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 Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme

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Mlle Doe



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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Ven 03 Mai 2013, 13:22

https://www.youtube.com/watch?v=4i6PfF4kX7U
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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Dim 05 Mai 2013, 18:13

L'évangile de Luc fait du "don" qui n'attend rien en retour un mode de vie, notamment Luc 6, 27 ss :

"Mais je vous le dis, à vous qui m'écoutez : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent,28 bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament.29 A qui te frappe sur une joue, présente encore l'autre ; à qui t'enlève ton manteau, ne refuse pas ta tunique.30 A quiconque te demande, donne, et à qui t'enlève ton bien ne le réclame pas. "

J'ai le sentiment que ce texte demande aux croyants d'être dans le renoncement, le reniement, le dépouillement et le don inconditionnel ... A quiconque te demande, donne, et à qui t'enlève ton bien ne le réclame pas. ... Est-ce dans contexte qu'il faut lire Actes 20,35 ?
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le chapelier toqué

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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Lun 06 Mai 2013, 12:15

Il y a du positif à donner sans rien attendre en retour, à donner sans faire de calcul. Ce type d'action est aussi très prisé par les bouddhistes.

A nouveau il y a cette idée de partage de connaissances, de spiritualités entre des mouvements différents, présents dans des lieux éloignés mais malgré tout connectés les uns les autres.
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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Jeu 15 Aoû 2013, 10:47

Ainsi, puisque le Christ a souffert dans la chair, vous aussi armez-vous de la même conviction : celui qui a souffert dans la chair a rompu avec le péché " - 1 Pie 4, 1


C'est ici l'observation que je trouve -- depuis longtemps, donc -- fascinante: que la souffrance (autrement dit la passion, en son sens "classique" et désuet, http://oudenologia.over-blog.com/article-pathophobie-115325962.html) implique littéralement une pause (pauomai), trêve, rupture ou interruption -- pas forcément définitive, en dépit de ce que suggèrent souvent les traductions (en a fini, a rompu avec le péché) et surtout les commentaires, sans quoi l'exhortation n'aurait plus de raison d'être -- de cet état de "péché" qui est lui-même décrit par ailleurs, et entre autres, comme un complexe de "passions" (c.-à-d. de souffrances) et de "désirs" (cf. p. ex. Galates v, 24).



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le chapelier toqué

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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Ven 16 Aoû 2013, 11:50

Ce passage me rappelle le verset suivant:

Citation :
33 Je vous ai dit cela afin que vous ayez la paix en moi. Vous aurez à souffrir dans le monde, mais prenez courage: moi, j’ai vaincu le monde. »

Jean 16.33 TOB

Je me suis souvent demandé si la souffrance en question venait de ce que nous étions chrétiens et prêts à suivre les traces de Jésus ou de notre nature très humaine encline à faire et le bien et le mal avec presque la même facilité.
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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Jeu 07 Juin 2018, 10:39

"Au jour du bonheur, sois heureux, et au jour du malheur, regarde : Dieu a fait l'un exactement comme l'autre, de telle sorte que l'être humain ne trouve rien de son avenir." Qo 7, 14

À Dieu revient la succession des jours fastes et néfastes sans que l’homme puisse changer quoi que ce soit au cours des choses, devant tant d’imprévus, l’homme se révèle impuissant et il paraît illusoire de rechercher le bonheur, qui n'est pas (selon Qohelet), la finalité de la vie. 


«Le bien-être n’apparaît plus comme un idéal auquel nous pouvons librement choisir d’aspirer, mais bien comme un impératif moral qui a fini par se retourner contre nous.»
«Le syndrome du bien-être résulte pour une grande part de la croyance selon laquelle nous sommes des individus autonomes, forts et résolus, qui devons nous efforcer de nous perfectionner sans relâche. Or c'est précisément le fait d'entretenir cette croyance qui entraîne l'émergence de sentiments de culpabilité et d'angoisse.» http://www.slate.fr/story/118467/etre-heureux-oubliez-vous
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Jeu 07 Juin 2018, 12:14

La "connaissance du bien et du mal" (du bon et du mauvais, du bonheur et du malheur, etc.) est décidément une formule "anthropologique" inépuisable, au-delà de son intention éventuelle -- autant que la faculté de l'homme, individuel et collectif, à trouver du bonheur dans son malheur et inversement, y compris par ce genre de propos dont à la fois on se lasse vite et on ne se lasse jamais. Qohéleth, ou le Yahviste présumé de la Genèse, avaient tout dit, avant et après tant d'autres.

