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 Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste

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Narkissos

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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Dim 24 Aoû 2014, 21:44

Douter de son propre "jugement" et de tout l'appareil perceptif et logico-déductif qu'il met en œuvre, c'est aussi le geste inaugural de la "méthode" cartésienne, qui d'ailleurs se serait peut-être arrêtée là si Descartes avait pris la mesure de la paralysie cognitive auquel il aboutit -- s'il ne s'en était pas sorti par une pirouette -- mais pouvait-on s'en sortir autrement ?
Le "fondamentaliste" aurait parfaitement raison d'insister sur la faiblesse de la raison, s'il ne s'appuyait lui-même sur la raison à chaque pas de son raisonnement. D'où tient-il, par exemple, que (la parole de) Dieu ne peut pas se contredire ? Sûrement pas de Dieu ni de la Bible (citer à ce point des textes qui disent que "Dieu ne ment pas" ou "ne change pas d'avis" serait d'autant plus ridicule qu'on peut en citer d'autres qui disent le contraire, et que sans arbitrage extérieur il n'y a aucune raison de subordonner les uns aux autres), mais de la raison, précisément, sous la forme candide du "bon sens" (le fameux "est-il raisonnable de penser" cher à la prose watchtowérienne) ou sous une forme plus sophistiquée (comme le principe de non-contradiction de la logique aristotélicienne). En somme, cela revient à soumettre Dieu a priori à cette "raison" que par ailleurs on déclare faible et trompeuse.
Dès lors qu'on fait intervenir un Dieu à qui rien n'est impossible, la "raison", en toute logique (selon sa propre logique), devrait suspendre son jugement et se déclarer incompétente: elle n'est plus sur son terrain qui est celui du possible, délimité par l'impossible, avec entre les deux du plus ou moins vraisemblable. On ne peut plus faire appel à elle pour distinguer le vrai du faux, ni le probable de l'improbable. Quand tout peut arriver il n'y a plus de probabilité ni d'improbabilité qui tienne. S'il plaît à Dieu de faire écrire Moïse dans une langue et avec des formules et des concepts qui n'existent pas à son époque, de le faire se répéter ou se contredire, d'anticiper sur des événements futurs sans même prétendre "prédire" quoi que ce soit, bref de donner à un texte écrit d'une seule main au IIe millénaire av. J.-C. toutes les apparences d'un texte composite du milieu du Ier millénaire, c'est son affaire (il veut tromper peut-être -- on ne manquera pas non plus de textes pour le justifier): pourquoi alors s'évertuer à résoudre des "problèmes" qui n'en sont que pour une "raison" qui n'a de toute façon pas voix au chapitre (ou, mieux encore, qui doit être trompée) ?
L'apologétique cependant n'assume jamais une telle position franchement irrationaliste (ou anti-rationaliste), qui serait pourtant rationnellement inattaquable. Elle entend au contraire rendre compte (apo-logeô) de sa croyance devant l'instance de la raison (logos) à laquelle elle fait mine de se soumettre, et à laquelle elle soumet Dieu par la même occasion (ce que Kierkegaard appelait le "baiser de Judas de la sottise").
Bien sûr, le "rationalisme croyant" a aussi construit ses justifications dogmatiques, qui consistent le plus souvent (Thomas d'Aquin, Calvin, plus récemment Dooyeweerd, Van Til, Schaeffer etc.) à dire que "Dieu" a créé la "raison" tout comme les "lois de la nature", qu'il l'a dispensée à l'homme comme une "révélation générale" ou une "grâce commune" à laquelle se surajoute éventuellement la "grâce spéciale" de la "révélation particulière" -- laquelle ne devrait normalement pas déroger au cadre englobant de la "raison". La "raison" atteindrait donc une sorte de limite interne devant la "révélation", comme les "lois de la nature" devant le "surnaturel" ou les "miracles". N'empêche que pour dire quoi que ce soit de la "révélation" (y compris pour la reconnaître, l'approuver ou y souscrire !) la "raison" devrait transgresser sa propre limite, juger de ce qui ne relève pas de sa compétence. Encore une "aporie" dont on ne se sort que par une pirouette (mais les possibilités ne manquent pas, tel le bien-nommé "saut de la foi").
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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Lun 25 Aoû 2014, 00:33

J'ai souvent pensé avec amusement que pour accepter de "ne pas s'appuyer sur sa propre intelligence" et lui préférer celle de Dieu, il faut d'abord utiliser sa propre intelligence, justement, et se dire que Dieu sait mieux et peut donc mieux nous guider que nous-même. En fin de compte, on s’appuie donc en premier lieu sur "sa propre intelligence" pour décider que dorénavant, il faudra "ne plus s'appuyer sur sa propre intelligence". Mais le choix initial utilise justement "sa propre intelligence", que l'on admet pourtant défaillante.

Certaines personnes ont besoin de repères. Ces repères les rassurent. Pour ces personnes, il est important de poser une base sur laquelle tout est ensuite construit. Descartes, d'ailleurs, y vient juste après son fameux : "je pense donc je suis", car il en arrive très vite - et par un raisonnement plutôt artificiel - à la séparation de l'âme et du corps, puis à Dieu.

Pour les témoins de Jéhovah, cette base, c'est la Bible. Une Bible où ils plaquent leurs propres idéaux, et pour laquelle ils préfèrent les idées simples et rassurantes des dogmes aux hésitations des chercheurs et des scientifiques. Il est en effet bien plus simple et rassurant que de se dire que le Pentateuque vient de Moïse, et qu'il l'a reçu sur le Sinaï au mois de nisan 1513 av. n. è., que d'admettre que ce livre est formé de strates successives que d’obscures scribes dont le nom est aujourd'hui perdu auraient ajoutées les unes aux autres entre le VIIIème et le IIème siècle av. n. è.

Je pense que le besoin de s'appuyer sur une base stable, sur laquelle ensuite on peut bâtir quelque chose, est un sentiment humain largement répandu. Le seul problème, c'est que si cette base est fausse, c'est alors la construction tout entière qui menace de s'écrouler...

Séb

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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Lun 25 Aoû 2014, 16:37

Petite réflexion marginale: dans la mesure où l'on n'échappe pas à la "métaphore", le choix des métaphores (les choisit-on, nous choisissent-elles ?) devient déterminant, voire critique. Selon qu'on pense (ou parle) en termes de "base", de "fondation" ou d'"édifice", de "terre", de "racines" ou de "fruits", de "chemin", de "but" ou de "repères", on donne à ses désirs comme à ses angoisses un "tour", une "forme" ou un "contenu" (autant d'autres métaphores !) à chaque fois différents. Aucune métaphore n'est "gratuite", ni innocente, ni inoffensive. La façon de poser des "questions" ou des "problèmes" détermine largement les "réponses" et les "solutions". A défaut de se passer de métaphores, on peut le savoir, et s'en méfier quand on en use (autant dire tout le temps).

