent), n'ont pas avancé d'un pas.

[On pourrait d'ailleurs se demander si la "simplification" n'est pas toujours une erreur: parce que ce qui est complexe ne peut pas être "simplifié" sans être déformé, dénaturé et perverti, parce qu'il appelle au contraire dans son "explication" la plus grande complexité possible, idéalement égale à la complexité de sa construction ou de sa structure; et parce que ce qui est simple ne peut que le rester, et être soit montré comme tel soit occulté comme tel -- par une complexité qui ne le concerne nullement.]
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Mar 03 Jan 2017, 12:10

Citation :
Mais justement l'une des caractéristiques des TdJ (et d'un certain nombre d'évangéliques) consiste à récuser l'existence même d'une théologie et a fortiori d'une philosophie distinctes, par un anti-intellectualisme et un anti-élitisme qui sont aussi caractéristiques des "populismes" en politique. Dans ces conditions, se faire (encore) plus bête qu'on est devient la règle n° 1 des "leaders" -- une règle tellement prépondérante qu'elle ne laisse plus de place à aucune autre règle.

Pour les TdJ, une tête bien remplie implique un coeur pauvre et orgueilleux, seuls les "simples d'esprit" sont dans la disposition voulue, pour manifester la foi, l'intellectualisme et la foi sont (pour eux) antinomiques. Pour les TdJ, Ecc 7,29 illustre à merveille les conséquences de l'intellectualisme : "Dieu a fait l’homme droit,
mais eux ils ont cherché une foule de complications
."(TOB) ou "
mais eux ont cherché bien des subtilités"(NBS).

L'intellectuel est suspect, car il réflichit trop, il cherche des subtilités, quand les choses sont simples. Pour la Watchtower l'intellectualisme a perverti le christianisme "authentique" :

"Au cours de cette période, on vit apparaître des penseurs et des écrivains qui jugeaient indispensable d’interpréter le “ christianisme ” au moyen de concepts philosophiques. Pour satisfaire les païens cultivés qui se convertissaient au “ christianisme ”, les écrivains ecclésiastiques puisèrent abondamment dans les littératures grecque et juive. À partir de Justin (vers 100-165 de n. è.), qui écrivait en grec, les “ chrétiens ” firent preuve d’une maîtrise de plus en plus grande dans l’assimilation de l’héritage philosophique de la culture grecque.
Cette tendance trouva son expression la plus achevée dans les écrits d’Origène (vers 185-254), un Alexandrin de langue grecque dont le Traité des principes fut le premier effort systématique pour expliquer les principales doctrines de la théologie “ chrétienne ” dans les termes de la philosophie grecque. Le concile de Nicée (325), au cours duquel on tenta d’établir et d’expliquer la “ divinité ” du Christ, donna un nouvel élan à l’interprétation du dogme “ chrétien ”. Il fut le premier d’une série de conciles généraux destinés à définir plus précisément ce dogme."
"La vérité chrétienne est renfermée dans la Parole écrite de Dieu, la Bible (Jean 17:17 ; 2 Timothée 3:16 ; 2 Jean 1-4). Pour bien comprendre cette dernière, il n’est pas nécessaire d’étudier la philosophie profane. Concernant les hommes qui essaient d’expliquer la révélation divine au moyen de la sagesse humaine, on peut reprendre les questions de l’apôtre Paul : “ Où est le sage ? Où est le scribe ? Où est le discuteur de ce système de choses ? Dieu n’a-t-il pas rendu sotte la sagesse du monde ? ” — 1 Corinthiens 1:20."

http://wol.jw.org/fr/wol/d/r30/lp-f/2001283
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Mar 03 Jan 2017, 13:20

Dès qu'on réfléchit un peu on "fait de la philosophie", dès qu'on parle de "Dieu" on "fait de la théologie", comme M. Jourdain faisait de la prose, sans le savoir. Et le plus remarquable c'est qu'ainsi on fait presque toujours la philosophie et la théologie de son temps, même sans avoir jamais ouvert un livre de théologie ou de philosophie contemporaine. Car "l'esprit du temps" pénètre la culture populaire autant que les "disciplines spécialisées". Faire de la philosophie ou de la théologie "sérieuses", cela aide surtout à comprendre pourquoi on pense comme on pense, d'où et par quels chemins nous viennent nos "propres" idées.