A ce petit jeu toutes les tactiques et stratégies sont possibles et nécessaires, qu'elles soient ici ou là permises ou interdites, recommandées ou déconseillées: pessimisme et optimisme, fatalisme et volontarisme, passéisme et progressisme, passivisme ou activisme, masochisme ou hédonisme, moralisme ou immoralisme, égoïsme ou altruisme, utopie ou réalisme, modestie ou ambition, engagement ou détachement. Il y a toujours une façon de se faire du mal en se faisant du bien, et réciproquement, à soi-même et les uns aux autres. Ce type de remarque, sous son air de décrire l'ensemble du jeu, n'étant d'ailleurs que le symptôme, le produit et l'opération même d'une stratégie parmi les autres.

Soit dit en passant, la formulation de Qohéleth est tout simplement géniale: au jour du bonheur il n'y a rien d'autre à faire que d'être (heureux), au jour du malheur, rien d'autre à faire non plus que regarder (voir, contempler, comprendre, fût-ce qu'il n'y a rien à comprendre). L'un n'est pas en son temps (cf. chap. 3) sans l'autre en son temps, l'un n'est pas préférable à l'autre: la seule "erreur" -- et encore, inévitable le cas échéant -- serait le contretemps: vouloir comprendre au lieu d'être heureux le jour du bonheur, vouloir être heureux au lieu de regarder le jour du malheur.
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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Jeu 07 Juin 2018, 13:23

Citation :
Soit dit en passant, la formulation de Qohéleth est tout simplement géniale: au jour du bonheur il n'y a rien d'autre à faire que d'être (heureux), au jour du malheur, rien d'autre à faire non plus que regarder (voir, contempler, comprendre, fût-ce qu'il n'y a rien à comprendre). L'un n'est pas en son temps (cf. chap. 3) sans l'autre en son temps, l'un n'est pas préférable à l'autre: la seule "erreur" -- et encore, inévitable le cas échéant -- serait le contretemps: vouloir comprendre au lieu d'être heureux le jour du bonheur, vouloir être heureux au lieu de regarder le jour du malheur.

La formulation de Qohéleth fait penser au concept de l'"acceptation", accepter la vie telle quelle est, sans révolte et en transformant (quand c'est possible), le négatif en positif, le malheur peut rendre plus fort (la résilience). Il me semble que pour Qohéleth, la vie ou l'œuvre de Dieu est un mystère insondable, que l'on ne peut qu'accepter ou observer, sans prise et sans compréhension :

 "j'ai vu toute l'œuvre de Dieu : l'être humain ne peut pas trouver l'œuvre qui se fait sous le soleil ; ce que l'être humain cherche avec peine, il ne le trouvera pas ; et même si le sage prétend connaître, il ne peut pas trouver." (8,17)

 "De même que tu ne sais pas comment le souffle ou les os se forment dans le ventre de la femme enceinte, de même tu ne connais pas l'œuvre de Dieu qui fait tout." (11,5)


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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Jeu 07 Juin 2018, 14:11

(Acception ou acceptation: l'usage du français qui a formé ce doublet réserve plutôt la première forme à la sémantique, "acception" = "sens" particulier d'un mot tel qu'il est "reçu", "conçu" et constaté; outre le sens vieilli et d'ailleurs "biblique" de formules comme "acception de personne" = partialité, favoritisme; l'étymologie est la même, comme pour réception ou conception, avec la même métaphore ensevelie du même geste de la main: prendre, saisir, tenir; d'où aussi com-prendre ou ap-préhender.)

Il y a, bien sûr, mille manières de "transformer le mal en bien" (et inversement, hélas !), p. ex. "dans sa tête" (cœur, etc.) ou "à l'extérieur". La révolte, la lutte, le combat, l'action, ne peuvent pas davantage être exclus du jeu que la résignation p. ex. (j'aurais pu dire "acceptation" ou "résilience", je choisis le mot que ceux-ci évitent et remplacent). Chaque chose en son temps, mais c'est le temps de l'inaction ou de la "passion" (pâtie-subie: le jour du malheur) qui est propice à la contemplation, même limitée, des temps et de leur "vanité" globale. Ça ne rend pas ce temps-là meilleur ni pire que les autres, mais nécessaire comme les autres.