Je reviens de là sur cette métaphore du "saut de la foi" (c'est peut-être parce que je suis en train de relire Kierkegaard): ce qu'elle dit (je ne fais que lui substituer d'autres métaphores, comme on le fait toujours quand on croit "expliquer" une métaphore), c'est qu'il y a une rupture, un hiatus, une solution de continuité, une différence qualitative, d'essence, d'ordre ou de nature, entre le "savoir" et la "foi". C'est dire que pour le "savoir", la "foi" comme le "saut" sont l'impossibilité même: le "savoir" ne peut pas sauter par-dessus lui-même pour franchir sa "frontière" et "croire", et réciproquement la "foi" ne revient pas au "savoir" comme un bénéfice capitalisable, sous forme de savoir supplémentaire ou complémentaire. Il faudrait "sauter" pour passer de l'un à l'autre et c'est précisément ce que ni l'un ni l'autre ne peut faire. Celui qui se demande à partir de ce qu'il sait s'il doit "croire" ou non ne trouvera jamais dans son savoir de réponse décisive à sa question. Réciproquement, celui qui croit (ça peut être le même "individu", dès lors bien loin d'être indivis !) se met le doigt dans l'œil s'il s'imagine rendre compte de sa "foi" en termes de "savoir", pour la "défendre" ou en "convaincre" autrui.

Vu la difficulté (plus exactement l'impossibilité) du passage, il va sans dire qu'on ne gagne rien à multiplier les points de (non-)contact entre "foi" et "savoir". Vouloir faire de n'importe quel sujet susceptible d'être abordé sous un angle "religieux" et "scientifique" (comme la datation ou l'historicité d'un livre sacré, l'origine de l'univers, de la terre, de la vie ou de l'humanité, ou tel "événement" ou "récit" particulier, de "miracle" p. ex.) un objet de foi, ce n'est pas seulement aller au-devant de discussions sans fin (et parfaitement inutiles), c'est surtout diluer l'aporie du (non-)rapport entre "savoir" et "foi" au point de la rendre méconnaissable. Quand on prétend croire à "Moïse auteur du Pentateuque" ou à "Jonas mangé et vomi par son poisson" comme on croit en "Dieu" ou au "Christ", on finit par ne plus du tout comprendre ce que c'est que la "foi" au sens fort et religieux du terme, on ne la distingue plus de "l'opinion", on la réduit en quelque sorte à un "savoir alternatif" susceptible de différer du "savoir ordinaire" sur tout et n'importe quoi.

Pour Kierkegaard, qui écrivait en penseur chrétien (notamment sous le pseudonyme d'Anti-Climacus) -- à une époque où la "critique biblique" qui obligeait déjà à distinguer entre "savoir" et "foi" était encore toute jeune, peut-être plus audacieuse que maintenant mais aussi scientifiquement plus fragile -- l'unique objet de la foi, inaccessible au savoir et "scandale" pour la raison, c'était le Christ "homme-Dieu" en tant que paradoxe absolu. Ce qu'il considérait à la fois comme une "idée" et comme un "événement réel", "historique" si l'on veut, mais d'une singularité telle qu'il échappe absolument aux historiens: on ne saurait se rapporter à lui par la médiation d'un savoir historique "objectif": la seule façon d'y accéder, c'est la foi subjective, qui rend immédiatement contemporain de "l'homme-Dieu" dans son abaissement. (La démarche de Kierkegaard est à la fois redevable et diamétralement opposée à celle de Hegel: dans les deux cas il s'agit d'articuler "l'idée" et "l'histoire", mais là où l'un vise une articulation "objective" l'autre privilégie la subjectivité.) Je trahirais certainement sa pensée (mais je la traduirais peut-être quand même un peu) en disant que la "foi" se rapporte à un autre type de parole et de "vérité" que le "savoir": à ce que j'appellerais, moi, non pas Kierkegaard, la vérité du "mythe" (muthos), qui est toute autre que celle du discours rationnel (logos), mais qui n'en est pas moins une "vérité" à sa manière (et bien sûr cela ne vaut pas pour n'importe quelle "fiction" ou "croyance": je parle d'un mythe susceptible de produire un effet de vérité, autrement dit de générer de la "foi" au sens fort, et pas seulement une "opinion" excentrique). De l'une à l'autre on ne passe pas (même en sautant !), mais dans l'une et dans l'autre on est, on se tient, depuis toujours peut-être. "Métaphoriquement" bien entendu...
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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Mar 26 Aoû 2014, 18:09

Plusieurs idées me viennent à l'esprit en lisant ton post. Tout d'abord, on ne croit pas tout à fait "n'importe quoi" ni "n'importe qui". Pour croire, il faut avoir décidé, en son âme et conscience, de faire confiance, mais aussi, il faut que cette confiance soit entretenue, d'une manière ou d'une autre.

On ne continuera pas de faire confiance si l'on constate un trop grand écart entre ce qui nous semble "raisonnable de penser" et ce que l'on nous dit.

C'est pourquoi je trouve le discours jéhoviste, en particulier sur ces aspects scientifico-historiques, très insidieux. Il est en effet très bien amené, par des raisonnements que le commun des mortels accepterait sans broncher, pour conclure ensuite sans en avoir l'air sur une idée que l'on aurait jamais accepté si l'on l'avait lue en premier.

Le discours fondamentaliste sur l'auteur du Pentateuque me semble présenter deux alternatives :

- soit on "fait confiance" aux juifs de l'Antiquité et l'on "croit" comme eux que Moïse est l'auteur du Pentateuque,
- soit on "critique" et on "doute", et dans ce cas on manque de "foi", ou (pire !) on utilise "bien plus de foi pour y croire" malgré les différentes conclusions contradictoires des experts sur ces questions au fil du temps.

Pour la WT, il faut donc un peu de foi, mais pas trop. Et lorsque les avis des experts divergent sur certains points, sa conclusion est que l'avis des experts est sans valeur, et ce même s'ils convergent sur de nombreux autres points.

