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 Le jugement dernier dans le nouveau testament

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MessageSujet: Le jugement dernier dans le nouveau testament   Jeu 24 Oct 2013, 17:38

L'idée d'un jugement dernier est répandue dans le NT.
 
Ce jugement dernier est souvent réalisé en fonction des actes des individus qui entrainent soit la perdition, soit le salut.
Paul établi clairement cette forme de jugement en 1 Cor 6, 9-10 :

 " Ne savez-vous donc pas que les injustes n'hériteront pas du Royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas ! Ni les débauchés, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les efféminés, ni les pédérastes, ni les voleurs, ni les accapareurs, ni les ivrognes, ni les calomniateurs, ni les filous n'hériteront du Royaume de Dieu. "

Certains éxégètes indiquent que ce texte ne concerne pas le sort définitif de la personne mais le salut ou la condamnation de la vie présente. (1 Cor 5,17 : " Aussi, si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu'une réalité nouvelle est là.")
 
D'ailleurs de nombreux textes font référence à un jugement "présent" :

" Il n'y a donc, maintenant, plus aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus Christ. " - Rm 8,1

" Si en effet le ministère de condamnation fut glorieux, combien le ministère de la justice ne le sera-t-il pas plus encore ? " - 2 Cor 3,9 (voir Rm 5, 16-18)

Les individus qui recevoient un jugement négatif se placent, dès à présent, sous la colère de Dieu.
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MessageSujet: Re: Le jugement dernier dans le nouveau testament   Ven 25 Oct 2013, 09:32

Chez Paul on observe la présence de deux thèses, d'une part l'idée que,  Tous, en effet, nous comparaîtrons devant le tribunal de Dieu ... Ainsi, chacun de nous rendra compte à Dieu pour soi-même ( Rm 14, 10-12) et d'autre part le concept de salut universel,  Car Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde, (Rm 11,32).


Il est difficile de concilier ces deux thèses.


Il semble que Paul distingue la personne de ses œuvres :

" Selon la grâce que Dieu m'a donnée, comme un bon architecte, j'ai posé le fondement, un autre bâtit dessus. Mais que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit. Quant au fondement, nul ne peut en poser un autre que celui qui est en place : Jésus Christ. Que l'on bâtisse sur ce fondement avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin ou de la paille, l'œuvre de chacun sera mise en évidence. Le jour du jugement la fera connaître, car il se manifeste par le feu, et le feu éprouvera ce que vaut l'œuvre de chacun. Celui dont l'œuvre subsistera recevra un salaireCelui dont l'œuvre sera consumée en sera privé ; lui-même sera sauvé, mais comme on l'est à travers le feu. " (1 Cor 3, 10-15)

 
Paul exprime une idée étrange, il indique que "Celui dont l'œuvre sera consumée en sera privé", donc ne recevra pas de récompense, le jour du jugement mais il sera sauvé. La mauvaise qualité des œuvres d'un individus ne l’empêche pas d'être sauvé. Le Dieu de Paul, ne détruit pas la personne, même s'il éprouve la valeur de son oeuvre, au jour du jugement ...  lui-même sera sauvé.


Question ... sur quoi repose la différence qu'établit Paul entre le "salaire" et le salut ?
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MessageSujet: Re: Le jugement dernier dans le nouveau testament   Sam 26 Oct 2013, 10:05

Il est surprenant de découvrir que Paul quand il annonce la résurrection de toute l'humanité, ne relie pas cet événement au jugement dernier, ainsi en 1 Cor 15,22 Paul déclare : 


" comme tous meurent en Adam, en Christ tous recevront la vie "


Au verset 52, il parle de la résurrection des morts au "son de la trompette finale" et pourtant  toute notion de jugement dernier est absente.


1 Cor 15, 22 renforce l'idée exprimée en Rm 11, 32, qui veut que la réponse de Dieu face à la désobéissance de tous, soit sa miséricorde étendue à tous.
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MessageSujet: Re: Le jugement dernier dans le nouveau testament   Sam 26 Oct 2013, 17:17

« Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, accompagné de tous les anges, alors il siégera sur son trône de gloire. Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres. Il placera les brebis à sa droite et les chèvres à sa gauche. Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger et vous m'avez recueilli ; nu, et vous m'avez vêtu ; malade, et vous m'avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi.” Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ? Quand nous est-il arrivé de te voir étranger et de te recueillir, nu et de te vêtir ? Quand nous est-il arrivé de te voir malade ou en prison, et de venir à toi ? ” Et le roi leur répondra : “En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait ! ” Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j'ai eu faim et vous ne m'avez pas donné à manger ; j'ai eu soif et vous ne m'avez pas donné à boire ; j'étais un étranger et vous ne m'avez pas recueilli ; nu, et vous ne m'avez pas vêtu ; malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité.” Alors eux aussi répondront : “Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé ou assoiffé, étranger ou nu, malade ou en prison, sans venir t'assister ? ” Alors il leur répondra : “En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait.” Et ils s'en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes à la vie éternelle. » - Mt 25, 31 - 46

« Mes frères » : normalement, selon l’enseignement de Mt, ce sont les disciples de Jésus qui sont ses frères (voir 12, 48-50 ; 28, 10 ),  le récit élargit à tout homme  pauvre et dans le besoin, la notion de "frères".