[Parmi les choses à contempler, du point de vue d'une "passion" sémantique et très relative, il y a la valse des synonymes sur l'air du temps, au gré des modes de l'acceptation ou du refus de leurs acceptions diverses. En ce moment la "résignation" c'est out, mais la "résilience" c'est in; naguère la "morale" était out, l'"éthique" était in, ça a déjà changé; cf. aussi "pitié" (out) et "compassion" (in), "charité" (out) et "solidarité" (in), etc. Il est certes toujours possible de distinguer entre des synonymes, à condition de faire la distinction précisément, c'est-à-dire de l'inventer ou de la fabriquer de toutes pièces si elle ne pré-existe pas, désormais elle existera, jusqu'à ce qu'elle passe; loi sans loi de "l'usage" et de son usure, là encore en plus d'un sens.]

Cf. ici et .
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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Jeu 07 Juin 2018, 16:19

"Heureux êtes-vous, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés ! Heureux êtes-vous, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez !
Heureux êtes-vous lorsque les gens vous détestent, lorsqu'ils vous excluent, vous insultent et rejettent votre nom comme infâme, à cause du Fils de l'homme.
Réjouissez-vous en ce jour-là et tressaillez de joie, parce que votre récompense est grande dans le ciel ; car c'est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes.
Mais quel malheur pour vous, les riches ! Vous tenez votre consolation !
Quel malheur pour vous qui êtes rassasiés maintenant ! Vous aurez faim ! Quel malheur pour vous qui riez maintenant ! Vous serez dans le deuil et dans les larmes !" Luc 6, 21 ss


Ce texte est paradoxal, Jésus clame "heureux" pour ceux qui connaissent le manque ("vous qui avez faim"), qui sont tristes ("vous qui pleurez") et qui sont les objets de la haine, dans l'éventualité d'une changement futur. L'aspect momentanée de la souffrance ou du manque et l'attente d'un futur radieux seraient une source de joie. L'intensité de cette joie sera proportionnelle au malheur présent (inversement pour les "malheurs"). Un avenir s'ouvre en effet devant ceux qui n'avaient pas d'avenir. Le "maintenant" n'influence pas le bonheur actuel du croyant, qui puise sa force dans la promesse.
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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Jeu 07 Juin 2018, 18:23

Ici le lien (plus direct) à un article partiellement cité plus haut (30.4.2013), en écho au début de cette discussion.

Le paradoxe est doublement abyssal: s'il y a un bonheur du malheur et/ou un malheur du bonheur qui doivent être éprouvés maintenant, "en même temps" comme dirait not'président, fût-ce par référence à un avenir (eschatologique), chacun d'eux se met de lui-même en miroir, par un jeu de renversement potentiellement infini: il faudrait aussi dire malheureux celui qui est heureux d'être malheureux, et heureux celui qui est malheureux d'être heureux d'être malheureux, et ainsi de suite... (Cf. Le créateur de Dupontel.)

Cet "affolement logique" opère une véritable désintégration des concepts axiologiques de "bon" et de "mauvais", qui sont aussi et surtout des affects (bonheur / malheur); c'est un effet similaire que produit le fameux conte chinois du paysan et du cheval, où chaque nouvelle péripétie renverse le jugement provisoire qu'appelait la précédente (le paysan trouve un cheval, c'est bien; avec le cheval il se casse la jambe, c'est mal; avec la jambe cassée il n'est pas enrôlé pour la guerre, c'est bien; sans le guerrier le royaume est perdu, c'est mal; le "sens" de l'histoire dépend en l'occurrence de sa fin, ou de son absence de fin).