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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Mar 26 Aoû 2014, 18:32

En aparté, voici un lien très intéressant sur la question qui nous occupe ici : http://tjrecherches.chez.com/pentateuch1.html

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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Mar 26 Aoû 2014, 19:31

@seb: je dirais que si l'on peut "croire" à n'importe quoi (ou presque), on ne peut pas croire à tout de la même manière. Ce que j'appelle la "foi" au sens fort du terme (Kierkegaard aurait parlé de rapport "existentiel", à une époque où ce mot n'était pas encore galvaudé) ne s'attache qu'à un nombre limité d'"objets" possibles (généralement un seul à la fois). Ce qui arrive couramment en revanche, c'est qu'à partir de cette "foi" centrale on achète tout un "kit" de "croyances" et d'"opinions" qui sont censées "aller avec". Peu importe alors les justifications rationnelles ou même religieuses de chaque croyance particulière: la vraie raison de l'adhésion, c'est que ça fait partie d'un lot qu'il n'est pas question de rejeter ni même de trier, parce qu'on y tient vraiment par un certain point.
Ni le TdJ ni l'évangélique vraiment croyant (je ne parle pas de celui qui est tombé là-dedans par hasard sans jamais éprouver de "foi" personnelle, au sens fort) ne croit à "Moïse auteur du Pentateuque" ou au poisson de Jonas comme il croit en Jéhovah (ou à la Vérité, ou même à l'Organisation idéalisée) ou en Jésus-Christ. Il croit cela parce qu'il croit ceci -- et parce qu'à ses yeux (et parce qu'on le lui a enseigné) c'est indissociable. Il y a une "foi" centrale et des croyances dérivées (mais pas facultatives, c'est tout le problème). C'est d'ailleurs particulièrement évident des TdJ dont le détail des croyances change souvent sur simple décret de la Watchtower. Rien de plus facile que de changer de croyance secondaire quand ça ne remet pas en cause la croyance principale.
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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Mar 26 Aoû 2014, 20:06

Tu dépeins là une hiérarchie de croyances qui dépendent les unes des autres, et qui forment un "kit".

On croit en un Dieu d'amour, alors on croit qu'il nous guide par la Bible. On croit la Bible inspirée de Dieu, alors on le croit parfaite. On croit la Bible parfaite, alors on n'admet pas qu'elle ait pu avoir été remaniée au fil du temps, on croit que les évènements qu'elle décrits sont historiques et objectifs, qu'elle est scientifiquement exacte, etc..

Ai-je bien compris ta pensée?

Si oui, pourquoi s'encombrer de toutes ces croyances annexes ? Pourquoi ne pas seulement garder la principale, celle en un Dieu d'amour (contre laquelle aucune preuve ne peut être apportée, pour ou contre) ?

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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Mer 27 Aoû 2014, 02:24

seb a écrit:
Ai-je bien compris ta pensée?

Peut-être, en tout cas ce que tu décris en est une illustration possible -- mais je m'empresse d'ajouter, bien que ce soit sous-entendu dans la proposition précédente, qu'"un Dieu d'amour" n'est certainement pas la seule définition possible d'un "objet de foi" subjective ou existentielle (quelque chose par quoi je puisse me sentir personnellement touché ou concerné, ce qui n'est guère le cas -- au moins pour un non-juif -- de "l'auteur du Pentateuque"), et que de cet objet de foi particulier ("un Dieu d'amour") il y a mille autres dérivations possibles de "croyances secondaires", qui pourront paraître tout aussi "logiques" à ceux qui les partagent sans être pour autant logiquement contraignantes pour les autres.

Citation :
pourquoi s'encombrer de toutes ces croyances annexes ? Pourquoi ne pas seulement garder la principale, celle en un Dieu d'amour (contre laquelle aucune preuve ne peut être apportée, pour ou contre) ?

Pour rien, si ce n'est que les "croyances principales" nous arrivent rarement toutes seules; si on a entendu parler d'"un Dieu d'amour" (par exemple), c'est d'abord dans le cadre d'une religion (juive, chrétienne ou musulmane) qui comporte beaucoup de "croyances annexes". Il peut falloir beaucoup de temps à un individu pour distinguer dans cet ensemble ce qui est pour lui "essentiel", et davantage encore pour se distancier éventuellement de l'"accessoire" (car dans un premier temps l'attachement à "l'essentiel" peut au contraire renforcer l'intransigeance sur "l'accessoire").
Je n'ai rien contre les croyances "naïves", si saugrenues qu'elles puissent me paraître, et si je ne les partage pas je n'essaierai pas d'en détourner quiconque. Je les trouve même souvent assez jolies; malheureusement elles perdent leur charme dès lors qu'elles cessent d'être naïves (comme disait Brel: c'est tellement beau tout ça... quand on croit que c'est vrai). J'en ai voulu quelquefois, par contre, à ce qu'il m'est arrivé d'appeler le "terrorisme spirituel": quand des gens qui, loin d'être "naïfs" eux-mêmes, tentaient d'empêcher toute réflexion "critique" chez les autres (qui éprouvaient pourtant le besoin d'une telle réflexion) en prenant pour ainsi dire leur "foi" en otage d'une logique intégriste du "tout ou rien". Par exemple en disant à des chrétiens: Jésus a parlé de Moïse (ou de Jonas) comme de personnages historiques (ce qui est discutable, mais passons), donc si vous croyez en Jésus vous devez y croire -- avec la réciproque sous-entendue, et parfois même expressément articulée: si vous remettez ça en question, vous reniez Jésus, vous n'êtes plus "chrétiens", vous n'avez plus du tout de "foi". Mobiliser la "foi en Jésus-Christ" avec tout ce qu'elle peut engager de subjectif et d'affectif, une foi qui est un attachement, pour rafistoler les brèches d'une forteresse dogmatique de croyances qui ne sont que des opinions, ça me paraissait insupportable, détestable... avec un peu de distance, je me contenterais aujourd'hui de dire déplorable.
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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Mer 27 Aoû 2014, 16:52

Citation :
Ni le TdJ ni l'évangélique vraiment croyant (je ne parle pas de celui qui est tombé là-dedans par hasard sans jamais éprouver de "foi" personnelle, au sens fort) ne croit à "Moïse auteur du Pentateuque" ou au poisson de Jonas comme il croit en Jéhovah (ou à la Vérité, ou même à l'Organisation idéalisée) ou en Jésus-Christ. Il croit cela parce qu'il croit ceci -- et parce qu'à ses yeux (et parce qu'on le lui a enseigné) c'est indissociable. Il y a une "foi" centrale et des croyances dérivées (mais pas facultatives, c'est tout le problème). C'est d'ailleurs particulièrement évident des TdJ dont le détail des croyances change souvent sur simple décret de la Watchtower. Rien de plus facile que de changer de croyance secondaire quand ça ne remet pas en cause la croyance principale.