Le judaïsme a désigné, maintes reprises, l’obligation de l’aumône :

N'est-ce pas partager ton pain avec l'affamé ? Et encore : les pauvres sans abri, tu les hébergeras,si tu vois quelqu'un nu, tu le couvriras :devant celui qui est ta propre chair, tu ne te déroberas pas. - Is 58, 7

Celui qui a pitié du faible prête au SEIGNEURqui le lui rendra. - Prov 19, 17



Citation :
Cela dit, j'ai relu le texte et je comprends bien la réponse du "roi" comme une révélation de la QUALITÉ de "frères du roi" attribuée aux "plus petits", EXPLIQUANT ainsi qu'en ayant affaire à EUX on avait affaire à LUI.

Pour moi c'est ici l'élément social qui prime (un peu comme dans l'épître de Jacques, qui est thématiquement très proche de Matthieu). Le roi en gloire tout en haut de l'échelle sociale, devant qui tout le monde spontanément se prosterne, s'identifie à ceux qui sont tout au bas de la même échelle, et que les classes moyennes (les vrais destinataires) ont tendance à mépriser. Que ceux-là soient présentés (démonstratif!) au jugement comme des membres de la famille royale, et qu'en les honorant ou en les humiliant on ait honoré ou humilié le roi lui-même, c'est un retournement de situation typiquement... évangélique (les premiers seront les derniers, et vice versa).


De plus tout cela correspondait à une éthique extrêmement répandue, cf. p. ex. Siracide 7,32ss:
 

Tends la main au mendiant, 
pour que tu sois pleinement béni. 
Que la faveur de tes dons aille à tous les vivants, 
au mort même ne refuse pas ta grâce. 
Ne te détourne pas de ceux qui pleurent, 
avec les affligés, afflige-toi. 
N'hésite pas à visiter les malades; 
c'est pour de telles actions que tu seras aimé. 
Quoi que tu fasses, souviens-toi de ta fin 
et jamais tu ne pécheras. 

Sans compter que notre texte pourrait bien avoir subi l'influence littéraire directe du Testament de Joseph, où c'est Dieu lui-même qui est le sujet de toutes ces "bonnes actions", dans une formulation étrangement proche (1,4): 

Mes frères me haïrent, mais le Seigneur m'aima. Ils voulaient me tuer, mais le Dieu de mes pères me garda. Ils me descendirent dans la Fosse, et le Très-Haut m'en fit remonter. Je fus vendu en esclavage, et le Maître de toutes choses me libéra. Je fus emmené en captivité, et Sa forte main me secourut. Je fus tenaillé par la faim, et le Seigneur lui-même me nourrit. J'étais seul, et Dieu me consola. J'étais malade, et le Seigneur me visita. J'étais en prison, et le Sauveur me fit grâce; dans les chaînes, et il me délia; diffamé, et il plaida pour moi; en butte aux paroles acerbes des Egyptiens, et il me délivra; esclave, et il m'éleva.


Tu penses, bien sûr, ce que tu veux (et ce que tu peux) de tout ça. Tu ne m'empêcheras cependant pas, moi, de penser qu'il y a un contresens massif à voir dans ce texte une invitation à soutenir de son temps et de son argent une organisation internationale au prétexte que ses dirigeants, qui sont loin d'être des nécessiteux, se parent eux-mêmes du titre de "frères du Christ" (cela dit sans mettre en cause le moins du monde la sincérité de leur engagement, et encore moins du tien!).

http://etrechretien.discutforum.com/t507p90-l-evangelisation-dans-le-nouveau-testament
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MessageSujet: Re: Le jugement dernier dans le nouveau testament   Lun 28 Oct 2013, 15:05

En Mt 25, 31 - 46 ... nous pouvons noter que le jugement des "mauvais" s'effectue sur la base de reproches qui concernent des fautes par omission ... les mauvais n’ont pas fait ce qu’ils étaient supposés faire et cela par inconscience ( “ Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ? Quand nous est-il arrivé de te voir étranger et de te recueillir, nu et de te vêtir ? Quand nous est-il arrivé de te voir malade ou en prison, et de venir à toi ? ”) et non par refus volontaire.

 
Citation :
Intéressant déjà parce qu'hybride quant à son statut: parabole ou allégorie (du berger, des moutons et des chèvres, d'un "roi" jugeant ses sujets) ou bien prophétie, ou plus exactement vision apocalyptique dans la veine hénochienne (où on retrouve le Fils de l'homme et les animaux représentant des catégories d'humains)? Le langage du texte oscille constamment entre ces genres.

Intéressant surtout (et là nous allons heurter de front l'interprétation watchtowérienne) parce que l'ignorance est au centre du récit. Ni les "moutons" ni les "chèvres" ne SAVAIENT que ceux qui avaient faim, soif, étaient les "frères" du roi. Ni que leur action ou omission (car il s'agit bien de faire ou de ne pas faire le bien, ça c'est un thème matthéen habituel, cf. 7,21ss) envers EUX était action ou omission envers LUI... Les actes jugés ont été commis (ou omis) dans l'ignorance totale de l'enjeu (d'où la protestation des uns et des autres, quand t'avons-nous vu...). Ils sont cependant suffisants pour que le jugement soit sans appel.