Les textes du NT sont imbibés de philosophie grecque, comme ceux de l'AT l'étaient de pensée religieuse ou sapientiale assyrienne, babylonienne, égyptienne, perse, et déjà grecque et philosophique sur la fin. C'est le plus souvent une influence superficielle, diffuse et incohérente, mais quelquefois assez systématique (Qohéleth, Hébreux). Les doctrines spécifiques des TdJ portent aussi la marque de leur lieu et de leur temps, l'Amérique de la fin du XIXe siècle à la Seconde Guerre mondiale. Et elles constituent un système assez compliqué malgré des côtés simplistes: chacun à sa manière, ses principaux artisans, Russell, Rutherford et Fred Franz, étaient des penseurs délirants mais complexes. L'anglais de la New World Translation était singulièrement alambiqué (la "simplification" de 2013 en témoigne a contrario, et elle a dû pour cela jeter par-dessus bord toute la théorie franzienne qui en faisait la relative cohérence).

La fonction même d'un "magistère" ("la Société Watchtower", "l'esclave fidèle et avisé" ou "le Collège central" pour les TdJ) consiste bien à penser pour les autres (avec toutes les nuances possibles de ce "pour"). Ce qui suppose que les autres en question l'en croient capable, et plus capable qu'eux-mêmes. Autrement dit, qu'ils lui prêtent une faculté et une compétence philosophiques et théologiques, même si ces mots-là ne sont jamais employés.

Le terme "avisé" lui-même, phronimos (les vieilles traductions disaient "prudent", comme pour le serpent de la Genèse, cf. encore les serpents "avisés-prudents" opposés à la simplicité des colombes dans les évangiles), est un concept "sapiential": il y va d'une certaine "sagesse" (sophia), comme en philosophie.
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Mar 03 Jan 2017, 15:18

Narkissos a écrit:
L'anglais de la New World Translation était singulièrement alambiqué (la "simplification" de 2013 en témoigne a contrario, et elle a dû pour cela jeter par-dessus bord toute la théorie franzienne qui en faisait la relative cohérence).

Est-ce pour cela que les rédacteurs de La Tour de Garde ont jugé utile de déclarer que dorénavant ils ne feront plus de parallèles type anti type à moins que la Bible ne les mentionne (je cite de mémoire voir l'article de la Tour de Garde du 15 mars 2015 pages 7 à 11) ?
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Mar 03 Jan 2017, 15:42

C'est en effet un cas remarquable (on en a longuement parlé ici), entre autres parce qu'en l'occurrence la Watch a retourné contre la complexité de sa propre tradition herméneutique (= d'interprétation) un argument de simplicité qu'elle utilise habituellement contre la philosophie du "monde" ou la théologie de la "chrétienté" (le fait qu'elle retombe aussitôt dans le "travers" qu'elle a dénoncé et même ridiculisé dans ce moment d'autocritique inattendue n'arrange évidemment pas les choses).
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Ven 06 Jan 2017, 15:48

J'aimerai citer un nouvel extrait de l'article sur l'autorité déjà mentionné ci-dessus, car je le trouve d'une telle finesse et d'une telle pertinence, qu'il mérite d'être connu :

 
"En ce qui concerne l’Écriture, il n’est peut-être pas inutile de rappeler qu’elle est née de la tradition d’une double manière. Elle est au départ la mise par écrit d’une tradition fondatrice, orale en particulier. Dans un deuxième temps, cette mise par écrit a fait l’objet d’un tri par des siècles de tradition vivante : c’est la lente formation du Canon des Écritures chrétiennes à la période patristique. L’analyse de ce double processus de naissance de l’Écriture nous permet de constater clairement que la Bible a valeur d’expression privilégiée de la tradition croyante dont elle est issue. L’important est ici de saisir que l’Écriture n’a jamais eu pour fonction de remplacer la tradition multiforme. Au contraire, chaque nouvelle mise par écrit se voulait au service de la relance de l’Évangile vivant. Si les traditions fondatrices ont ainsi été mises par écrit, sélectionnées et conservées, c’est à titre de « canon » (ce qui veut dire « règle » ou « instrument de mesure ») de la tradition vivante de la foi.
21
L’Écriture n’a pas été voulue comme une sorte de condensé de la tradition fondatrice, c’est-à-dire comme un recueil de la quintessence de la Parole de Dieu. Elle est encore moins une fixation de la conscience historique qui a donné naissance au christianisme, soit la Parole de Dieu achevée, dite une fois pour toutes[16]. Il faut plutôt voir l’Écriture comme un guide de lecture de la tradition vivante, plus précisément comme un modèle d’interprétation de toute l’expérience humaine comme Parole de Dieu. L’Écriture agit comme le témoin privilégié de la lecture chrétienne d’une tranche particulière de l’histoire humaine (histoire particulière du salut) appelée à servir de guide d’interprétation de toute l’histoire humaine (histoire générale du salut) comme Parole de Dieu. En tant que récit de l’expérience fondatrice de notre aptitude à voir Dieu dans l’histoire, elle a valeur de sacrement de la Parole de Dieu qui se dit toujours aujourd’hui dans tout ce qui est humain. Sur le chantier collectif de l’interprétation chrétienne de l’histoire en marche, elle agit comme le gabarit commun de mesure de la teneur en Parole de Dieu de tout ce qui est vécu. La Bible est donc Parole de Dieu à titre exemplaire et non à titre archivistique. C’est à titre de sacrement de la Parole de Dieu toujours actuelle qu’il faut la fréquenter pour acquérir, entretenir ou retrouver l’aptitude à entendre Dieu sur la route de la vie de tous les jours."