Merci infiniment pour ces échanges enrichissants.

La difficulté pour les croyant évangélistes, Témoins de Jéhovah .... est qu'ils lient la foi centrale et les croyances dérivées ... Si Moïse n'est pas l'auteur du Pentateuque, alors cela remet en cause la validité et la valeur de l'ensemble de ces livres. L'aspect inspirant, enrichissant pour la Foi et l'interêt du Pentateuque ne dépend pas de la tradition qui en attribue la paternité à Moïse mais du contenu. Au fond la foi centrale de ses croyants est terriblement fragile, dépendante de nombreuses croyances dérivées, qu'ils faut défendre , bec et ongles, contre les faits et le texte lui-même.
Le croyant peut très dire que la loi, que la trdition attribue à Moïse, a une validité et une valeur inconditionnelles pour ceux qu'elle touche, indépendamment de son auteur présumé. Pour le croyant, la foi contient en elle, la conviction de sa certitude ... sa force ... elle n'a pas besoin d'éléments extérieurs, pour être fondée et nourri.
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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Mer 27 Aoû 2014, 18:07

free a écrit:
Pour le croyant, la foi contient en elle, la conviction de sa certitude ... sa force ... elle n'a pas besoin d'éléments extérieurs, pour être fondée et nourri.

Paul te répondrait peut-être que la foi vient de ce que l'on entend (cf. Romains 10)...

Pour moi, tout le "défi" d'une théologie moderne (car bien sûr c'est une époque qui pose le "problème" en ses termes et impose, par exemple, une distinction entre "foi" et "savoir" ou entre "foi" et "croyances", ce qui n'aurait eu aucun sens à une autre époque), c'est celui d'une certaine "duplicité" nécessaire: d'arriver à tenir un "double discours" et un "double langage" (autant d'expressions habituellement péjoratives mais qui représentent ici, à mon sens, une nécessité vitale), en assurant et en assumant, mais aussi en séparant et en articulant ce que j'appelais le "mythe" (muthos) et le "discours rationnel" (logos).

A la synagogue, à l'église, à la mosquée, il faut que Moïse soit sauvé des eaux, que Yahvé l'appelle du buisson ardent, qu'il traverse la mer Rouge et reçoive la Torah au Sinaï, que Jonas soit avalé et vomi par le poisson, que Jésus vienne du ciel, naisse d'une vierge, ressuscite les morts, marche sur la mer, soit ressuscité le troisième jour, que Muhammad reçoive le Qur'an de l'ange Gabriel et soit emporté miraculeusement à Jérusalem. Ce n'est pas le lieu pour un discours critique, et pas non plus pour un discours apologétique qui se mêlerait de répondre à la critique en tentant de prouver que tout cela est historique.

A l'école, à l'université, il faut que tout cela soit soumis à l'examen d'une critique historique, littéraire, philosophique, socio-psychologique et tout ce qu'on voudra, pourvu qu'elle soit dégagée autant que faire se peut de toute vénération religieuse pour les textes "sacrés" mais aussi de toute animosité particulière à leur égard.

La théologie, ayant un pied de chaque côté (dans la mesure du moins où elle y est encore tolérée ce qui de part et d'autre ne va plus de soi), porterait la lourde responsabilité de veiller à la séparation des discours et, chose beaucoup plus difficile mais passionnante, de penser leur articulation. Tâche exigeante au lieu de quoi elle s'est trop souvent contentée de mixer un peu des deux en une soupe indigeste qui ne satisfait ni les besoins de la "foi" ni ceux de la "raison".
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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Mer 27 Aoû 2014, 19:32

Dans ton discours, tu opposes "foi" et "raison". J'aurais tendance à te suivre, mais je me demande s'il n'y a pas un peu des deux partout. Par exemple, lorsque j'affirme que deux droites parallèles se trouvant sur un plan ne se coupent jamais, j'ai l'impression d'utiliser ma raison. Mais est-ce que je n'utilise pas aussi un peu de foi? Après tout, ne fais-je pas seulement que répéter ce que j'ai appris de mes professeurs à l'école? Puis-je vraiment le prouver, moi?

De même, si j'ai confiance en ma femme de ne pas me tromper, n'est-ce pas parce que je raisonne en moi-même en me disant qu'elle ne m'a jamais trompé par le passé, et donc que je peux continuer de lui faire confiance sur ce point? La simple raison seule serait-elle suffisante pour me convaincre de cela?

On le voit d'ailleurs dans le discours fondamentaliste sur l'auteur du Pentateuque : la foi de ses fidèles ne semble pas suffire. Il faut que la WT utilise de plus un raisonnement construit pour expliquer et combattre les "méchantes critiques" des exégètes.

Séb

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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Mer 27 Aoû 2014, 23:33

Ce n'est pas moi qui oppose "foi" et "raison", c'est toute une époque -- depuis les "Lumières" au moins -- qui les a opposées. Il me semble d'ailleurs qu'en Europe occidentale cette distinction-opposition est aujourd'hui largement dépassée: nous n'y revenons ici qu'à propos d'un débat qui nous revient lui-même d'Amérique, débat dans lequel elle retrouve, à mon sens, une relative pertinence. La guéguerre interminable outre-Atlantique entre "Christian fundamentalism" et "secular humanism" ressemble par plus d'un trait à ce qui se jouait en Europe à la fin du XIXe siècle autour de la critique biblique, avec la crise "moderniste" chez les catholiques, la rupture entre "libéraux" et "orthodoxes" (ancêtres des "évangéliques") chez les protestants, et l'anticléricalisme autour. Ce débat avait appelé une réflexion sur le rapport ou le non-rapport entre "foi" et "raison" ou "science" (cf. ce qu'on a taxé alors de "fidéisme"). Toute cette problématique est devenue pratiquement obsolète ici, surtout depuis le dernier quart du XXe siècle (on peut à nouveau, Dieu merci, lire intelligemment des textes sans éprouver aussitôt le besoin de se prononcer sur leur "historicité"), SAUF dans les milieux influencés directement ou indirectement, en "pour" ou en "contre", par le fondamentalisme américain. Mais quand par malheur on est exposé à ces milieux-là, le bon vieux "fidéisme" qui distingue radicalement "foi" et "raison" reste commode, ne serait-ce que pour éloigner les plus importuns.
Cela étant, je n'attache pas plus de crédit à la distinction-opposition entre "foi" et "raison" qu'à tous les couples conceptuels plus ou moins antithétiques qui ont tour à tour structuré le langage en général et la pensée occidentale en particulier (matière/forme, sensible/intelligible, substance/accident, puissance/acte, un/multiple, nature/grâce, sujet/objet, volonté/représentation, être/devenir, matière/énergie, essence/existence, la liste serait très longue). C'est toujours une ligne tracée sur le sable qui fait mine de couper l'univers en deux avant de s'effacer (non sans laisser toutefois quelque trace). Chaque fois qu'on distingue et/ou oppose A et B, c'est pour s'apercevoir un peu plus tard, non seulement qu'il y a "un peu de A et de B partout", mais, ce qui est plus embêtant, qu'il y a toujours du A dans le B et du B dans le A (chose que le taoïsme, p. ex., avait comprise il y a fort longtemps).
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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Jeu 28 Aoû 2014, 16:07

