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 Le mythe jéhoviste de la transformation de la personnalité par l'Evangile

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Narkissos



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MessageSujet: Re: Le mythe jéhoviste de la transformation de la personnalité par l'Evangile   Sam 25 Avr 2015, 02:22

Le distinguo de Raymond Franz me paraît bien fragile:
1°) l'"imprécation" ou "malédiction conditionnelle", à destinataire anonyme ou sans adresse définie, "malédiction contre X" pourrait-on dire, conjurait quiconque savait de parler, en appelant le mal sur quiconque sachant se tairait et se rendrait ainsi complice objectif et accessoire (accessory) du crime et du coupable, lequel restait en tout état de cause le principal objet de la malédiction; cette malédiction n'était pas l'apanage des "anciens" ou des "juges": témoin le cas de Juges 17 où une (simple) femme victime de vol (comme dans Proverbes 29) prononce une telle malédiction et, s'apercevant qu'elle vient ainsi de maudire son propre fils, s'efforce de neutraliser ou d'inverser en bénédiction l'effet de cette malédiction (que l'ensemble du récit des chapitres 17 et 18 ait pour objectif de discréditer le sanctuaire et le sacerdoce danites n'ôte rien à la lumière qu'il jette sur la compréhension générale du fonctionnement de la "malédiction"); plus généralement encore, la malédiction est surtout l'arme des victimes, des "pauvres" et des "faibles": le riche, le puissant, le roi même ont tout à en craindre si elle est fondée (cf. a contrario Proverbes 26,2), car elle est alors entendue des dieux, ou efficace de façon quasi-"magique" en vertu d'un principe de justice et d'équilibre (comme la nemesis grecque) conçu comme supérieur aux dieux mêmes (cf. p. ex. Proverbes 11,26; 24,24; 28,27; 30,10; Job 31,29ss).
2°) les législations judiciaires de la Torah (qui se distinguaient peut-être moins des autres législations contemporaines que ne l'imaginait R. Franz) admettaient bien en principe des accusations portées contre tel ou tel par des "témoins" à charge (outre la victime), préalablement à toute enquête et à tout débat contradictoire, puisqu'elles tentaient de les contrôler a posteriori, d'une part en punissant sévèrement un faux témoignage avéré (si l'on peut dire), d'autre part en requérant plusieurs témoignages concordants (ce qui là encore n'est pas très original: testis unus, testis nullus); cf. Deutéronome 19,15ss etc. et notamment l'affaire de Naboth en 1 Rois 21.
3°) si l'on admet (comme le fait R. Franz) qu'il y a des "fautes graves" où la délation est non seulement justifiée mais requise, alors ce n'est plus le principe de la délation qui est en cause mais seulement son étendue: où, quand, dans quel cas serait-elle ou non nécessaire ? On retombe en somme du débat de principe dans la casuistique, de la condamnation absolue du procédé dans une discussion relative de sa pertinence au cas par cas.

Il serait peut-être plus judicieux de remarquer que dans le code (sacerdotal) du Lévitique "l'omission de délation" sous conjuration solennelle (imprécation = malédiction conditionnelle) est un "péché" (c.-à-d. une faute rituelle) potentiellement dangereux pour le "coupable" mais pardonnable, rémissible, réparable, effaçable, expiable au moyen d'un rite adéquat (lire la suite de Lévitique 5 ! Dans le cas susmentionné de Juges 17, le "problème" trouve aussi une "solution" rituelle, même si elle paraît fort peu "orthodoxe" au regard de la Torah puisqu'elle passe par la fabrication d'une image de Yahweh et par la fondation d'un culte "illicite"). En Lévitique 5, la perspective rituelle n'est (presque) pas entachée de "morale", alors que dans une reprise "chrétienne" de ce texte les deux perspectives (rituelle et morale) se mêlent forcément, pour le meilleur ou pour le pire.
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MessageSujet: Re: Le mythe jéhoviste de la transformation de la personnalité par l'Evangile   Mar 28 Avr 2015, 11:09

Citation :
Il serait peut-être plus judicieux de remarquer que dans le code (sacerdotal) du Lévitique "l'omission de délation" sous conjuration solennelle (imprécation = malédiction conditionnelle) est un "péché" (c.-à-d. une faute rituelle) potentiellement dangereux pour le "coupable" mais pardonnable, rémissible, réparable, effaçable, expiable au moyen d'un rite adéquat (lire la suite de Lévitique 5 ! Dans le cas susmentionné de Juges 17, le "problème" trouve aussi une "solution" rituelle, même si elle paraît fort peu "orthodoxe" au regard de la Torah puisqu'elle passe par la fabrication d'une image de Yahweh et par la fondation d'un culte "illicite"). En Lévitique 5, la perspective rituelle n'est (presque) pas entachée de "morale", alors que dans une reprise "chrétienne" de ce texte les deux perspectives (rituelle et morale) se mêlent forcément, pour le meilleur ou pour le pire.