https://www.erudit.org/revue/ltp/2013/v69/n3/1025860ar.html#re1no11


L'autorité religieuse qui favorise une telle vision de la Bible, ne peut pas offrir une lecture légaliste de l'Ecriture avec la volonté de s'aroger une autorité qui réclame obéissance et soumission.
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Sam 07 Jan 2017, 13:00

En tâchant de ne pas trop répéter ce qui a été dit plus haut (21-23.12.16) sur cet article, j'insisterai sur le fait que ce type de discours (que je trouve aussi intéressant et intelligent) n'a de sens que comme un parmi d'autres, au sein d'une structure assez large (du genre "Eglise d'Etat" ou "Eglise multitudiniste" héritière d'une Eglise d'Etat, et par là même en rapport ou en prise, au moins en principe, avec une société entière, des gouvernants aux délinquants et aux marginaux -- là ça a un sens de parler de "l'expérience humaine" en général -- comme l'Eglise catholique dans les pays traditionnellement catholiques, anglicane ou épiscopalienne en Angleterre ou dans le Commonwealth britannique, luthérienne en Europe du Nord, orthodoxe ou apostolique en Orient, etc.) pour le rendre à la fois possible et nécessaire.

Dans l'image de l'esclave-intendant chargé de nourrir ses compagnons (mais également en situation de les malmener), comme dans celle du pasteur-berger qui paît ou fait paître, c.-à-d. nourrit et dirige son troupeau (mais qui peut aussi le maltraiter et s'en repaître, cf. les portraits à charge des "bergers" qui sont des chefs politiques et religieux, rois, princes ou prêtres, dans les textes "prophétiques"), il y va d'une alliance entre enseignement et gouvernement (au sens où l'on dirait plutôt aujourd'hui "gouvernance", et où demeure l'idée de "pilotage" du grec kubernèsis qui a donné "gouvernail" et "cybernétique"). Dans la "pédagogie" comme dans la "démagogie" il y a aussi l'idée de "conduire" (agô).

On ne pilote pas une barque comme un paquebot, on ne conduit pas un semi-remorque comme une trottinette: tout est là. Une grande structure appelle un enseignement et un gouvernement différenciés, adaptés à la diversité de son (grand) public, du cercle interne des pratiquants réguliers et inconditionnels au cercle externe des incroyants pour qui "l'Eglise" est quand même un "service public" (sens du mot "liturgie"). Il faut affirmer des certitudes pour ceux qui en demandent, et offrir de quoi penser à ceux qui ont besoin de penser. "Penser pour" développe alors toutes ses nuances, de "penser à la place" (de ceux qui veulent qu'on pense à leur place) à "donner à penser" (à ceux qui veulent penser par eux-mêmes). Tout cela peut coexister parce que la maison est grande et que son unité tient non à un discours ni à des idées mais à la pratique d'un certain rite, d'autant plus fédérateur que son sens n'est pas d'emblée trop explicite (il peut être explicité différemment pour des publics différents).