On est typiquement ici -- et le plus souvent d'ailleurs -- dans ce qu'on appelle aujourd'hui (depuis le XXe siècle, Austin etc.) un langage ou un discours performatif, speech act, qui vaut non par ce qu'il dit, son "contenu" indicatif ou descriptif, vrai, faux ou douteux, mais par ce qu'il fait en le disant. Celui qui l'écoute et y "croit" d'une façon ou d'une autre (de la foi religieuse d'un chrétien écoutant la parole énigmatique mais forcément divine du "Seigneur", ou de l'attention du sage cherchant la "leçon" du conte) y apprend effectivement quelque chose, mais c'est moins un savoir théorique qu'un savoir-faire pratique; p. ex., la méfiance ou la distance par rapport à l'évidence immédiate de ses sentiments, émotions, jugements, etc. (Je repense à un autre conte oriental, était-ce chez Hesse ou Yourcenar ? -- la bague où étaient gravés les mots "cela aussi passera", qui prenaient un sens contraire, quoique toujours le même, selon que son porteur la regardait quand il se sentait "heureux" ou "malheureux". En quoi, d'ailleurs, c'est bien toujours un grain de contretemps qui fait la sagesse du "en son temps", chez Qohéleth aussi: au jour du bonheur sois heureux, mais pense quand même au jour du malheur où il n'y aura plus qu'à regarder).
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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Ven 08 Juin 2018, 09:48

Merci Narkissos pour ce commentaire. Que penses-tu de la réflexion suivante de Simone Weil :

" L'extrême grandeur du christianisme vient de ce qu'il ne cherche pas un remède surnaturel contre la souffrance, mais un usage surnaturel de la souffrance "
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Narkissos

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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Ven 08 Juin 2018, 11:27

Il faut lire cette phrase dans son contexte (La pesanteur et la grâce, chap. 16 "Le malheur", p. 84) -- bien qu'en raison du caractère quasi aphoristique de l'écriture de Simone Weil, qui se prête trop bien à la citation, ce ne soit pas tant le contexte immédiat que l'ensemble du livre qui "éclaire" chaque phrase particulière: la pensée est moins "construite" que récurrente ou cyclique, revenant souvent, chaque fois un peu différemment, sur ses propres traces. Le livre n'est pas très long, il mérite d'être lu et relu, doucement.

Sous cette réserve la phrase me paraît juste: elle est vraie en tout cas d'un certain "christianisme", "mystique" si l'on veut, qui s'exprime plus ou moins nettement, plus ou moins purement ou exclusivement, dans les textes chrétiens, depuis le NT (Paul, Pierre, Matthieu ou Jacques notamment) -- et assurément dans ceux de Simone Weil.

Je ne saurais aujourd'hui parler de "surnaturel" -- il y a d'ailleurs beaucoup de "nature", de "physique" et de "logique", au sens le plus strictement mathématique du mot, dans la "surnature" de Simone Weil, qui est plus près du stoïcisme et du néoplatonisme que des miracles de Lourdes ou d'ailleurs. Et je me méfierais de l'opposition entre "remède (contre)" et "usage (de)" ("la souffrance") -- je suis (devenu) plus nietzschéen qu'elle, donc sensible aussi aux dimensions "épicurienne", et même "sado-masochiste" avant la lettre, du jeu chrétien de la souffrance: il y a également un plaisir, et une cruauté, à (se faire, se voir, se regarder) souffrir, et une relative "neutralisation" de la souffrance voulue, acceptée, consentie. Cela dit, Simone Weil est elle-même extraordinairement attentive à tout cela à sa manière, il suffit de la lire comme elle le demande: attentivement, patiemment.


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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Ven 08 Juin 2018, 12:24

Citation :
Sous cette réserve la phrase me paraît juste: elle est vraie en tout cas d'un certain "christianisme", "mystique" si l'on veut, qui s'exprime plus ou moins nettement, plus ou moins purement ou exclusivement, dans les textes chrétiens, depuis le NT (Paul, Pierre, Matthieu ou Jacques notamment) -- et assurément dans ceux de Simone Weil.

"Il s'agit maintenant de le connaître, lui, ainsi que la puissance de sa résurrection et la communion de ses souffrances, en étant configurés à lui dans la mort" Ph 3,10

Les souffrances chez Paul font entrer dans la connaissance du Christ : connaître le Christ, c'est communier à ses souffrances.

 "Or si nous sommes enfants, nous sommes aussi héritiers : héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, s'il est vrai que nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui. J'estime en effet qu'il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire qui va être révélée en nous." Rm 8, 17-18 

Pour Paul la souffrance s'inscrit dans un processus de transformation qui mène à la résurrection, à une gloire à venir, qui effacera la souffrance passée.