Citation :
A la synagogue, à l'église, à la mosquée, il faut que Moïse soit sauvé des eaux, que Yahvé l'appelle du buisson ardent, qu'il traverse la mer Rouge et reçoive la Torah au Sinaï, que Jonas soit avalé et vomi par le poisson, que Jésus vienne du ciel, naisse d'une vierge, ressuscite les morts, marche sur la mer, soit ressuscité le troisième jour, que Muhammad reçoive le Qur'an de l'ange Gabriel et soit emporté miraculeusement à Jérusalem. Ce n'est pas le lieu pour un discours critique, et pas non plus pour un discours apologétique qui se mêlerait de répondre à la critique en tentant de prouver que tout cela est historique.

Les lieux de cultes sont là, pour nourrir la foi des croyants, pour raconter des "histoires" (ce terme n'est pas péjoratif) qui cherchent à susciter une adhésion, qui aident à apprendher des "vérités" qui dépassent la raison et à expliquer l'inexplicable, tout ce qui défie la raison ...  loin des explications objectives et rationnelles.
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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Jeu 28 Aoû 2014, 21:27

Aussi longtemps du moins qu'ils (les lieux de culte) ne sont pas vides; or, si on peut tirer une leçon (quoique je la trouve personnellement assez saumâtre) de l'évolution de la pratique religieuse depuis le milieu du XXe siècle, c'est que les religions qui s'en sortent le mieux (sociologiquement parlant) sont celles qui ont le moins cherché à "moderniser", à "actualiser" et à "rationaliser" leur discours et leur rituel. Quand Brassens chantait: "Sans le latin, la messe nous emmerde", il faisait preuve d'un bon sens qui a cruellement manqué à beaucoup de théologiens et même -- ce qui est plus étonnant -- d'ecclésiastiques.
Le principal problème religieux actuel, me semble-t-il, c'est qu'il n'y a plus guère de passage du lieu (ou du temps) de la récitation du mythe à celui de la réflexion critique ou rationnelle sur celui-ci (et réciproquement). A l'église (synagogue, mosquée), ou on n'explique rien ou on explique trop (soit en diluant le mythe dans un discours intellectualisant qui le rend inaudible, et alors les églises se vident, soit en le bétonnant en "savoir parallèle", avec toutes les "dérives sectaires" et/ou "fondamentalistes" que ça entraîne); à l'école, où on ne touche le "fait religieux" qu'avec des pincettes, on ignore de fait ce qui se dit à l'église (etc.). Entre les fanatismes particuliers et l'inculture religieuse générale, il n'y a plus beaucoup d'espace pour une "pensée de la foi" (cogitatio fidei) -- ou plutôt il y en a, de l'espace, mais c'est un désert où les gens, "croyants" ou non, s'aventurent de plus en plus rarement.
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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Ven 29 Aoû 2014, 15:25

Citation :
Le principal problème religieux actuel, me semble-t-il, c'est qu'il n'y a plus guère de passage du lieu (ou du temps) de la récitation du mythe à celui de la réflexion critique ou rationnelle sur celui-ci (et réciproquement). A l'église (synagogue, mosquée), ou on n'explique rien ou on explique trop (soit en diluant le mythe dans un discours intellectualisant qui le rend inaudible, et alors les églises se vident, soit en le bétonnant en "savoir parallèle", avec toutes les "dérives sectaires" et/ou "fondamentalistes" que ça entraîne); à l'école, où on ne touche le "fait religieux" qu'avec des pincettes, on ignore de fait ce qui se dit à l'église (etc.). Entre les fanatismes particuliers et l'inculture religieuse générale, il n'y a plus beaucoup d'espace pour une "pensée de la foi" (cogitatio fidei) -- ou plutôt il y en a, de l'espace, mais c'est un désert où les gens, "croyants" ou non, s'aventurent de plus en plus rarement.

Reconnaissons, toute la difficulté à aborder le mythe sans verser dans ces deux extrêmes. Comment envisages-tu une religion "moderniser" et "actualiser" ?

J'ai trouvé un texte très intéréssant (lire notamment avec intêret la rubrique "Se réconcilier avec la pensée symbolique" :


La pensée symbolique opère ainsi une transgression dans le langage courant, « une suspension du rapport direct du discours au réel déjà constitué, déjà décrit avec les ressources du langage ordinaire ou du langage scientifique ». Ainsi pouvons-nous vérifier, à partir de ces exemples, que la pensée symbolique est acte de création et d’interprétation qui transforme l’immédiat en médiation, transfigure l’utilitaire ou le trivial en signe de l’indicible, rendant sensible l’insaisissable, faisant toucher l’impalpable.


La dimension symbolique du discours religieux

Parce que les religions relient l’homme à une réalité invisible, inaccessible, indicible, ineffable, absolument Autre, le langage qu’elles utilisent pour en parler est celui des symboles. Elles n’ont d’autre ressource que cette médiation du symbole pour nous rendre proche et sensible l’inaccessible.

Mais précisément parce qu’elles traitent de l’Autre, les représentations fournies par toute une imagerie littéraire ou iconographique, qui excitent notre imaginaire, ne peuvent être lues au premier degré.
Le rejet du religieux dans notre société tient pour une large part à l’incapacité de nos contemporains à se situer dans l’univers symbolique et à en comprendre le langage. Nous fonctionnons habituellement dans le « contresens » en prenant l’expression religieuse au premier degré, en confondant le signe avec la réalité qu’il désigne.