Mais l'"économie" (la loi de la maison) de la "secte" ou de la petite Eglise autonome est tout autre. Il lui faut un enseignement explicite et univoque, et un gouvernement ferme, pour attirer et retenir un type de public spécifique, qui demande des certitudes et rien d'autre, et qui veut vivre une expérience particulière et distinctive et surtout pas "l'expérience humaine" en général. Ceux qui éprouvent le besoin de vivre et de penser hors de ce cadre doivent impérativement en sortir, mais ils le peuvent, justement parce qu'il y a un dehors, et vaste. D'un point de vue affectif et social ça a un prix, mais quand on en a vraiment besoin ça le vaut.
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Ven 13 Jan 2017, 13:57

Citation :
Mais justement l'une des caractéristiques des TdJ (et d'un certain nombre d'évangéliques) consiste à récuser l'existence même d'une théologie et a fortiori d'une philosophie distinctes, par un anti-intellectualisme et un anti-élitisme qui sont aussi caractéristiques des "populismes" en politique. Dans ces conditions, se faire (encore) plus bête qu'on est devient la règle n° 1 des "leaders" -- une règle tellement prépondérante qu'elle ne laisse plus de place à aucune autre règle.


POURQUOI LA BIBLE EST-ELLE PARFOIS MAL COMPRISE ?

La Bible est faite pour être comprise par ceux qui sont humbles et désireux d’apprendre. Jésus a dit à son Père : « Je te loue publiquement,  Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as soigneusement caché ces choses à des sages et des intellectuels, et que tu les as révélées à des tout-petits » (Luc 10:21). La Bible est écrite de telle façon que seuls ceux qui la lisent avec le bon état d’esprit peuvent comprendre son message. Les gens remplis d’orgueil, un défaut courant chez les « sages » et les « intellectuels », ont souvent du mal à comprendre la Bible. Mais ceux qui la lisent avec l’attitude des « tout-petits », qui sont humbles et avides d’apprendre, peuvent avoir la joie de mieux comprendre le message divin. Dieu a vraiment fait la Bible d’une façon remarquable !

https://www.jw.org/fr/publications/revues/wp201701/comprendre-la-bible/


Un intellectuel et un érudit sont-ils plus enclin que les « tout-petits », à être remplis  d’orgueil ?
L'orgueil est-il un obstacle à une bonne compréhension de la Bible et à contrario, l'humilité favorise -t-elle des capacités spécifiques de compréhension ?
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Ven 13 Jan 2017, 14:54

Je répondrais volontiers oui à toutes ces questions: oui, il y a un "orgueil" spécifique du "savoir" et de "l'intelligence" (qui ne sont certes pas la même chose mais qui ont quand même un rapport); en termes sapientiaux, le "sage" court toujours le risque d'être "sage à ses propres yeux", auquel cas il peut se montrer plus bête que bête (cf. Proverbes 26,12); oui, un certain "orgueil" aveugle et une certaine "humilité" favorise la compréhension, quand pour apprendre et comprendre quoi que ce soit il faut précisément ne pas s'imaginer le savoir déjà.

Mais il n'empêche (c'est toute la question de ce fil et du "magistère" en général) que quiconque reçoit, accepte ou demande un "enseignement" attend de son "enseignant" qu'il coure ce risque (de l'intelligence et du savoir, et de l'orgueil qui les menace) pour lui, sinon à sa place. Les TdJ escomptent sans doute de "l'humilité" de la part de leur Collège central, mais aussi tout autre chose que de l'humilité: une certaine aptitude "intellectuelle" quoi qu'on en dise, une certaine "compétence", un certain "savoir" et une certaine "intelligence". Evidemment.

L'idée d'une "direction spirituelle" assurée par une poignée de benêts illuminés, guidés ou inspirés, est à la fois attrayante et effrayante -- on ne peut pas la désirer sans aussi la redouter, mais il faut encore comprendre pourquoi elle paraît attrayante et désirable. Elle l'est en vertu d'une sorte de principe (méta)physique de complémentarité divino-humaine rarement énoncé comme tel mais très largement illustré (y compris dans la Bible): moins il y aurait d'"humain", plus il y aurait de "divin"; plus un combat est déséquilibré, plus l'éventuelle victoire du faible dépend de la puissance divine et, le cas échéant, en témoigne (David et Goliath, Gédéon réduisant exprès ses troupes, etc.); moins un enseignant, un corps ou un collège enseignant, aurait de compétences "humaines", d'"intelligence" et de "savoir" propres, plus ce qu'il dit aurait de chances d'être "divin". On ne va presque jamais au bout de cette "logique" qui demanderait, logiquement, de choisir effectivement les plus ignorants et les plus idiots, ou mieux encore un processus de décision aléatoire et divinatoire (du genre tirage au sort, comme dans l'ourim-toummim hébreu, où l'homme fait parler, répondre, décider un "hasard" pour être sûr de ne pas parler, répondre, décider lui-même). Mais elle est assez présente et constante (y compris dans le NT qui se plaît souvent à peindre Jésus ou les apôtres comme des "illettrés") pour résister à la logique ordinaire des compétences. Le résultat de cette double contrainte, double bind (on voudrait à la fois les plus et les moins compétents), c'est toujours une certaine médiocrité qui écarte à la fois les pires et les meilleurs en tenant compte des deux "logiques" sans vraiment satisfaire ni à l'une ni à l'autre. Et la collégialité se cooptant elle-même est le plus sûr garant d'une médiocrité pérenne.