MAIS (et c'est là que les choses se corsent) mettre en scène l'ignorance, c'est introduire une communication paradoxale ou aporétique: car les auditeurs de la parabole-prophétie, EUX, vont "savoir". Peu importe de ce point de vue à qui identifier les "petits" et les "frères" (aux nécessiteux en général, ou aux missionnaires nécessiteux en particulier, là-dessus les avis sont partagés), ils SAURONT l'enjeu et ne pourront jamais plus se retrouver dans l'étonnement des "moutons" ou des "chèvres". Autre paradoxe: dans la mesure où le critère unique est action OU omission, de quel côté se retrouveront ceux (la majorité sans doute) qui ont tantôt agi, tantôt pas? Réponse logique: des deux côtés à la fois. Cf. dans le reste de l'évangile, celui qui aura donné une coupe d'eau fraîche à un disciple ne perdra pas sa récompense, celui qui aura refusé l'hospitalité est promis au jugement le plus terrible. Même communication paradoxale que dans le sermon sur la montagne où la moindre pensée ou parole mauvaise entraîne le jugement le plus sévère, et où l'absence de jugement fait échapper à tout jugement.

Qu'est-ce qui ressort de tout ça? A mon sens, une invitation à la générosité bien sûr, mais surtout à l'ATTENTION. On a beau savoir, on ne sait jamais. Qu'on ait fait ou qu'on n'ait pas fait par le passé, faire ou ne pas faire est grave. A chaque fois.

Maintenant, si quelqu'un pense qu'il est quitte d'un message aussi complexe, profond et fin que celui-là en adhérant à une institution qu'il a identifiée une fois pour toutes comme la "vraie religion", en versant ses contributions mensuelles et en allant tirer les sonnettes le dimanche matin, c'est son affaire...

http://etrechretien.discutforum.com/t507p75-l-evangelisation-dans-le-nouveau-testament
En complément sur l'aspect social du texte :

« Il ne nous paraît pas exagéré de dire que, tout au long de ces chapitres, les évocations eschatologiques sur la Fin de l’histoire, et même apocalyptiques sur les catastrophes qui signaleront cette fin, sont mises au service de l’éthique, conformément à l’insistance constante avec laquelle Mt relève la nécessité des œuvres. […] C’est pour souligner l’importance "dernière" des actes d’amour, c’est-à-dire de secours au service des plus petits que Mt donne cette évocation de l’avènement du Fils de l’Homme » (P. Bonnard, L’évangile selon saint Matthieu, p. 364).
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MessageSujet: Re: Le jugement dernier dans le nouveau testament   Lun 28 Oct 2013, 17:26

jugement et salut

Mais, c'est là que le bât blesse, le monothéisme historique, et spécialement chrétien, ne l'a généralement pas entendu de cette oreille. Et surtout pas saint Paul qui, dans la hantise ou l'obsession juridique de sa rhétorique, même contre la loi, pense en juriste -- fût-ce en mauvais juriste. En faisant de la foi un motif non seulement de "salut" mais de justification (d'après la lettre de Genèse xv, 6), c'est-à-dire, au sens judiciaire où il l'entend, d'acquittement, Paul réinscrit l'extra-judiciaire, voire l'antijuridique, dans le champ du juridique et du judiciaire. C'est le "défaut de branchement" qui perturbe tout le système, ou l'empêche de se clore en système. Ceux qui sont sauvés "par la foi", "gratuitement", "par grâce", autrement dit en dehors de toute loi et de tout jugement, atterrissent quand même dans la case (autrement vide du fait du "péché universel") où devrait déboucher un jugement favorable. Pour eux, tout se passe comme s'ils avaient été jugés positivement, acquittés ou même approuvés. Du fait de ce court-circuit, plutôt excès (un tour de trop) que défaut de pensée juridique d'ailleurs, c'est le cœur même du droit -- la loi, non seulement la Torah mais le concept même de loi, nomoV -- qui implose. Pour que Dieu soit juste en justifiant celui qu'il sauve par grâce, il lui faut renoncer à toute référence extérieure à lui-même (la loi, l'écriture même) -- à tout ce qui permettrait en dernier ressort de le juger, de le déclarer juste ou injuste. Aporie qui n'est au fond que l'expres​sion(anti-)juridique de la tautologie fondamentale du monothéisme strict: si "Dieu" fait, détermine la justice, s'il ne peut être que juste, par définition, il n'y a plus aucune raison, aucune base, pour le déclarer juste.
 
Il y a dans l'évangile selon saint Matthieu (dont la tendance anti-paulinienne est bien connue) une parabole assez cruelle, dite du serviteur impitoyable (xviii, 23ss): l'esclave à qui le maître (qui est aussi roi) a, par pitié, remis gracieusement sa dette exorbitante, a le tort de réclamer son dû (par comparaison dérisoire) à l'un de ses compagnons de servitude; après avoir bénéficié d'une grâce, en marge de la loi, il se replace sur le terrain du droit (et de la comptabilité), hors duquel précisément s'était trouvé son "salut". Mal lui en a pris: du fait de cette rupture de ban au deuxième degré (il est revenu sur le territoire et sous la juridiction de la loi dont sa grâce l'avait pour ainsi dire, quoique tacitement, banni en le "sauvant"), sa rémission fond instantanément et rétroactivement en sursis, et en sursis déjà échu.   