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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Ven 08 Juin 2018, 13:55

Rien qu'entre ces deux textes on peut sentir toute la différence qui tient à la variation du paramètre "eschatologique" -- plus précisément, à l'interprétation de l'"eschatologie".

Quand l'expérience "chrétienne" se comprend dans la perspective globale d'un événement "cosmique"  en cours, dont l'accomplissement domine l'ensemble même s'il ne s'agit déjà plus d'un événement simplement "extérieur" et "imminent" (Romains 8 ), les "souffrances présentes" sont encore rapportées à un futur hétérogène (= d'une autre nature) qui les compenserait, qui ferait même beaucoup plus que ça (c'est tout l'accent hyperbolique du texte, l'excès de la "gloire" à venir sur la "souffrance" présente). Quand cette perspective s'éloigne (Philippiens 3) l'eschatologie ne disparaît pas pour autant, mais elle s'intériorise encore davantage, ne faisant plus qu'un avec l'expérience individuelle et communautaire: il est de moins en moins question d'événement à venir ("d'ailleurs" en quelque sorte) mais de l'aboutissement d'un processus autonome, quasiment automatique, voire auto-immune. La souffrance n'est plus (ré-)compensée par l'octroi d'un "salut" extérieur (résurrection, gloire, immortalité, béatitude, etc.), elle produit son propre "salut" (qui peut être décrit avec les mêmes mots mais s'entend néanmoins différemment). Certes cela se joue toujours dans le "temps", il y a toujours "processus", "utilité", "économie", "moyen" et "fin" si l'on veut, mais autrement.


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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Ven 08 Juin 2018, 14:41

Pour ces textes, la souffrance est un passage obligé, ce qui induit que le bonheur n'est pas la caractéristique du croyant. Il y a un lien entre souffrance et salut, la souffrance n'est vécu comme une anormalité mais comme une conséquence logique de la croix et un moyen de ressentir la puissance et la faveur divines :

"il m'a dit : « Ma grâce te suffit, car ma puissance s'accomplit dans la faiblesse. » Je mettrai donc bien plus volontiers ma fierté dans mes faiblesses, pour que la puissance du Christ repose sur moi.

Aussi je me plais dans les faiblesses, dans les outrages, dans les désarrois, dans les persécutions et les angoisses, pour le Christ ; en effet, c'est quand je suis faible que je suis fort." 2 Cor 12, 9-10
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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Ven 08 Juin 2018, 15:09

Je signale quand même (mea culpa si tu cites la NBS !) que le texte peut paraître un peu moins contradictoire en grec qu'en français: eudokeô qui est traduit par "se plaire à" est plutôt un verbe d'opinion (doxa) ou de jugement que de sentiment ou d'émotion: plus strictement donc, plus lourdement aussi, "je juge bonnes" ou "j'approuve" les faiblesses, etc. Mais il faut aussi tenir compte de son usage dans la Septante, où il traduit régulièrement des expressions de plaisir. (Cf. son usage dans les scènes évangéliques du Baptême ou de la Transfiguration, "celui que j'ai approuvé / en qui j'ai pris plaisir", Matthieu 3,17 etc.; et le "bon plaisir" du roi qui se confond avec sa volonté, sa décision, etc.)
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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Lun 11 Juin 2018, 15:06

"Tu parles comme une folle ! Nous recevrions de Dieu le bonheur, et nous ne recevrions pas aussi le malheur ! En tout cela, Job ne pécha pas par ses lèvres" Job 2, 10 

Ce texte ne dit-il pas, à sa manière, la meilleure façon de faire face au malheur pour un croyant ?
Le croyant ne comprend pas tout dans la manière d’agir de Dieu mais il ne doit pas céder à la révolte et ne pas couper les ponts avec Dieu, en un mot accepter le bonheur comme le malheur que nous "offre" la vie. La présence de la souffrance dans la vie du croyant est un mystère qu’il ne comprend pas, autant lui donner un sens ou apprend de la souffrance (il paraît que l'on apprend rien du bonheur). Tout est juste, le bonheur comme le malheur.
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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Lun 11 Juin 2018, 16:30

Cela ne ressemble guère au Job des chapitres suivants (qui parlerait plutôt comme sa femme dans le Prologue), mais c'est en effet une synthèse tout à fait acceptable, aussi bien au regard de la "sagesse pieuse" commune à la plus grande partie de l'Antiquité, internationale et immémoriale (des sages égyptiens ou mésopotamiens à Qohéleth p. ex.) que du monothéisme "amoral" du deutéro-Isaïe (45,7 etc.). La grande différence avec le judaïsme ultérieur et le christianisme, c'est que dans une telle phrase il n'est pas question d'expliquer ni d'instrumentaliser la souffrance (contrairement à la tentative d'Elihou p. ex.). Il n'y a rien à "comprendre" et on ne prétend pas que ça "serve" à quelque chose.