Merci Narkissos pour cette réponse fouillée et intéressante.

Si j'ai bien compris : 
Une personne mise en contacte  avec une parole souillée (un serment inconsidéré comme au v 4, "en parlant à la légère") est contaminé à son insu, au même titre que la mise en contacte avec "le cadavre d'un animal impur", seul , l'aspect rituel est concerné. L'individu concerné doit, dès qu'il a pris conscience de sa souillure, se purifier d'une manière rituelle.

La lecture de Lv 5, 1 à 6 me semble intéressante :

"Lorsqu'un témoin, après avoir entendu une adjuration, pèche en ne déclarant pas ce qu'il a vu ou ce qu'il sait, il sera chargé de sa faute. Lorsque quelqu'un, sans s'en apercevoir, touche une chose impure quelconque, que ce soit le cadavre d'un animal impur, celui d'une bête domestique impure ou bien celui d'une petite bête impure, il devient lui-même impur ; il se met en tort.      Lorsque, sans s'en apercevoir, il touche une impureté humaine dont le contact rend impur — quand il s'en aperçoit, il est en tort. Lorsque quelqu'un, en parlant à la légère de quelque manière que ce soit, sans s'en apercevoir, jure de faire du mal ou du bien — quand il s'en aperçoit, il est en tort — sur un de ces points.
Celui donc qui se met en tort sur un de ces points confessera en quoi il a péché,puis il apportera au SEIGNEUR, en réparation pour le péché qu'il a commis, une femelle prise sur le petit bétail, une brebis ou une chèvre, en sacrifice pour le péché. Le prêtre fera sur lui l'expiation de son péché."

Je trouve pas de trace dans le NT, d'incitation à la "délation" ou à la dénonciation d'un transgresseur, Jc 5,16 encourage les croyants : "Reconnaissez donc vos péchés les uns devant les autres".

1 Jn 1,9 demande aux croyants de confesser leurs fautes à Dieu : "Si nous reconnaissons nos péchés, il est juste et digne de confiance : il nous pardonnera nos péchés et nous purifiera de toute injustice."
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Narkissos



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MessageSujet: Re: Le mythe jéhoviste de la transformation de la personnalité par l'Evangile   Mar 28 Avr 2015, 12:17

Lévitique 5 énumère quatre cas (ou types de cas) de (sacrifice pour le) "péché" (le même mot, dans le vocabulaire sacerdotal, désigne indifféremment le "mal" et son "remède": quand il y a "péché" = faute rituelle, on fait "péché" = sacrifice). Il ne faut sans doute pas chercher entre eux des analogies "logiques" (p. ex. le critère "conscience au moment de l'acte" qui nous paraîtrait, à nous, déterminant, ne pourrait pas jouer de la même manière dans les cas 1 et 4 d'une part, 2 et 3 d'autre part: ce n'est donc pas du tout un "critère" dans le texte). Le seul point commun c'est qu'il y a "péché", autrement dit souillure ou impureté qui rend dangereuse (pour le "pécheur" et toute la communauté) l'approche du sacré, et qu'il faut faire (sacrifice pour le) "péché" de façon que la vie (dont le rituel est comme le centre) continue.

Pour le NT, on peut aussi penser à la "procédure" de Matthieu 18,15ss, où la "dénonciation" (à la communauté et non à un quelconque tribunal) n'intervient qu'en dernier recours (3e étape), préparée par l'intervention des "témoins" (2e): le texte stipule que la "réprimande privée" (de l'accusateur seul en premier lieu, avec témoins ensuite si nécessaire) met fin à l'affaire dès lors qu'elle est "écoutée" par le coupable.

Mais il faut considérer les textes au cas par cas: il est assez clair que dans les Pastorales (Timothée-Tite) p. ex. le jugement de l'épiscope-évêque et/ou des presbytres-anciens est prépondérant, et que dans un tel système d'autorité centralisée les accusations jouent naturellement un rôle beaucoup plus important (cf. 1 Timothée 5,19).
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MessageSujet: Re: Le mythe jéhoviste de la transformation de la personnalité par l'Evangile   Mar 28 Avr 2015, 13:17

Merci Narkissos pour ces précisions.

Le mythe de la transformation de la personnalité est intrinsèquement liée à l'idée que la communauté des TdJ se targue de posséder une "supériorité morale" en son sein.