Ce n'est pas le moindre des paradoxes que l'évangile "légaliste" (cf. v, 17ss) situe ainsi mieux le (non-)lieu, hors-loi, de la "grâce", que l'évangile antinomien de saint Paul qui au nom de la grâce prétend faire table rase de la loi. Paradoxe parfaitement logique cependant: sans loi, plus de hors-loi. La loi chassée par la grande porte revient par toutes les fenêtres. Si l'apôtre le plus antilégaliste passe aussi pour le plus légaliste, c'est injuste sans doute mais pas fortuit. Saint Paul aura eu beau proclamer que tout est permis, il n'en finira plus (toute pseudépigraphie comprise) de légiférer, de faire de tout ce qu'il a opposé à la loi (la foi, l'espérance, l'amour, la grâce, l'utilité, l'édification) une sorte de loi, d'autant plus implacable que honteuse, d'autant plus incontournable et imperméable à l'exception de la grâce qu'elle ne se reconnaîtra pas comme loi.

Être sauvé du jugement, c'est (être condamné à ?) être définitivement injustifié. Saint Paul n'avait évidemment pas lu Sartre (dont il n'est d'ailleurs pas dit qu'il ait mieux échappé à la réinscription fatale du hors-loi dans la loi, en l'occurrence de "l'existentiel" dans le normatif). Qui voudrait d'un "salut" sans jugement, donc sans justification ? Celui-là seul qui n'a pas le choix, qui de toute loi et de tout jugement désespère, d'autant qu'il les prend au sérieux. Et aussi longtemps seulement qu'il ne se prend pas pour un juste, justifié à la faveur de quelque tour de passe-passe, qui aurait à nouveau des droits.

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MessageSujet: Re: Le jugement dernier dans le nouveau testament   Mar 29 Oct 2013, 11:13

Pour ma part je ferais la différence entre un "jugement" (qui aboutit normalement à une "condamnation" ou à une "justification", avec éventuellement à la clé châtiment ou récompense -- ou a minima, s'il s'agit simplement de dire le droit, sans conséquence "rétributive", à une "réprobation" ou une "approbation") et la notion paulinienne (non judiciaire au départ) de "salut" ou de "perdition", où le "salut" est un acte positif, tout ce qui n'est pas "sauvé" étant, par défaut, "perdu". En 1 Corinthiens 6,9s je ne vois aucun "jugement". L'accès au "royaume de Dieu" résulte plutôt d'un "salut" exceptionnel, extra-ordinaire, que d'un "jugement" favorable. Tout ce qui n'y accède pas (défini ici par un "catalogue de vices" selon les besoins du contexte, mais plus loin, en 15,50, beaucoup plus globalement, comme "la chair et le sang") est (tout simplement) perdu. La pensée paulinienne de 1 Corinthiens est beaucoup moins juridique et judiciaire ("forensique") que celle de Romains (ou de Galates).

Acte positif aussi, de "salut" donc plutôt que de "jugement", la "nouvelle création" de 2 (et non 1) Corinthiens 5, assez proche de la notion de "royaume de Dieu".

Au passage, l'"actualisation" ou l'"anticipation" (du futur au présent) du jugement est encore plus manifeste chez Jean (3,18ss.36; 9,39 12,31) -- malgré les quelques passages, probablement rajoutés, qui renvoient à un jugement futur (p. ex. 5,28s).

25.10, 8 h 32:

Chez Paul l'idée de jugement futur ne disparaît jamais (à Romains 14,10ss on peut ajouter 2,6.16; 1 Corinthiens 3,13ss; 2 Corinthiens 5,10 etc.). Mais le "salut" en est déconnecté jusqu'à ce que Paul ait l'idée (géniale ? malencontreuse ?) de la "justification" (le mot, avant Romains et Galates, n'apparaît qu'incidemment en 1 Corinthiens 6,11, en parallèle avec la "purification-lavage" et la "sanctification-consécration", notions rituelles et non juridiques; cf. a contrario 4,4, qui montre bien qu'à ce stade la "justification" pour lui n'est pas encore un concept théologique majeur).

Je trouve par ailleurs qu'il est très excessif de parler d'un "concept de salut universel" chez Paul. Il y a à coup sûr un "horizon universel (ou cosmique) du salut" (cf. Romains 8 encore plus clairement que 11,32, et déjà 1 Corinthiens 15), dans la mesure où le tableau final ("Dieu tout en tous", 1 Corinthiens 15,28) ne laisse place à aucune dissonance. On est donc très loin d'une vision classique de l'enfer (tourments éternels des damnés), sans aucun doute, mais en même temps une certaine "perdition" peut trouver sa place ou son "moment" dans cette économie (comme la désobéissance et le rejet qu'elle entraîne ont leur temps dans Romains 9--11). L'intérêt de 1 Corinthiens 3 est peut-être justement de montrer comment il peut y avoir à la fois "salut" et "pertepour la même "personne", mais cela n'est jamais systématisé en doctrine générale du salut de chacun malgré sa perdition éventuelle -- dommage, ou tant mieux ? Il fallait laisser du boulot aux théologiens ultérieurs (cf. l'apocatastase d'Origène ou de Grégoire de Nysse).