---
Sans aucun rapport avec ce qui précède, mais en rapport étroit avec le tout début de ce fil, voici ce que Nietzsche écrivait en 1886 (Fragments posthumes, 2[144], trad. J. Hervier):
Citation :
A supposer même qu'une contre-preuve de la foi chrétienne ne puisse être administrée, et eu égard à la terrible possibilité qu'elle fût pourtant vraie, Pascal tenait pour habile, au sens le plus élevé du terme, d'être chrétien. On rencontre aujourd'hui, et cela montre à quel point le christianisme a perdu de son caractère terrible, cette autre tentative de justification selon laquelle, même s'il s'agissait d'une erreur, on tirerait toute sa vie de cette erreur énormément d'avantage et de plaisir: il semble donc qu'il faille sauvegarder cette foi précisément à cause de ses effets apaisants, -- donc, non par crainte d'une possibilité menaçante, bien plutôt par crainte d'une vie qui perdrait l'un de ses charmes. Ce tournant hédoniste, la preuve par le plaisir est un symptôme de décadence, elle remplace la preuve par la force, par ce qui, dans l'idée chrétienne, est bouleversant, par la crainte. En fait, dans ce renversement d'interprétation, le christianisme approche de l'épuisement: on se contente d'un christianisme opiacé parce qu'on n'a ni la force de chercher, de combattre, d'oser et de vouloir être seul, ni la force nécessaire au Pascalisme, à ce mépris de soi ratiocineur, à la croyance en l'indignité humaine, à l'angoisse d'un "Peut-être condamné". Mais un christianisme qui doit surtout apaiser des nerfs malades n'a absolument pas besoin de cette terrible solution d'un "Dieu en croix": c'est pourquoi, en silence, le bouddhisme progresse partout en Europe.
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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Mar 12 Juin 2018, 10:40

Citation :
Sans aucun rapport avec ce qui précède, mais en rapport étroit avec le tout début de ce fil, voici ce que Nietzsche écrivait en 1886 (Fragments posthumes, 2[144], trad. J. Hervier):
Citation :
A supposer même qu'une contre-preuve de la foi chrétienne ne puisse être administrée, et eu égard à la terrible possibilité qu'elle fût pourtant vraie, Pascal tenait pour habile, au sens le plus élevé du terme, d'être chrétien. On rencontre aujourd'hui, et cela montre à quel point le christianisme a perdu de son caractère terrible, cette autre tentative de justification selon laquelle, même s'il s'agissait d'une erreur, on tirerait toute sa vie de cette erreur énormément d'avantage et de plaisir: il semble donc qu'il faille sauvegarder cette foi précisément à cause de ses effets apaisants, -- donc, non par crainte d'une possibilité menaçante, bien plutôt par crainte d'une vie qui perdrait l'un de ses charmes. Ce tournant hédoniste, la preuve par le plaisir est un symptôme de décadence, elle remplace la preuve par la force, par ce qui, dans l'idée chrétienne, est bouleversant, par la crainte. En fait, dans ce renversement d'interprétation, le christianisme approche de l'épuisement: on se contente d'un christianisme opiacé parce qu'on n'a ni la force de chercher, de combattre, d'oser et de vouloir être seul, ni la force nécessaire au Pascalisme, à ce mépris de soi ratiocineur, à la croyance en l'indignité humaine, à l'angoisse d'un "Peut-être condamné". Mais un christianisme qui doit surtout apaiser des nerfs malades n'a absolument pas besoin de cette terrible solution d'un "Dieu en croix": c'est pourquoi, en silence, le bouddhisme progresse partout en Europe.