Force est de reconnaître malheureusement que le discours religieux véhiculé dans de nombreuses communautés n’a pas intégré les indispensables distinctions issues de la modernité, notamment les spécificités respectives de l’approche scientifique et de l’approche religieuse des réalités de ce monde. Lorsqu’une religion reconnaît la légitime autonomie des sciences et la respecte, elle affirme du même coup l’autonomie et l’originalité de son propre discours et renonce de ce fait à sa prétention à l’omniscience. Elle peut ainsi entrer dans le dialogue de la modernité. C’est précisément ce que refusent les fondamentalismes qui maintiennent la confusion des domaines et méconnaissent les symboles en en faisant une lecture réductrice et appauvrissante. Or il n’y a de dialogue possible entre Science et Religion qu’à la condition de reconnaître la spécificité de la pensée symbolique qui fonde le discours religieux. C’est à cette condition, par exemple, qu’un scientifique pourra reconnaître la validité d’un récit mythique de création, récit de facture poétique qui dit d’abord l’origine du monde ou de l’homme plutôt que le commencement.

La distinction entre approche scientifique et approche religieuse est devenue tout aussi indispensable en ce qui concerne les récits « historiques » de la Bible. Les récits de la Genèse et de l’Exode, par exemple, ne peuvent plus être abordés comme des documents rapportant des événements historiquement établis. Récits fondateurs du Peuple d’Israël, élaborés très à distance dans le temps des événements qu’ils sont censés rapporter, les personnages et événements qu’ils mettent en scène n’appartiennent pas à l’histoire mais à « l’histoire sainte ». Le travail de déconstruction, qui consiste à dégager la dimension mythique d’un récit religieux de sa forme historique et à le situer précisément comme tel, s’impose aujourd’hui à l’enseignement disciplinaire.

Si le travail de déconstruction historico-critique s’avère indispensable, celui de la reconstruction symbolique l’est tout autant. En effet savoir distinguer ce qui relève de l’histoire, enrichi progressivement par le travail archéologique, et ce qui relève des traditions regroupées et ré-élaborées par les auteurs bibliques, permet de situer la vérité du discours religieux à sa vraie place. La « figure d’Abraham » demeure une donnée historique en tant qu’elle apparaît dans les textes comme une référence fondamentale pour les croyants monothéistes.

http://www.aep.cef.fr/spip.php?article342
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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Ven 29 Aoû 2014, 16:40

free a écrit:
Comment envisages-tu une religion "moderniser" et "actualiser" ?

Je ne l'envisage pas, ou plutôt je ne l'envisage plus -- car comme beaucoup d'autres j'en ai "rêvé", il y a longtemps (ma remarque sur le manque de "bon sens" des théologiens était sur ce point autocritique), et j'ai bien dû constater que ça ne marche pas. J'en suis venu assez vite à penser que le seul équilibre possible (et cependant rarement atteint) devait allier à une totale liberté de pensée théologique un strict conservatisme liturgique -- ce qui, à mon sens, a été assez bien réussi par certaines grandes Eglises d'Etat (p. ex. le luthéranisme d'Europe du Nord ou l'Eglise d'Angleterre), dans une moindre mesure par l'Eglise catholique. Ce qui revient à ce que je disais plus haut: séparer (l'acte sacerdotal par excellence) et articuler le lieu ou le temps où on récite et joue le "mythe" et celui où on essaie de le penser, d'en rendre compte par un discours rationnel.
L'article que tu cites illustre fort bien ce propos (même si ce n'est qu'un mode de "séparation-articulation" parmi beaucoup d'autres possibles). Mais il faut bien se rendre à l'évidence: ce genre de réflexion n'intéresse que fort peu de gens, parmi les "croyants" comme parmi les "incroyants".
Je n'exclus nullement qu'apparaissent un jour de nouvelles religions, avec de nouveaux mythes (qui s'inspireront toujours plus ou moins des anciens), qui réussiront à dépasser la dimension de la "secte" (toutes les "grandes religions" d'aujourd'hui sont passées par là). Mais je ne pense pas du tout qu'elles naîtront d'un travail théologique sur les mythes anciens; ce genre de réflexion (ecclésiastique et/ou académique) débouche dans le meilleur des cas sur de la "pensée", pas sur des "mythes" susceptibles de générer la "foi" et de fédérer des peuples.
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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Ven 29 Aoû 2014, 17:36

Citation :
L'article que tu cites illustre fort bien ce propos (même si ce n'est qu'un mode de "séparation-articulation" parmi beaucoup d'autres possibles). Mais il faut bien se rendre à l'évidence: ce genre de réflexion n'intéresse que fort peu de gens, parmi les "croyants" comme parmi les "incroyants".

Merci Narkissos de cette approche novatrice et enrichissante. Je pense pourtant, que "croyants" et "incroyants" ont tout a gagner à accepter de : séparer (l'acte sacerdotal par excellence) et articuler le lieu ou le temps où on récite et joue le "mythe" et celui où on essaie de le penser, d'en rendre compte par un discours rationnel.
Cet échange me donne un autre regard sur le texte Biblique et le mythe.

Un extrait supplémentaire de l'article en question :

"Les découvertes scientifiques contraignent la religion à porter un nouveau regard sur l’univers et sur l’homme, la provoquant ainsi à réajuster son propre discours interprétatif. L’astrophysique aussi bien que les neurosciences imposent de reconsidérer à nouveaux frais le langage de la foi et à en redécouvrir la dimension symbolique.
Les énoncés de la foi et ses représentations sont indispensables car il appartient à la foi de se dire. Elle ne peut vivre sans s’exprimer, se déployer dans différentes formes de langage, conceptuel, artistique, liturgique. Ces énoncés constituent des transits, des chemins, pour aller à la rencontre de Celui qu’ils désignent.
Mais la transmission de la foi doit prendre garde à ne pas donner à confondre ce qui demeure de l’ordre du signe et du transitoire avec la Réalité annoncée et plus ou moins maladroitement désignée, selon la formule définitive de Thomas d’Aquin : « L’acte du croyant (acte de foi) ne s’arrête pas à un énoncé mais il se fixe à la réalité que cet énoncé désigne ».

L’une des difficultés majeures de la foi est que son objet demeure invisible et qu’elle ne peut passer à l’acte sans la médiation de représentations. Le croyant a besoin de se représenter Celui en qui il met sa foi, au double sens de l’image et de la présence, en cherchant à rendre présent l’Absent.
Le travail d’intelligence de la foi consiste, entre autres, à effectuer une distanciation critique et une élucidation à l’égard des représentations ...  La lecture fondamentaliste part du principe que la Bible, étant la Parole de Dieu inspirée et exempte d’erreur, doit être lue et interprétée littéralement en tous les détails…
Le fondamentalisme invite sans le dire à une forme de suicide de la pensée. Il met dans la vie une fausse certitude, car il confond inconsciemment les limitations humaines du message biblique avec la substance divine de ce message."

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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Ven 29 Aoû 2014, 17:55

Merci Narkissos, merci Free de ce dialogue fort enrichissant sur ce que doit être la foi, la religion et la science.