26.10, 9 h 05

Surprenant ? Le lien entre résurrection générale et jugement dernier est peut-être le plus répandu (dès Daniel 12,2s probablement; dans le NT: Jean 5,28s; Actes 24,15; Apocalypse 20,12ss), mais ce n'est pas le seul schéma disponible. Il y a aussi une doctrine de la résurrection des seuls justes (cf. Luc 14,14; 20,35; Philippiens 3,11). Sur la coexistence des deux idées dans le judaïsme préchrétien, je te renvoie à l'article "résurrection" dans l'index de la NBS (p. 1754-5). Il me semble (mais ça se discute) qu'en général Paul (celui des épîtres s'entend, pas celui des Actes) réserve plutôt le terme et l'idée de "résurrection" (comme de "salut" d'ailleurs) aux "élus"; l'harmonisation universelle qui suit la "parousie" et aboutit à l'accord final ("Dieu tout en tous") est décrite comme une soumission de toutes choses en 1 Corinthiens 15, comme un affranchissement de la création en Romains 8: ce n'est ni une "résurrection" ni un "salut" (mais c'est peut-être aussi bien !).Spermologos.
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MessageSujet: Re: Le jugement dernier dans le nouveau testament   Mer 30 Oct 2013, 12:03

Citation :
Au passage, l'"actualisation" ou l'"anticipation" (du futur au présent) du jugement est encore plus manifeste chez Jean (3,18ss.36; 9,39 12,31) -- malgré les quelques passages, probablement rajoutés, qui renvoient à un jugement futur (p. ex. 5,28s).

" Dieu, en effet, n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que par lui le monde soit sauvé. Celui qui met sa foi en lui n'est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il n'a pas mis sa foi dans le nom du Fils unique de Dieu. Et voici le jugement : la lumière est venue dans le monde, et les humains ont aimé les ténèbres plus que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque pratique le mal déteste la lumière ; celui-là ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dévoilées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu'il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en Dieu. " - Jn 3, 17-21 


Selon ce texte le jugement a lieu à l'instant du "non croire" (celui qui ne croit pas est déjà jugé).
Pour l'auteur quiconque croit au fils  ne vient pas en jugement, il est passé de la mort à la vie (5,24), à l'inverse quiconque ne croit est déjà jugé. ("C'est maintenant le jugement de ce monde ; c'est maintenant que le prince de ce monde sera chassé dehors" - 12,31)


Le jugement du Fils ne correspond pas une condamnation mais à la mise à jour de l'incapacité de l'humanité à croire et à discerner la vérité. ("vous, vous ne savez ni d'où je viens ni où je vais. Vous, vous jugez selon la chair ; moi, je ne juge personne" - 8,14-15)


Ce jugement révèle l'obscurité dans laquelle se trouve les humains ... " voici le jugement : la lumière est venue dans le monde, et les humains ont aimé les ténèbres plus que la lumière " (3,19)


Jésus n'est pas venu dans le monde pour le juger ou le condamner mais pour le sauver ... " Si quelqu'un entend mes paroles et ne les garde pas, moi, je ne le juge pas, car je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour sauver le monde. Celui qui me rejette et qui ne reçoit pas mes paroles a bien un juge : c'est la parole que j'ai dite qui le jugera au dernier jour. " (12,47-48) ... ce sont les paroles du Fils qui jugeront celui qui ne croit pas, "au dernier jour".


Il me semble que l'évangile de Jean ne developpe pas le concept de jugement/condamnation/destruction mais que ce jugement vise à sauver  ... car je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour sauver le monde ... un message positif.
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MessageSujet: Re: Le jugement dernier dans le nouveau testament   Jeu 31 Oct 2013, 13:09

Citation :
Quand on parle de salut par grâce, on pense immédiatement à saint Paul, surtout aux épîtres aux Romains et aux Galates, qui s'attachent à montrer que le croyant est sauvé indépendamment de ses œuvres (de ses actes), autrement dit de ce qui fait normalement l'objet d'un jugement. L'idée d'un salut qui fait échapper au jugement (pour divers motifs extra-judiciaires, la foi, l'amour, la compassion, l'obéissance p. ex. -- et pourquoi pas la beauté, la grâce de celui ou celle qui trouve grâce aux yeux de son maître, fût-il son juge ou son bourreau, alors qu'il ou elle est à sa merci), qui sauve du jugement même, n'est pourtant pas (spécifiquement) paulinienne.

On la retrouve dans des textes aussi différents que l'évangile selon saint Jean (v; 24: ὁ τὸν λόγον μου ἀκούων καὶ πιστεύων τῷ πέμψαντί με ἔχει ζωὴν αἰώνιον, καὶεἰς κρίσιν οὐκ ἔρχεταιἀλλὰ μεταβέβηκεν ἐκ τοῦ θανάτου εἰς τὴν ζωήν: celui qui entend ma parole et croit en celui qui m'a envoyé a la vie éternelle, et il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie) ou l'épître de saint Jacques (ἡ γὰρκρίσις ἀνέλεος τῷ μὴ ποιήσαντι ἔλεος: κατακαυχᾶται ἔλεοςκρίσεως: car le jugement est sans compassion pour qui ne fait pas compassion, la compassion se moque [plus littéralement, s'enorgueillit aux dépens] du jugement); jusque dans l'Apocalypse de saint Jean la juxtaposition dans la scène du "jugement dernier" des livres des œuvres, qui font l'objet et la matière du jugement, et du livre de vie, celui-ci seul permettant en dernier ressort à ceux qui y sont inscrits d'échapper à la "seconde mort", comme si le jugement selon les œuvres non seulement ne suffisait pas mais ne comptait pas, suggère un schéma analogue.