Simone Weil avait écrit: «La religion en tant que source de consolation est un obstacle à la véritable foi: en ce sens l'athéisme est une purification. Je dois être athée avec la partie de moi-même qui n'est pas faite pour Dieu. Parmi les hommes chez qui la partie surnaturelle d'eux-mêmes n'est pas éveillée, les athées ont raison et les croyants ont tort.»
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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Mar 12 Juin 2018, 12:41

A toutes fins utiles, c'est dans le chapitre 25 ("L'athéisme purificateur") de La pesanteur et la grâce (p. 116 de l'édition déjà citée plus haut).

(J'ai beaucoup lu Simone Weil, entre autres, vers l'époque de mon exclusion des TdJ. C'est donc assez "vieux" pour moi mais à une place importante et assez décisive de mon intertextualité particulière, à un point où très peu de textes m'avaient encore marqué.)

Pasolini, un peu plus tard, disait quelque chose d'assez semblable: que pour lui "l'évangile" était source d'inquiétude et non de consolation.
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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Mar 12 Juin 2018, 15:26

Citation :
Pasolini, un peu plus tard, disait quelque chose d'assez semblable: que pour lui "l'évangile" était source d'inquiétude et non de consolation.

Je ne sais pas à quoi, Pasolini, faisait allusion mais je trouve qu'une partie de l'enseignement dispensé dans les évangiles placent le croyant devant un constat d'échec angoissant. Par exemple, la réponse que Jésus fait à l'homme riche qui observe la loi depuis son plus jeune âge est source d'inquiétudes en mettant ce personnage en situation d'échec, puisqu'il lui "manque une seule chose" (qui annule tous ce qu'il avait accompli auparavant), en l'occurrence le fait de vendre tout ce qu'il possédait et de le donner aux pauvres. On a le sentiment que ce Jésus de l'évangile de Marc (10), exprime une demande ou une exigence, qui place l'homme riche dans une situation ou il ne peut que s'assombrir et s'en aller tout triste. Il est angoissant et inquiétant pour un croyant de considérer que le simple de ne pas satisfaire à une "seule chose" puisse réduire à néant une vie de dévotion.( chez Matthieu, c'est encore plus radical, « Si tu veux être parfait, vends tes biens… » (Mt 19,21).
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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Mar 12 Juin 2018, 16:11

Concernant Pasolini (je viens de voir le film que lui a consacré Ferrara, et que j'ai bien aimé), tu n'es pas loin du compte puisqu'il se situe à la confluence (turbulente) du marxisme et du catholicisme italiens des années 1950-70 (dominés respectivement par les figures de Gramsci d'abord, de Jean XXIII ensuite). Son évangile de prédilection est très logiquement Matthieu (Il Vangelo secondo Matteo, dédié à Jean XXIII, seul film "sur Jésus", à ma connaissance, à respecter presque intégralement UN texte évangélique au lieu de mixer les quatre évangiles). Radical, c'est le mot, et d'autant plus angoissant qu'il ne s'agit pas d'impossibilité ni de désespoir (ce qui serait finalement rassurant: quand on n'y peut rien, on est tranquille), mais au contraire d'une possibilité toujours ouverte, et ainsi brûlante (on peut toujours, ici et maintenant, renoncer à juger, se défaire de ses biens, etc.): c'est bien ça qui est inquiétant -- et pourtant chez Pasolini c'est toujours gai (sans jeu de mots: l'homosexualité est omniprésente, mais là je veux dire léger dans une veine franciscaine, cf. Uccellacci e uccellini). Mais bon, il faut voir et lire Pasolini (films, théâtre, poésie, essais), du plus "beau" au plus insoutenable (Salò). Teorema est sans doute le plus clairement "théologique" de ses films, et l'un de mes films "théologiques" préférés (avec Dreyer, Bresson, Bergman, Tarkovski -- ou Buñuel sur un tout autre ton).
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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Mer 13 Juin 2018, 10:26