Je lis actuellement le livre de John S. Spong "JESUS POUR LE XXIe SIECLE"

L'auteur aborde également cette idée que les croyants racontaient avec leurs mots, leurs expressions des évènements qui les dépassaient. Ils n'avaient pas de mots pour parler de Dieu de façon raisonnable. Aussi évoquaient-ils des actions, des faits, qu'avec le temps les hommes ont appelé miracles.
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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Dim 31 Aoû 2014, 20:45

Ce que montre le langage poétique du mythe, la prose théologique entend le démontrer (et en effet elle arrive souvent à le dé-montrer, c.-à-d. à l'occulter à force de le dire invisible, inaudible, intangible, insaisissable, incompréhensible, ineffable, etc.).
Entre l'un et l'autre la différence est essentiellement de "forme", mais elle n'en est pas moins "essentielle"; et si les deux peuvent avoir leur lieu ou leur temps, il n'est pas question pour celle-ci de remplacer celui-là.
Là où le mythe poétique rassemble, recueille (c'est le sens de la religio), au prix d'une certaine ambiguïté ou plurivocité potentielle, la théologie prosaïque soucieuse d'expliquer, de dissiper les malentendus, d'expliciter l'implicite, de démêler et de développer, dilue et disperse dans la discussion et le bavardage.
Même dans les textes "sacrés" ce qui frappe, qui marque, qui est le plus volontiers lu et récité, ce sont les éléments "poétiques" -- non seulement les morceaux dûment estampillés tels par l'analyse littéraire parce qu'ils se conforment plus ou moins à une certaine métrique conventionnelle, mais tout ce qui relève de l'image, de la figure, du trope, ce qui fait le "pittoresque" des récits ou des paraboles, le rythme ou le "nombre" des "formules" (sans compter les effets graphiques et phonétiques, allitérations et assonances, qui se perdent en traduction mais que la traduction et la mise en page quelquefois compensent). Et d'après ce que j'ai observé en matière d'innovation liturgique, dans un cadre cultuel une assemblée chrétienne répondra mieux à la lecture d'un poème "profane" ou "athée" qu'à celle d'un traité de théologie, fût-il tout à fait orthodoxe et même intelligent.
Pour revenir à une distinction platonicienne -- sans adopter pour autant son "jugement de valeur", et sans recourir non plus au concept de "symbole" dont je me méfie un peu, surtout quand il sert à faire rentrer par la fenêtre une "transcendance" qu'on a fait mine de chasser par la porte -- la "foi" se rapporte au "sensible" (à l'"esthétique" au sens grec) autant ou plus qu'à l'"intelligible", aux sens autant ou plus qu'au sens. D'où un certain aveuglement suicidaire, aussi*, dans l'acharnement qu'elle met souvent à poursuivre "l'idolâtrie". Même en brisant statues et vitraux pour ne garder que la "parole" et l'"écriture", elle ne se nourrit pas moins de formes.

*La formule "suicide de la pensée" rapportée au "fondamentalisme" dans le dernier texte cité par free me trotte dans la tête.
Il serait plus juste à mon sens de parler de soumission (à la limite, d'abdication, de capitulation ou de reddition) de la pensée. La pensée "fondamentaliste" se veut soumise (et cette expression suffit à décrire son "cercle", vicieux ou vertueux: c'est elle qui s'assigne le "maître" devant qui elle s'incline, comme "l'idolâtre" son "idole"); mais ce faisant elle se préserve aussi -- elle assure sa "circulation circulaire", elle se met en situation de tourner en rond indéfiniment: tout le contraire d'un suicide. Mais la "pensée théologique" soi-disant non "fondamentaliste" fait-elle autre chose dans son propre cercle, à peine plus large ? Et toute "pensée" n'en fait-elle pas autant, selon la méthode et les présupposés qu'à chaque fois elle se donne ?
S'il y a un "instinct de conservation" de la pensée qui à chaque fois la recourbe sur et contre elle-même pour assurer sa pérennité, au prix de variations plus ou moins importantes, c'est peut-être aussi parce qu'il y a dans la pensée même une "tendance suicidaire" qui la pousse ou l'attire vers sa "fin". Parce que ce qu'elle cherche ou prétend chercher, tout en l'évitant, son "but ultime" constamment repoussé, serait toujours quelque chose devant quoi il n'y aurait (plus) rien à penser. Comme "Dieu", "l'être", "l'un", "l'absolu", mais aussi bien "le néant" ou "la mort", toutes choses à quoi la "religion" établit un rapport qui est peut-être pensable mais qui n'est pas un rapport de pensée (du moins au sens logico-rationnel du mot). La pensée ne peut que tourner autour, en cercle ou en ellipse: en orbite, en attendant de s'y perdre.

[Die meisten Menschen wollen nicht eher schwimmen, als bis sie es können." Ist das nicht witzig? Natürlich wollen sie nicht schwimmen! Sie sind ja für den Boden geboren, nicht fürs Wasser. Und natürlich wollen sie nicht denken, sie sind ja fürs Leben geschaffen, nicht fürs Denken! Ja, und wer denkt, wer das Denken zur Hauptsache macht, der kann es darin zwar weit bringen, aber er hat doch eben den Boden mit dem Wasser vertauscht, und einmal wird er ersäufen.
("'La plupart des gens ne veulent pas nager avant de savoir le faire.' (Novalis) N'est-ce pas bien vu ? Bien sûr qu'ils ne veulent pas nager ! Ils sont nés pour la terre, et pas pour l'eau. Et bien sûr qu'ils ne veulent pas penser : ils sont faits pour vivre, par pour penser ! Et celui qui pense, qui fait de la pensée l'affaire de sa vie, si loin qu'il puisse aller ainsi, a lâché la terre pour l'eau et un jour il coulera." H. Hesse, Der Steppenwolf).]
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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Mer 03 Sep 2014, 11:22

Citation :
*La formule "suicide de la pensée" rapportée au "fondamentalisme" dans le dernier texte cité par free me trotte dans la tête.
Il serait plus juste à mon sens de parler de soumission (à la limite, d'abdication, de capitulation ou de reddition) de la pensée. La pensée "fondamentaliste" se veut soumise (et cette expression suffit à décrire son "cercle", vicieux ou vertueux: c'est elle qui s'assigne le "maître" devant qui elle s'incline, comme "l'idolâtre" son "idole"); mais ce faisant elle se préserve aussi -- elle assure sa "circulation circulaire", elle se met en situation de tourner en rond indéfiniment: tout le contraire d'un suicide. Mais la "pensée théologique" soi-disant non "fondamentaliste" fait-elle autre chose dans son propre cercle, à peine plus large ? Et toute "pensée" n'en fait-elle pas autant, selon la méthode et les présupposés qu'à chaque fois elle se donne ?