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" Alors je vis un grand trône blanc et celui qui y était assis. La terre et le ciel s'enfuirent devant lui, et il ne se trouva plus de place pour eux. Alors je vis les morts, les grands et les petits, debout devant le trône. Des livres furent ouverts, et un autre livre fut ouvert, qui est le livre de la vie. Les morts furent jugés d'après ce qui était écrit dans les livres, selon leurs œuvres. La mer rendit les morts qui étaient en elle, la mort et le séjour des morts rendirent les morts qui étaient en eux, et ils furent jugés, chacun selon ses œuvres. La mort et le séjour des morts furent jetés dans l'étang de feu. L'étang de feu, c'est la seconde mort. Quiconque ne fut pas trouvé inscrit dans le livre de la vie fut jeté dans l'étang de feu. "

Deux procédures semblent être associées, d'une part l'examen et le jugement à partir des œuvres propres à chacun (" Les morts furent jugés d'après ce qui était écrit dans les livres, selon leurs œuvres ") ; d'autre part la référence à une espèce de "prédestination", inscrite dans le "seul" livre de vie (" Quiconque ne fut pas trouvé inscrit dans le livre de la vie fut jeté dans l'étang de feu ")

Cette idée de prédestination liée au livre de vie se retrouve au chapitre 17. Dans ce texte, les opposants à Dieu ne figurent pas dans le livre de vie par une sorte de fatalité qui fait d'eux des cas irrécupérables, puisqu'ils ne sont inscrits dans le livre de vie, depuis la fondation du monde.

(17,Cool " La bête que tu as vue était, et elle n'est plus. Elle va monter de l'abîme et s'en aller à la perdition. Les habitants de la terre, ceux dont le nom n'a pas été inscrit dans le livre de la vie depuis la fondation du monde "

La WT situe le jugement dernier décrit en Apocalypse 20, pendant la grande tribulation qui précède le millénium, or l'Apocalypse indique que ce jugement se déroule à la fin des milles ans (" Quand les mille ans seront achevés, le Satan sera relâché de sa prison " ...  " Les morts furent jugés d'après ce qui était écrit dans les livres " )
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MessageSujet: Re: Le jugement dernier dans le nouveau testament   Mar 05 Nov 2013, 15:36

Dépoussiérer les textes

Pour Marie Balmary, il est possible de se débarrasser de cet imaginaire terrifiant en dépoussiérant les textes bibliques et en les lisant de très près. Pourtant, après Freud, on a le sentiment que psychanalyse et théologie sont des disciplines antagonistes.
Mais la grande valeur de Marie Balmary, c’est de s’être dressée contre son maître sur un point; la psychanalyse freudienne a le mérite d’avoir démasqué les dérives pathologiques du sentiment religieux et des représentations d’un Dieu tyrannique. Mais Marie Balmary n’en reste pas là, convaincue que derrière la pathologie, il y a un reste, celui de Dieu. C’est là que le dialogue avec le théologien devient fécond pour découvrir cet autre Dieu qui appelle à la liberté.


Citation :
Psychanalyse et théologie sont très proches par la nécessité du même verbe. C’est le verbe interpréter

« Psychanalyse et théologie sont très proches par la nécessité du même verbe. C’est le verbe interpréter »; interpréter une parole qui n’est jamais transparente. Aujourd’hui, on a perdu la nécessité du sens de l’interprétation dans le christianisme, déplore Marie Balmary.
Toutefois, la réinterprétation de certains textes bibliques font disparaître le Dieu Juge et apparaître le Dieu de Jésus-Christ: un Dieu qui pardonne et accueil inconditionnellement. Ce que le théologien ne dément guère.
Alors pour la psychanalyste, que représentent les Ecritures? Un vis-à-vis symbolique qui éclaire le vécu humain? A vrai dire, plus Marie Balmary approfondit la Bible, plus elle remarque que la Bible est en accord avec l’expérience clinique et ses réalités anthropologiques.
Et c’est une sujet d’étonnement, car les textes ne font pas seulement office de miroir. « Dans le vécu humain, il peut y avoir deux révélations: celle de sa propre âme et une Révélation divine. » Marie Balmary s’étonne de voir les deux correspondre et se rejoindre. Ce qui est libérateur dans la Bible l’est également dans le travail analytique.

Du Dieu culpabilisant au Dieu personnel

Pour l’analyste, « les textes bibliques permettent de passer du Dieu culpabilisant et terrifiant au Dieu personnel qui parle au plus profond de la conscience humaine». Ce qui n’exclut pas des critères de bien et de mal, ni un Jugement. Mais pour Marie Balmary, le Jugement divin appelle à être soi. Le mal serait tout ce qui distrait de soi et dénature l’être profond.

Pour le théologien, si le Jugement interpelle et demande d’être soi, on ne peut être soi que dans la réponse au désir de Dieu. S’il existe un Jugement, c’est Dieu qui nous prend au sérieux et nous institue en hommes et femmes responsables. Le Jugement est un appel à la responsabilité.