La radicalité inquiétante de l'évangile de Matthieu s'exprime bien à travers le texte suivant : "Vous serez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait"(5,48). L'évangile de Matthieu réclame une observance stricte de la loi, en fait le Jésus de l'évangile de Matthieu exige une attitude que la Loi elle-même ne requiert pas : il propose de dépasser l’obéissance classique requise aux commandements, pour accéder à une justice plus grande que celle des scribes et des pharisiens. La base du raisonnement du Jésus matthéen repose sur la formule, "Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens", à partir de laquelle il envisager un rapport entre les hommes et avec Dieu excessif et menaçant, puisque la sanction entrevu pour la transgression est "la géhenne de feu". En rapport avec l'interdiction du meurtre, CE Jésus indique que le simple fait de se mettre en colère contre son frère  ou de le de traiter de fou sera passible de la géhenne de feu. Autre attitude envisagée et exigée, "Quiconque regarde une femme de façon à la désirer a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur". En cas d'échec, la solution suggérée : 

 "Si ton œil droit doit causer ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi. Car il est avantageux pour toi de perdre seulement une partie de ton corps et que celui-ci ne soit pas jeté tout entier dans la géhenne"(5,29)

 La radicalité du Jésus matthéen transparait même à travers les réactions des disciples, en effet  l'enseignement de Jésus sur la répudiation (Mt 19), va générer une réaction chez les disciples qui traduit bien l'excès de cet enseignement, puisque ils vont dire : "Si telle est la condition de l'homme par rapport à la femme, il n'est pas avantageux de se marier" (19, 10). Jésus renchérit au v 12 : "il y en a qui se sont rendus eux-mêmes eunuques à cause du règne des cieux".


Difficile d'être heureux et épanouie avec cet enseignement !
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MessageSujet: Re: Le Bonheur, la Souffrance et le Christianisme   Mer 13 Juin 2018, 11:58

Sans revenir sur le détail des textes et des thèmes que tu évoques, et que nous avons souvent discutés ailleurs, je crois qu'il ne faut pas chercher dans l'Evangile selon Matthieu la cohérence absolue d'un "système". Il intègre trop de points de vue différents (à commencer par celui ou ceux de Marc) pour en avoir un seul. Penser à ces cathédrales construites sur plusieurs générations, dans des contextes politiques, économiques et techniques différents, où les matériaux, les plans, les styles et l'art lui-même ont changé du tout au tout entre le commencement et la fin: s'il y a une "unité" au bout du compte, elle est autant effet de "hasard" que d'"intention".

Dans la polyphonie matthéenne il y a cependant des voix très reconnaissables, en particulier un certain "chœur antipaulinien" auquel nous sommes d'autant plus sensibles que nous avons aussi lu "Paul". Un christianisme des œuvres plutôt que de la foi, ou plus finement une foi en acte plutôt qu'en parole ou en "confession", ça ne passe pas inaperçu, mais ça serait passé inaperçu si ça n'avait pas un peu "gueulé" pour se faire entendre. L'excès, l'exagération, l'outrance, l'hyperbole, le fortissimo, lui étaient nécessaires pour se distinguer à la fois d'une synthèse post-paulinienne dominante dans la "grande Eglise" et du "pharisaïsme" qui lui servait de repoussoir théorique.

Mais (à mon avis) cette façon caricaturale de forcer le trait n'a justement pas l'effet étouffant d'un "système", fût-il "raisonnable" ou "modéré". D'autant qu'elle coexiste avec son "contraire" (accueil des "pécheurs", des "païens", rémission sans limite, récompense assurée au moindre acte de bonté). Justement parce que l'exigence radicale ne peut pas constituer une "morale" stable, viable, généralisable et applicable dans la durée, elle conserve toute sa puissance d'interpellation ponctuelle. Il est toujours possible de faire en particulier ce qu'on ne peut pas faire en général (on ne peut pas faire plus anti-kantien).

Ce n'est sûrement pas une recette de "bonheur", ce serait plutôt une violente charge contre un tel concept en ce qu'il a d'établi, d'assuré ou de durable. Mais que vaut un "bonheur" qui ne se laisserait jamais inquiéter par ce genre de remise en question ?

---

A propos des "coïncidences" entre Matthieu et le marxisme (que Pasolini n'a pas été le seul à ressentir, quoiqu'il les ait exprimées de façon unique: penser à toute la "théologie de la libération" à la même époque): il y a là certainement des contresens, mais des contresens profonds -- l'anti-idéalisme, la pensée que toute "idéologie" (ou "spiritualité") dépend d'une condition matérielle, économique et sociale déterminée (là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur, NON L'INVERSE), le renversement du rapport "idéaliste" entre "pratique" (praxis) et "théorie", ce sont de vraies affinités.
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