Merci Narkissos pour cette analyse ... La pensée théologique non fondamentaliste effectue un travail de distanciation critique ... Voici comment l'auteur décrit les "avantages" de ce travail :


"Ce travail de distanciation critique entraîne aussi une purification des représentations de l’intervention de Dieu dans nos vies. Reconnaître la métaphore, distinguer le signe de la réalité qu’il désigne, nous dégage des représentations infantiles concernant l’interventionnisme de Dieu. Comprendre que le récit biblique ne nous donne pas d’informations historiques sur les circonstances qui ont présidé à l’installation des populations en terre de Canaan, ni comment elles ont pu être rassemblées dans une unité politique nationale, nous permet de situer l’intervention miraculeuse en sa place symbolique. Savoir que « ça ne s’est pas passé comme ça » entraîne des déplacements importants dans la lecture interprétative du texte. En effet la vérité du texte n’est plus à rechercher dans la lettre du récit mais dans ce qu’il signifie. La vérité théologique se trouve exprimée, signifiée, à travers la geste qu’il nous présente : Dieu est à l’origine de notre existence et de notre liberté. Il nous sauve à l’intérieur des événements de notre histoire dont nous demeurons les acteurs responsables. Il est présent et nous accompagne à travers les heurs et malheurs de l’existence, là est le miracle, mais il ne fait pas le travail à notre place."
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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Mer 03 Sep 2014, 20:05

L'histoire est aussi vieille que la "sémantique", et pas seulement au sens (!) que lui donne la linguistique moderne: aussi vieille sans doute que le langage et la représentation, quoiqu'elle prenne un tour particulièrement remarquable (et, d'une certaine manière, comique) en Occident.
On croit que le "signifiant" renvoie à un "signifié" (le "mot" à une "chose", l'"image" à une "réalité", la "métaphore" ou autre "figure" à une "vérité-au-sens-propre", comme les ombres de la caverne de Platon aux corps visibles sous le soleil, cela étant encore une "allégorie" censée conduire au-delà d'elle-même); mais aussi loin qu'on aille dans la direction qu'il nous indique on ne rencontrera jamais que d'autres signifiants -- de plus en plus "abstraits" peut-être, "idées" ou "concepts" qui ne paraîtront "transparents", qui ne sembleront "dire simplement, clairement et directement ce qu'ils veulent dire", que dans la mesure où ils sont eux-mêmes des images (presque) effacées, des métaphores (presque) défuntes (mais toujours susceptibles de se relever, de recouvrer leur im-propriété significative; car le "propre" du signe, ce serait justement de n'être jamais "propre", de ne jamais se signifier lui-même).
Quand on a changé le dieu qui chevauchait les nuées ou qui marchait sur la mer contre un "Dieu" à majuscule qui est partout et nulle part, est-on vraiment plus avancé (moins "infantile" par exemple) ? On peut le croire, aussi longtemps qu'on ne se demande pas si ce "Dieu"-là qu'on a pris pour un "signifié" ne serait pas lui-même un "signifiant" (une "image", une "métaphore"), s'il ne signifierait pas à son tour quelque (autre) "chose"; et alors en route vers de nouveaux "signifiés", pour ne trouver, encore et encore, que des "signifiants", des "images" et des "figures"...
Les majuscules, les superlatifs, les concepts négatifs (l'Autre, l'Absent, dans le texte précité), tous ces simulacres de l'introuvable "Signifié-par-excellence" n'arrêtent que très provisoirement la pensée en quête de "sens", qui tel le vent reprend ses tours...
Ce qui nous manque cruellement, et du coup nous fascine (nous attire et nous repousse à la fois), c'est cette "méditation" à l'orientale (qui n'est justement pas ce que l'Occident appelle "méditation", à savoir un mode de "pensée" à peine un peu plus lâche, plus nébuleux ou plus intuitif que la "pensée rationnelle"): celle qui devant un dieu ou une rose, regarde et se tait. Si ça ne remplace pas la "pensée", au moins ça la repose...
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MessageSujet: Re: Qui a écrit le Pentateuque ? Analyse de l'argumentaire fondamentaliste   Mer 10 Sep 2014, 18:06

La naissance du Pentateuque

La fin de Jérusalem et du royaume de Juda suivie de l'exil à Babylone (597/587) a provoqué une grave crise pour l’identité du peuple : plus de roi, plus de Temple, plus de Terre Promise. Qui donc était le Dieu d'Israël ? La mise par écrit, au retour d'exil (fin du 6e s. av. J.-C.), des traditions fondatrices (narratives et juridiques) a répondu à cette crise.

Avec la Torah, Israël a créé une sorte de ''patrie portative'', qui lui permet de fonder sa foi même lorsqu’il se trouve loin de sa terre. Cela correspond à une époque où le pouvoir perse (qui s'empare de Babylone en 538 av. J.-C.) laissa aux peuples intégrés dans son empire une certaine autonomie religieuse. La tradition biblique reflète d’ailleurs cette situation dans les livres d’Esdras-Néhémie : Esdras, scribe et prêtre, vient à Jérusalem en tant qu’envoyé du roi perse, et présente au peuple une loi que ce dernier s’engage à respecter.

Pour que la Torah devienne le document où les différentes sensibilités du peuple juif pouvaient se reconnaître, il fallait y intégrer des textes émanant des principaux milieux intellectuels ; outre le milieu sacerdotal, très influent, on trouve également un milieu laïc, proche des options théologiques du Deutéronome. Comme exemple de cette cohabitation, on a la double version du Décalogue : en Ex 20, le commandement du Sabbat est fondé sur le rappel du repos de Dieu lors de la création du monde (renvoi au premier texte sacerdotal du Pentateuque en Gn 2,1-3) alors qu'en Dt 5, le Sabbat est motivé par le rappel de la situation d’esclavage d’Israël en Égypte (insistance typiquement deutéronomiste). Ajoutons que certains textes ne viennent ni du milieu sacerdotal ni du milieu deutéronomiste, comme l’histoire de Joseph qui plaide en faveur d’un judaïsme ouvert et universel (Gn 37-50) !

Au terme de ce processus, l’élaboration des livres aboutit à un Livre, la Torah ou Pentateuque, qui s’achève sur le rappel d’une promesse dont l’accomplissement est à venir. Il est à la fois clos et ouvert.

http://www.bible-service.net/extranet/current/pages/183.html
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