Reste que tous deux s’accordent pour dire que le Jugement est un mystère indépassable. Il ne conduit ni à l’enfer, ni à la torture. Pourtant au-delà des projections de l’imagination humaine, les souffrances de l’enfer existent bel et bien: dans les cauchemars, dans la vie sur terre ou dans le fait de savoir que l’on n’a pas fait de sa vie ce que l’on aurait dû. Dans le fait de faire subir à autrui ce que l’on n’a pas « digéré » soi-même. « L’enfer est peut-être une contrée de la vie psychique. »
En s’enracinant dans la découverte de l’inconscient, Marie Balmary, à la différence du théologien, se trouve plutôt du côté des accoucheurs, car le voyage dans les textes bibliques est un peu différent lorsqu’on cherche comment se font les métamorphoses humaines. Pour elle, c’est en naissant à soi-même que l’on échappe au Jugement divin. « Et la Bible comme la psychanalyse ont un rôle à jouer, en n’ayant pas d’autre arme que la parole. »

 http://www.protestinfo.ch/201301106315/6315-au-chevet-jugement-dernier.html
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MessageSujet: Re: Le jugement dernier dans le nouveau testament   Mer 06 Nov 2013, 16:01

"  s'il est vrai qu'il est juste, de la part de Dieu, de rendre de la détresse à ceux qui vous causent de la détresse, et de vous donner, à vous qui êtes dans la détresse, du repos avec nous, lorsque le Seigneur Jésus se révélera du ciel avec ses anges puissants, dans un feu flamboyant, pour faire justice contre ceux qui ne connaissent pas Dieu et ceux qui n'obéissent pas à la bonne nouvelle de notre Seigneur Jésus. Ceux-là auront pour juste châtiment une destruction éternelle, loin du Seigneur et de sa force glorieuse quand il viendra pour être glorifié dans ses saints et reconnu avec étonnement dans tous ceux qui auront cru — or vous avez cru notre témoignage — oui, en ce jour-là. " - 2 Thess 1, 6-10
 
Ce texte indique que le jugement de Dieu trouve sa légitimité et son sens dans la souffrance des croyants, (" de rendre de la détresse à ceux qui vous causent de la détresse "), avec une issue heureux pour les croyants ("et de vous donner, à vous qui êtes dans la détresse, du repos avec nous, lorsque le Seigneur Jésus se révélera du ciel avec ses anges puissants")

Ensuite, il y a un second developpement du jugement divin qui traite du chatiment que méritent ceux qui refusent d'écouter l'Evangile ("pour faire justice contre ceux qui ne connaissent pas Dieu et ceux qui n'obéissent pas à la bonne nouvelle de notre Seigneur Jésus")

La particularité de ce texte, c'est que le jugement divin prend en compte l'affliction des croyants.

Concernant la sanction ("Ceux-là auront pour juste châtiment une destruction éternelle, loin du Seigneur et de sa force glorieuse "), plus qu'un anéantissement final ... le chatiment est présentée comme destruction qui se traduit par une séparation ... loin du Seigneur et de sa force glorieuse. (Chatiment analogue en Mt 7,23 : "Alors je leur déclarerai : « Je ne vous ai jamais connus ; éloignez-vous de moi, vous qui faites le mal ! »)

Le fait que cette sanction ne correspond pas à un véritable anéantissement mais à une séparation éternelle par rapport à Dieu, est confortée par des textes de l'épîtres où le salut est conçu comme une réunion avec Dieu :

(2,1) " Nous vous le demandons, frères, en ce qui concerne l'avènement du Seigneur Jésus-Christ et notre rassemblement auprès de lui

(1,10) " quand il viendra pour être glorifié dans ses saints et reconnu avec étonnement dans tous ceux qui auront cru — or vous avez cru notre témoignage — oui, en ce jour-là. "


La sanction peut être comprise comme une destruction éternelle qui automatiquement, éloigne de Dieu scratch
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MessageSujet: Re: Le jugement dernier dans le nouveau testament   Jeu 07 Nov 2013, 11:34

Je ne pense pas qu'il soit possible (ou du moins judicieux) d'affaiblir le sens d'olethros en-deçà de la "destruction". C'est la mort tout simplement, avec quelquefois une nuance de "décomposition" très proche de la phthôra (que les traductions classiques rendent par "corruption"). Cf. les autres emplois du même mot en 1 Corinthiens 5,5 (l'"excommunication" équivaut à une condamnation à mort, que l'auteur imagine probablement suivie d'effet réel -- comme dans le cas d'Ananias et Sapphira en Actes 5; la seule réserve ici, c'est qu'elle ne concerne que la "chair", "l'esprit" étant sauvé au "jour du Seigneur"; donc -- dans ce cas précis -- ce n'est rien de moins que la mort, mais rien de plus non plus: on n'est pas, comme dans d'autres textes, dans la perspective d'un tourment -- ni même d'une séparation -- éternelle); 1 Thessaloniciens 5,3; 1 Timothée 6,17 (en parallèle avec apôleia, perdition). Cf. les formes personnelles voisines olothreutès (1 Corinthiens 10,10) et olothreuôn (Hébreux 11,28), qui désignent "le destructeur", avec référence probable à celui que la tradition juive appelle "l'ange de la destruction" (ml'k h-mšhyt) ou "l'ange de la mort" (ml'k h-mwt) dans le contexte de l'Exode ou du désert, et le verbe exolethreuô en Actes 3,23, "être détruit" (avec peut-être une nuance du préfixe ex, mais ambiguë: ou bien "complètement détruit", ou bien "détruit [et retranché] du milieu du peuple"). Une destruction éternelle n'est pas un châtiment éternel (là-dessus, et pour ce texte particulier, c.-à-d. contrairement à d'autres textes qui, eux, parlent bien de châtiment ou de tourments éternels, la WT a raison à mon avis). S'agissant de destruction la qualification "éternelle" ne signifie rien d'autre que "définitive" ou "irréversible".