Plus généralement, je doute que "la religion" puisse jamais sortir de ce dilemme, qui en est pour ainsi dire constitutif (cf. déjà la coexistence, l'antagonisme et les multiples combinaisons de la "sagesse" et du "prophétisme" dans les textes de l'AT: le "divin" se manifeste tantôt par, dans ou avec, tantôt contre l'"humain" et son intelligence, son savoir, son savoir-faire, sa raison, ses calculs, sa stratégie): pour être religieuse, elle ne peut être ni seulement rationnelle ni seulement irrationnelle ou anti-rationnelle. Elle est plutôt le lieu (et c'est ce qui fait à mes yeux beaucoup de son prix) où la question de "l'homme", de son intelligence, de son savoir et de sa technique, de leur fondement et de leurs limites, se pose et n'en finit pas de se (re-)poser.
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MessageSujet: Re: Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45   Mar 17 Jan 2017, 12:38

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L'idée d'une "direction spirituelle" assurée par une poignée de benêts illuminés, guidés ou inspirés, est à la fois attrayante et effrayante -- on ne peut pas la désirer sans aussi la redouter, mais il faut encore comprendre pourquoi elle paraît attrayante et désirable. Elle l'est en vertu d'une sorte de principe (méta)physique de complémentarité divino-humaine rarement énoncé comme tel mais très largement illustré (y compris dans la Bible): moins il y aurait d'"humain", plus il y aurait de "divin"; plus un combat est déséquilibré, plus l'éventuelle victoire du faible dépend de la puissance divine et, le cas échéant, en témoigne (David et Goliath, Gédéon réduisant exprès ses troupes, etc.); moins un enseignant, un corps ou un collège enseignant, aurait de compétences "humaines", d'"intelligence" et de "savoir" propres, plus ce qu'il dit aurait de chances d'être "divin". On ne va presque jamais au bout de cette "logique" qui demanderait, logiquement, de choisir effectivement les plus ignorants et les plus idiots, ou mieux encore un processus de décision aléatoire et divinatoire (du genre tirage au sort, comme dans l'ourim-toummim hébreu, où l'homme fait parler, répondre, décider un "hasard" pour être sûr de ne pas parler, répondre, décider lui-même). Mais elle est assez présente et constante (y compris dans le NT qui se plaît souvent à peindre Jésus ou les apôtres comme des "illettrés") pour résister à la logique ordinaire des compétences. Le résultat de cette double contrainte, double bind (on voudrait à la fois les plus et les moins compétents), c'est toujours une certaine médiocrité qui écarte à la fois les pires et les meilleurs en tenant compte des deux "logiques" sans vraiment satisfaire ni à l'une ni à l'autre. Et la collégialité se cooptant elle-même est le plus sûr garant d'une médiocrité pérenne.


Narkissos, Merci beaucoup pour cette analyse pertinente.

Je pense que la Watchtower vise principalement le savoir et les intellectuels universitaires quand elle fait allusion aux "gens remplis d’orgueil" et qui "ont souvent du mal à comprendre la Bible."

Un intellectuel qui a fait de nombreuses années d'études attribuera son savoir et ses compétences à son cursus universitaire et à ses capacités de travail et d'assimilation, non à Dieu. On pourra dire, seulement d'un individu ordinaire (sans formation universitaire) et qui s'auto-proclame canal de connaissance de la Bible,  « Heureux es-tu, (...) car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. »

Il y a aussi la volonté de la Watchtower d'opposer la lecture croyante de la Bible et lecture critique (haute). 
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Quel est l'esclave fidèle et avisé Mat 24 45
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