« Bien que cela puisse nous attirer les moqueries des gens sans foi, nous sommes heureux d’obéir au Créateur, qui nous aime. Nous avons une haute moralité, une moralité qui vient de Dieu. Nous pouvons en être fiers et y accorder un grand prix. Cette pureté morale nous vaut de recevoir les bénédictions de Jéhovah et de nourrir l’espérance d’en jouir éternellement. »
« La pureté morale selon Dieu » - La Tour de Garde du 1er novembre 2000, page 12, §19 :


« Pour cela, il nous faut être purs tant intérieurement qu’extérieurement. Nous veillons à la pureté de nos pensées. Nous respectons fidèlement les normes de pureté morale définies par Jéhovah, quelle que soit l’ampleur de la dégradation des mœurs autour de nous. Et — plus important encore — nous veillons jalousement à la pureté du culte que nous pratiquons, pour éviter toute contamination provenant de la fausse religion. »
« Gardez-vous dans l’amour de Dieu » - La Tour de Garde du 15 août 2009, page 22, §20.

Afin de prouver sa capacité de transformation, la WT cite souvent des cas de transformations miraculeux mais passe sous silence les forfaits et actes illicites que des TdJ ont pu accomplir. La supériorité morale revendiquée par les TdJ est illusoire et implique d'occulter les cas de TdJ violents et non respectueuex de la loi.
En un mot, chez les TdJ ce n'est pas pire qu'ailleurs mais ce n'est pas mieux.
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MessageSujet: Re: Le mythe jéhoviste de la transformation de la personnalité par l'Evangile   Mer 29 Avr 2015, 14:33

La médaille de la "supériorité morale", même quand elle n'est pas arborée de façon aussi grotesque, a un revers à sa dimension.
A la clé, je crois, c'est le même sentiment-illusion de sécurité qui est agréable et attrayant d'une part, dangereux et anxiogène d'autre part, et qui de toute façon n'incline pas à la lucidité.
Qui n'a pas goûté le plaisir ambigu d'être entouré de "gens bien" et d'être compté parmi eux (de la "secte" hyper-stricte au "cercle de connaissances" le plus informel), de se reposer sur cette confiance vitale et pourtant trompeuse en une "marge" protectrice (qui n'est pas sans rappeler la "haie" pharisienne autour de la Loi) entre ce qui peut arriver de "pire" et ailleurs ? Et pourtant cela se paie, d'une naïveté et d'une vulnérabilité à ce "pire" lorsqu'il survient contre toute attente; et aussi, en permanence bien que certains le ressentent plus vivement que d'autres, d'une terreur secrète et inavouable de "déchoir" soi-même aux yeux des autres.
C'est par une telle "violence", sans doute, que fonctionne toute "société"; elle est plus intense et plus perceptible dans une micro-société de "purs" qui se construit sur le mépris de l'extérieur (tu as voulu faire partie des "bons", tu le paies de ton angoisse de devenir ou de te révéler un "mauvais" du dehors); moins grave aussi parce qu'il reste un "dehors" vivable, avec des "mauvais" qui ne sont pas si "mauvais" que ça. Dans LA "société" tout court, il n'y a plus de dehors, la relative sécurité des "bons" se paie de l'enfermement des "mauvais".
Mais ce serait bien plus difficile (impossible peut-être, sauf aux "paranoïaques", et à quel prix !) de vivre les yeux ouverts et sans défense illusoire dans une "humanité" (la sienne et celle d'autrui) dont on n'exclurait jamais le "pire".
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MessageSujet: Re: Le mythe jéhoviste de la transformation de la personnalité par l'Evangile   Mer 29 Avr 2015, 17:55



Et c’est bien ça, le problème, lorsqu’on le place dans le contexte du GroupThink. Le souci, ce n’est pas tant qu’il y ait des “problèmes de moralité” chez les TdJ (car en la matière, je l’ai dit, je ne crois pas non plus qu’il y en ait plus qu’ailleurs), mais vient plutôt de l’attitude du groupe vis-à-vis de sa propre moralité, ses certitudes absolues en la matière. Les TdJ pensent en général qu’ils sont tout à fait exceptionnels en la matière, mais I. Jannis nous apprend qu’il en va de même pour TOUS les groupes qui cèdent à ce travers qu’est la pensée groupale. Ils se croient TOUS exceptionnels, incapables de regarder en face leur “normalité” et donc de se “méfier” d’eux-mêmes.
Or cet état de choses crée un dysfonctionnement plus profond encore. Jusqu’ici, en effet, il ne s’est agit que d’observer un certain déni de la part des TdJ quant à leur situation réelle, ce qui est déjà embêtant —mais peut-être pas si rare, finalement. Mais il y a plus gênant encore : cette absolue assurance en sa propre légitimité, en sa propre supériorité morale, en sa propre pureté, ne se contente pas de masquer certaines réalités, certains problèmes, elle finit par en provoquer elle-même !

http://www.tj-revelation.org/De-la-banalite-de-ce-que-l-on-a,573
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