L'idée de "séparation" qui se lit souvent dans les traductions et les commentaires de 2 Thessaloniciens 1,9 n'a rien à voir avec le mot olethros ("destruction"); elle vient d'une interprétation possible (mais pas certaine) de la préposition "ablative" (apo + génitif, à peu près l'équivalent de l'anglais from) qui suit. Elle peut indiquer en effet une "provenance", et par extension un "éloignement": loin de la face du Seigneur et de la gloire de sa force. Mais elle peut aussi désigner plus simplement la "cause" ou l'"agent" de l'action (en l'occurrence la destruction): par la face du Seigneur, de la part (de la face) du Seigneur, auquel cas il n'y a aucune image d'éloignement (je regrette au passage que la NBS n'ait pas signalé cette ambivalence).(Spermologos)
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MessageSujet: Re: Le jugement dernier dans le nouveau testament   Mer 13 Nov 2013, 10:38

Le jugement dernier

 
Luther, dans sa préface au Premier volume des oeuvres latines (1545), écrit : « Je m’indignais contre ce Dieu, nourrissant secrètement sinon un blasphème, du moins un violent murmure, je disais : comme s’il n’était pas suffisant que des pécheurs misérables et perdus éternellement par le péché originel soient accablés de toutes sortes de maux par la loi du Décalogue, pourquoi faut-il que Dieu ajoute la souffrance à la souffrance et dirige contre nous, même par l’Évangile, sa justice et sa colère ? » Le murmure de Luther repose sur une logique implacable. Si l’homme est pécheur, un Dieu de justice ne peut le secourir. Pécheur, l’homme l’est assurément, pour Luther, non pas tant à cause des actes qu’il pose, qu’en vertu de la précédence du mal qui entache la nature humaine. 
 Luther relève alors « l’enchaînement des mots [de ce passage de l’Épître de Paul aux Romains] : la justice de Dieu est révélée en lui, comme il est écrit : le juste vit de la foi ». Luther soutient alors que « la justice de Dieu est celle par laquelle le juste vit du don de Dieu, à savoir la foi ». La justice de Dieu n’est pas relative à un mal commis ou subi, elle est « passive », elle est « ce que Dieu opère en nous », ce qui nous rend « plaisants » à ses yeux. La justice divine n’est pas une punition mais ce qui rend l’homme agréable à Dieu, ce qui le sauve à son insu. Guéri de sa « rage », voilà que Luther se sent « un homme né de nouveau et entré, les portes grandes ouvertes, dans le paradis même ». 
 S’il est à chercher une justice du côté de Dieu, celleci dérogera toujours, pour le protestantisme en général, aux règles de la mutualité. La justice divine ne peut être que don et grâce. Elle ne satisfait aucune requête et n’est l’addition d’aucun calcul. 
 On relèvera aussi que ce jugement dernier renvoie à l’idée d’un Dieu qui est parfois, aussi, un Dieu en colère contre un monde devenu barbare. La Bible nous enseigne que ce jugement ne s’applique d’ailleurs pas tant à une personne particulière qu’au mal qui la ronge ou qu’elle commet. Croire en un Dieu juge, c’est croire en un Dieu qui refuse d’abdiquer devant le mal et la souffrance. C’est un Dieu en action et en lutte, qui nous empêche de rester les bras croisés devant la souffrance humaine. 
 Ce jugement dernier peut aussi nous ramener à l’idée que nous n’avons pas le dernier mot sur nous-mêmes et sur les autres. Le sens ultime de notre existence nous échappe. S’il convient de juger, d’exercer son esprit critique, comme de se remettre en question, il convient aussi de se souvenir que ce même jugement reste relatif et incomplet. L’autre n’est pas réduit au jugement que nous pouvons émettre à son sujet. Ceci est aussi vrai de Dieu, comme il est magnifiquement écrit dans la première Épître de Jean : « Si notre coeur nous condamne, Dieu est plus grand que notre coeur. »
 Le jugement dernier désigne peut-être, enfin, ce moment charnière où nous sommes touchés par le sens véritable d’une parole, d’une action, d’une vie. C’est cet instant, libérateur ou fatidique, où le sens dernier d’un geste, d’un mot, d’un événement nous saisit et nous transforme. Et plus rien désormais ne sera comme avant… 
 Par rapport à la conception traditionnelle du jugement dernier, Alfred de Vigny opère un renversement étonnant qui constitue une salutaire provocation : « Ce sera ce jour-là que Dieu viendra se justifier devant toutes les âmes et tout ce qui est vie. Il paraîtra et parlera, il dira clairement pourquoi la création et pourquoi la souffrance et la mort de l’innocence, etc. En ce moment, ce sera le genre humain ressuscité qui sera le juge, et l’Éternel, le Créateur, sera jugé par les générations rendues à la vie. »(Journal, 15 sept. 1862) *

 
Raphaël Picon


http://www.evangile-et-liberte.net/article_58_Le-jugement-dernier
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MessageSujet: Re: Le jugement dernier dans le nouveau testament   Ven 15 Nov 2013, 10:50

Paul développe l'idée que le monde  est sous le jugement de Dieu ( I Cor 11:32), ce qui rend nécessaire   la réconciliation, II Cor 5:19 : 


" Car Dieu était dans le Christ, réconciliant le monde avec lui-même, sans tenir compte aux humains de leurs fautes, et mettant en nous la parole de la réconciliation "
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